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Histoire des Kotama

© D.R

Par : Abdelaziz Boucherit
Ingénieur retraité chez Thales, auteur

(suite et fin)

La civilisation des Kotama durait depuis un peu plus 110 après Jésus-Christ, jusqu’au XIe siècle de notre ère. Au XIIe siècle, la riche civilisation des Kotama commençait déjà à s’éteindre. Tout fut effacé. Il ne subsistait qu’une légère influence de la langue de Kotama qui se résumait à l’accent dans certaines régions.


Antiquité
Les Kotama sont désignés dans les écrits de Ptolémée (368-283 avant Jésus-Christ). Il révéla que ces tribus bordaient la région de l’Ampsaga, c’est-à-dire l’oued El-Kébir en Algérie. Les uns parlent avoir tiré l’information des mémoires du général d’Alexandre le grand nommé 1er roi d’Egypte, d’autres parlent baser leurs recherches sur les données des travaux entre 100 et 110 de Claude Ptolémée, géographe grec, astronome, astrologue et mathématicien, né en 100 et décédé en 168 de notre ère.
La visibilité et l’existence des tribus Kotama (plutôt les tribus unies amazighes à cette époque) provenaient des écrits de cette période.

L’étendue de l’influence des Kotama en Afrique du Nord 
À l’apogée de la civilisation des Kotama, leur influence s’étendait sur un large territoire ; la moitié de la Numidie. Elle était limitée au sud par les territoires de Constantine, Sétif jusqu’à M’sila dans les Aurès, à l’ouest par la wilaya de Bejaia, en passant par Tigzirt, Azeffoun jusqu’à Dellys, au centre par la totalité de la wilaya de Jijel (Taher, El-Milia) en passant par Collo, la wilaya de Skikda jusqu’à la wilaya de Annaba. On peut assimiler ce territoire à presque la partie intégrale de l’est de la Numidie. Allant de la périphérie est d’Alger jusqu’à Annaba avec l’ensemble des Aurès. 

Les habitants
Les habitants directs supposés comme les descendants des Kotama, qui conservent encore quelques séquelles de la culture lointaine de cette civilisation, en l’occurrence un accent lent linguistique et nasillard (Jijel, Taher, El-Milia, Collo et en partie Skikda). Quelques réflexes ou traditions marquantes, comme l’honneur tribal, l’hospitalité, l’hostilité aux mélanges extérieurs et la préservation, à tout prix, de leur modèle de vie se retrouvent chez les Berbères situés au nord-est de l’Algérie actuelle.
La langue berbère des Kotama n’est plus parlée, elle a été remplacée par une forte arabisation à Jijel et dans toutes les wilayas qui constituaient son territoire. La langue des Kotama s’était diluée dans le dialecte de Bejaia. 
Les habitants des Kotama sont appelés les Kabyles Hadra (Kabaïl ElHadara en arabe) par opposition aux Kabyles Nighess (la haute Kabylie berbérophone non impactée par les contraintes de l’arabisation forcée des Beni Hilal).

Culture
Sur le plan culturel, les habitants descendants des Kotama se reconnaissent dans l’identité berbère de cette civilisation. Aujourd’hui, la plupart s’identifient aux Kabyles (Béjaïa, Sétif) et Kabyles Hadra (Jijel, Taher, El-Milia, Collo, Mila, Skikda et Annaba).
On parle beaucoup du couscous au poisson et le couscous à l’orge nommé barboucha par la Kabylie Hadra, comme héritage culinaire des Kotama. Il y a bien d’autres inventions des Kotama spoliées par différents envahisseurs, en l’occurrence ce qu’on appelle communément les toilettes turques. Les Ottomans portent injustement le label de “Toilettes turques” à leur compte, alors que cette invention revenait légitimement aux Kotama. Lors de l’invasion arabe, ces derniers découvrirent les toilettes en terre cuite (fakhar) à l’intérieur des maisons berbères, reliées sous terre par des fossés recouverts de terre et de tuiles, aux petits ruisseaux au pied des montagnes. Ces toilettes étaient destinées aux femmes berbères pour conserver leur intimité. Les Arabes trouvaient cette invention géniale, en attribuant le terme de Kabaiel El Hadara (Les Kabyles de la civilisation) aux tribus des Kotama. Par mépris pour les Berbères, considérés comme des montagnards bouseux par les Constantinois de l’époque, ils déformèrent le terme de Hadara à Hadra : la descente, la pente, le bas de l’échelle. 
Les Arabes avaient, aussi, trouvé des hammams, chauffés au bois et ouverts par intermittence aux femmes et aux hommes. Et surtout, l’art de gérer les ressources en eau pour arroser leurs plantations, jardins et champs.

Les Kotama dans l’armée de Koceïla
En 670 les Kotama sous l’autorité de Awerba et le règne de Koceïla, avec l’ensemble des Branes. Le chef militaire Koceïla mena la lutte contre l’invasion arabe pendant 53 ans. Il sortit victorieux à Tahouda où Okba ben Nafi avait été tué. Les Arabes feront une forte résistance dans la région pour vaincre Koceïla dans le pays des Kotama. Bejaia fut prise tardivement par les Arabes. 
Les “Harika”, un terme qui nous vient de loin, directement de l’époque de résistance aux différentes tentatives de l’invasion arabe. On se souvient que la Kahina avait décrété la terre brûlée pour arrêter l’avancée inexorable des troupes arabes. L’appel fut entendu et exécuté par les tribus de Kotama au niveau d’oued El-Kébir et oued Boussiaba dans la région actuelle d’El-Milia. Une région montagneuse très boisée, dense, escarpée et difficile d’accès. Le feu d’une forêt riche, notamment le chêne liège, en plein mois de juillet, persuada les Arabes de rebrousser chemin et de revenir sur la région de Kerouan en Tunisie actuelle. Depuis, les Arabes appelaient cette région El-Haraïk, la région en feu, les feux de forêt. La hargne des Constantinois, en nouveaux convertis à l’islam, s’acharnèrent sur les bouseux montagnards d’El-Milia pour les diminuer, comme d’habitude, par le terme El-Hraïk qui veut dire les cramés sans cervelle.
Comme on disait au début on trouvera toujours un Beni Hilal comme apprenti sorcier pour contester ces preuves. En essayant de leur accoler une explication pour glorifier la culture arabo-musulmane. C’est triste à dire, mais les choses se conçoivent ainsi dans les territoires du peuple amazigh, encore à genoux. 

La dynastie fatimide et Ouled Aidoun (El-Milia)
Les Kotama se convertissaient au shiisme à partir de 893. Cette conversion avait été initialisée par l’arrivée d’un prédicateur musulman porteur du secret du message de l’avènement de l’arrivée de Mehdi (le Messie) et de son installation dans “La vallée des gens de bien” située aux environs de Sétif. C’est une histoire qui mérite elle-même une grande étude. Nous nous limitons donc aux récits et faits de ces événements, en l’occurrence l’histoire des Ouled Aidoun d’El-Milia. 
“Ouled Aidoun” est le nom d’une région datant depuis l’époque de la fin du règne des Kotama. Une preuve du départ des Kotama pour convertir l’Egypte au chiisme. Les Kotama s’apprêtaient, avec leurs troupes converties au shiisme, à quitter leur territoire pour aller occuper et installer le siège de la dynastie fatimide au Caire. Ils ordonnèrent à tous les jeunes et les hommes valides à faire partie du voyage. Les uns pour combattre comme soldats, les autres comme architectes, maçons et bâtisseurs pour construire le siège de la nouvelle dynastie devenue aujourd’hui la ville du Caire. Les femmes se lamentèrent, en s’arrachant les cheveux, de voir leurs enfants et leurs maris partir faire la guerre et apportèrent leurs services dans des contrées lointaines et incertaines. On répondit à ces dernières, pour les rassurer et surtout pour ne pas les inquiéter : “Vos maris et vos enfants reviendront, plus riches encore, avec beaucoup d’or des razzias” (“Fa yaiidoun” en arabe : ils reviennent). La majorité des Kotama n’était pas revenue. Cependant, certains audacieux revinrent de leur périple vers leur pays et s’installèrent sur les rives d’oued El-Kébir (El-Milia). Et depuis, on attribua à cette région l’appellation “Ouled Aidoun” (les revenants). On trouvera toujours, comme nous ne cessons de le répéter, un illuminé pour contester cette version pour lui donner une tout autre origine issue du mérite arabe, pourvue qu’elle ne soit pas issue de l’histoire berbère.

L’esprit universel et l’influence culturelle des Kotama
Trois papes de l’Église catholique étaient issus de l’Est nord-africain, dont deux venant directement des tribus des Kotama : Miltiade (311-314 après J.-C.) du centre-est de l’Afrique du Nord (les Kotama) et Gilase Ier (492-496) vraisemblablement de Djemila. Ce dernier imposa la primauté des lois, le respect de la spiritualité et de l’indépendance de l’Église, surtout au pouvoir politique (rois, empereurs...). Ce pape consolida le rôle de l’Église dans l’échiquier religieux de la chrétienté. Il était aussi le créateur de la fête de la Saint Valentin (journée des amoureux). On voit bien que l’élan intellectuel provenant des enfants des Kotama, avec sa culture amazighe florissante, fut la cause qui pérennisa définitivement le statut sacré de l’Église. Cette décision permit à l’Église de régner d’une façon continue, jusqu’à nos jours, sur le monde de la chrétienté. 
Les lumières de saint Augustin venaient renforcer encore plus les structures intellectuelles de l’Église actuelle. La pensée amazighe est un bienfait sans commune mesure pour l’Église, comme pour ceux qui veulent bien s’en servir.
Avec le temps, la pensée lumineuse du Berbère saint Augustin contribua à l’édification de la déclaration des droits universels de l’homme. En somme, le génie amazigh, comme une malédiction, contribue au bien de l’humanité sauf à son peuple.

La disparition de la civilisation des Kotama
La civilisation des Kotama durait depuis un peu plus 110 après Jésus-Christ, jusqu’au XIe siècle de notre ère. Au XIIe siècle, la riche civilisation des Kotama commençait déjà à s’éteindre. Tout fut effacé, sous la virulence entêtée des hordes des Beni Hilal. Il ne subsistait qu’une légère influence de la langue de Kotama qui se résumait à l’accent dans certaines régions, pendant que dans d’autres elle fut complètement dissoute et disloquée dans les différents dialectes.

Le drame des Béni Hilal
La langue parlée des Kotama était le berbère, jusqu’à l’entrée de la secte des Beni Hilal (supposé descendre directement de la lignée du prophète Mohamed (SSL) au XIe siècle. Où commença une arabisation forcée par ces mercenaires rejetés par tout le monde (Arabie, Egypte) pour leur violence et leur style de vie basé sur les razzias. Ils vinrent en Algérie pour combler le vide laissé par les Kotama, devenu des Fatimides shiites, partis à la conquête de l’Egypte sous la houlette du prédicateur Abou Abdellah venu de Syrie, lui aussi rejeté et trouva un refuge bienveillant chez les Kotama. Les Mokrani en Algérie sont les héritiers directs de la secte Beni Hilal. L’arabisation forcée fut imposée au pays des Kotama pour effacer tous leurs symboles, leur langue, leur culture et leur histoire.


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