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A la une / Contribution

Séisme d’El-Asnam (Chlef) du 10 octobre 1980

La difficile reconstruction 41 ans après…

© D. R.

Par :  M'HAMED ABACI
ANCIEN CADRE FINANCIER À SONATRACH

Malgré l’effort de construction initié par l’État, El-Asnam ne s’est pas relevé de cette terrible catastrophe. D’El-Asnam, ex-Orléansville, à Chlef aujourd’hui, il y a 41 ans survenait le séisme le plus meurtrier de l’histoire du pays. Ses séquelles sont gravées à jamais dans la mémoire des Asnamis, qui ont vécu un triste et inoubliable drame avec des pertes de vies humaines et des dégâts matériels importants et dramatiques.

Les Chélifiens se souviennent encore de cette tragédie nationale du 10 octobre 1980 et de toutes ces victimes disparues tragiquement en ce jour qui commémore 41 années jour pour jour. Aujourd’hui, c’est avec une grande tristesse que nous nous remémorons de ce qu’était la ville d’El-Asnam de notre enfance. Nous dédions à cette occasion une pensée à notre cher et regretté Ahmed Wahbi qui a consacré une chanson spéciale au deuil du séisme d’El-Asnam (Hozni alyk y a El-Asnam). Vers 13h20, heure à laquelle se tient la prière du vendredi, un terrible tremblement de terre, ressenti à des centaines de kilomètres à la ronde, détruisit la ville à près de 80%. Aujourd’hui, il ne reste que quelques pans témoins de ce que fut El-Asnam autrefois. Une bien triste journée qui a vu périr 3 000 personnes. Plusieurs centaines ont disparu et près de 8 000 blessés. La quasi-totalité des habitations est détruite. Il faut rappeler que Chlef a enduré de fréquents séismes majeurs (1922, 1934, 1954, 1980). Les autorités ont décidé de rebaptiser la ville, qui porte depuis 1981 le nom de Chlef, suite à ce dernier tremblement de terre. Malgré l’effort de construction initié par l’État, El-Asnam ne s’est pas relevé de cette terrible catastrophe. Cette ville, qui était au cœur de la dynamique intellectuelle et un foyer de rayonnement culturel et sportif, a entamé son déclin dès 1983, au moment où le pays entrait dans une crise multidimensionnelle, quand bien même elle abriterait des intellectuels et des hommes de culture.
La ville d’El-Asnam était autrefois rayonnante de par son ensemble architectural d’une si belle ville du pays avec ses “lumières et beautés”. Elle offre une vue splendide sur l’axe routier Alger-Oran pour ceux qui l’ont connue avant le séisme 1980 et était l’une des plus modernes villes de l’Algérie où l’ambiance était permanente à travers ses rues et boulevards carrelés et rayonnants, ses salons de café (La Rotonde et Benopéra), ses cinémas (Le Club, L’Orléans et Gougeons), ses lieux mythiques, tels que rue des Martyrs (ex-d’Isly), boulevard Émir-Abdelkader et boulevard Ben-Badis, avec leurs lumières et beautés, à travers leurs splendeurs d’une merveille architecturale avec balcons et terrasses fleuris, rues carrelées et rayonnantes. El-Asnam était aussi une ville propre, les rues de la ville étaient arrosées chaque soir au moyen de camions arroseurs qui nettoyaient complètement la ville, les espaces verts et les arbres (le ficus) décoraient toute la ville en harmonie avec les normes de l’urbanisme. Aujourd’hui, son urbanisme, son patrimoine historique, ses forêts urbaines et ses arbres centenaires vandalisés. En effet, le patrimoine architectural d’une ville millénaire et d’une valeur inestimable continue à subir de grands dégâts. Consultés sur cette question, quelques-uns de nos amis asnamis, tous, répondent par l’affirmative que notre ville d’El-Asnam a été déracinée de ses traditions immémoriales et de ses valeurs et repères historiques après ce dernier tremblement de terre. El-Asnam était aussi très connue pour l’abondance de ses agrumes, de ses fruits et légumes, de ses blés d’or et de ses vignobles de renommée mondiale. La plaine du Chéliff était l’une des plus riches régions du pays après la Mitidja, les Hauts-Plateaux et la Soummam, enfermant notamment sa grande richesse en eau en toute saison, d’énormes ressources naturelles et de formidables potentialités agricoles, offrant ainsi des perspectives économiques, agricoles, touristiques et d’artisanat prometteuses. Le symbole agricole de la région a toujours était l’agrume (orange, mandarine, pamplemousse, citron). Pour cela, dans les années 1960 et 1970, la ville d’El-Asnam fêtait annuellement cette heureuse vocation agricole.
Le constat est en effet alarmant, puisque depuis 41 an, le discours officiel de l’époque promettait à la population sinistrée que l’on allait entamer la troisième phase de la reconstruction de Chlef. Et, depuis, que de rendez-vous ratés. Les chalets préfabriqués que les Chélifiens appellent “les baraques” ne sont pas totalement éradiqués, puisque encore quelques milliers de sinistrés sont encore logés dans ces habitations provisoires. On y dénombre quatre grands sites d’habitat préfabriqués implantés à Ouled Mohamed, à Chorfa, à Lalla Ouda-Hassania et à Chettia. Ils sont qualifiés aujourd’hui de “bidonvilles” par les uns et de “cités dortoirs” par les autres. 
Ces sites constituent le premier embryon de la deuxième phase du programme d’urgence pour reloger les sinistrés provisoirement en attendant la reconstruction de Chlef prévue dans la troisième phase, qui est demeurée dans l’oubli. Ces sites n’ont fait l’objet d’aucune opération de réhabilitation d’envergure aux normes d’urbanismes ou d’éradication globale, comme le réclamaient les sinistrés. Pire, les sinistrés ont exprimé leur crainte de vivre dans ces chalets hautement inflammables. Selon les experts, ces chalets ont une durée de vie qui ne doit pas dépasser dix ans en général. Ils ont dépassé largement leur durée de vie et posent aujourd’hui un sérieux problème de santé publique. Les médecins parlent des cas d’allergie multiples et des cas de cancer à cause de l’amiante et de la laine de verre. C’est un dossier qui pèse lourd et demeure toujours un sujet d’actualité. 
Que peut-il en être pour une population qui en est exposée depuis des décennies ? Nous savons que les pouvoirs publics cherchent des solutions à cette situation, mais il n’empêche qu’elle suscite encore des inquiétudes pour la promotion de Chlef, à l’image des grandes villes du pays. En 2015, le gouvernement a bien consenti une aide financière en ce sens, fixée à 120 millions de centimes pour chaque famille concernée, mais ce montant est jugé très insuffisant devant l’inflation vertigineuse des prix des matériaux de construction, vu que la quasi-totalité de la population sinistrée fait partie de la couche sociale à faibles revenus, à savoir retraités, salariés, chômeurs, démunis. C’est certainement le problème majeur qu’éprouvent aujourd’hui les sinistrés de Chlef pour procéder au remplacement de leurs baraques en dur, c’est l’une des raisons pour lesquelles ces derniers ont préféré aujourd’hui réhabiliter leurs logis en apportant quelques aménagements à leurs baraques. Tout porte donc à croire que le préfabriqué va durer assez longtemps dans le paysage local. Un paysage qui risque, hélas, de se dégrader encore davantage, en l’absence d’une restructuration globale des sites préfabriqués. C’est un gros point noir qui restera toujours collé à la ville de Chlef qui compte aujourd’hui plus de un million d’habitants et se positionne, selon le dernier recensement datant d’avril 2008, au 9e rang des grandes villes du pays (après Alger, Oran, Tizi Ouzou, Constantine, Annaba, Batna, Blida, Sétif). L’État aurait pu utiliser le coût total de cette aide financière dans le remplacement des baraques existantes et créer de nouvelles villes harmonieuses et de nouveaux centres-villes attractifs, notamment de grandes cités urbaines (banlieues), au lieu de dépenser tout cet argent colossal dans des sites de bidonvilles ou de sites dortoirs, à l’heure où le monde évolue vers la modernité.
Quelques  questions  qui  méritent  d’être  posées  dans  toute  cette problématique socioéconomique : 
- Comment peut-on construire des bâtiments près ou en face des habitations préfabriquées, voire face à des bidonvilles qui  défigurent le  paysage de la modernité sous le sceau de l’urgence ? 
- A-t-on créé un nouveau centre-ville ou des villes-nouvelles attractives répondant aux normes d’urbanisme d’un chef-lieu de wilaya ? 
- Pourquoi n’a-t-on pas engagé une réflexion regroupant des architectes, des urbanistes, des économistes, des universitaires, l’élite locale et les notables de la ville pour élaborer les idées directrices d’un programme spécial propre à la problématique du préfabriqué ? 
Il faudrait, à notre humble avis, qu’on parle désormais en termes d’habitat tant collectif qu’individuel au lieu de logements sociaux qui ne sont en réalité que des cités dortoirs. Le développement et la gestion d’une ville présupposent un plan directeur d’aménagement urbain et d’architecture qui intègre les grandes ambitions de la modernité, d’où l’appel aux bureaux d’études spécialisés et de renom pour relever le défi de la reconstruction de Chlef, c’est-à-dire le lancement de la troisième phase. Il s’agit d’infrastructures stratégiques auxquelles les Chélifiens aspirent légitimement et fondent beaucoup d’espoirs : tramway, bus modernes à accordéon, CHU, trémies modernes, stations de bus modernes, la réhabilitation de l’ancienne voie ferrée Chlef-Ténès donnant sur le littoral, parkings à étages, la préservation et l’aménagement de forêts urbaines (cités Chorfa, Radar et Hassania). Ces projets seront-ils enfin officialisés avec le nouveau gouvernement qui plaide pour une Algérie nouvelle ? 
Par ailleurs, nous sommes choqués par l’état et l’image actuels qu’offre le centre-ville, à l’exemple de la place de la Solidarité (ex-cité Anasr), un symbole de l’histoire d’un destin et lieu de recueillement et de paix, aujourd’hui envahie par les constructions anarchiques qui l’ont réduite de moitié et sans aspect architectural, sans que personne s’en préoccupe. Ce lieu de mémoire rappelle de douloureux souvenirs. C’est ici qu’ont péri plus de 2 000 personnes le 10 octobre 1980. Il ne doit pas disparaître sous le béton. L’administration doit voir grand en repensant l’aménagement global de ce site qui fait jonction avec le grand jardin public, qui autrefois  le poumon vert de la ville, aujourd’hui à l’abandon. Il était pourtant l’un des plus beaux du pays. Les Asnamis vous diront que ce jardin attirait de nombreux visiteurs qui venaient là pour se distraire et goûter aux plaisirs de la verdure et de la fraîcheur, de son grand jet d’eau aux poissons de toutes variétés. L’autre hérésie : l’ancienne mairie, un repère de la ville, est dans un état alarmant et semble ne jamais avoir connu le moindre entretien ou d’aménagement depuis le séisme. 
La place de la Solidarité (ex- cité Anasr), un symbole de l’histoire et d’un destin cruel, devrait être un lieu de recueillement et de paix : une grande stèle devrait être érigée à la mémoire des victimes du séisme. 
Les oueds du Chéliff et de Tsighaout sont devenus deux grands égouts et des dépotoirs de toutes sortes de déchets à ciel ouvert. Et, enfin, la station de bus qui se trouve à côté est indigne de Chlef. Ici convergent des centaines de voyageurs par jour. Elle offre un spectacle désolant avec ses bus de type rural, sales et dépourvus de climatisation. 
Un état de fait qui défigure le visage de la ville et qui contribue grandement au triste désordre causé à la circulation. 
Alors, messieurs les élus locaux, ayez un peu de bonne volonté pour que notre ville puisse relever le défi de la troisième phase pour projeter Chlef dans la modernité. 

 

 


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