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TOURISME EN ALGÉRIE

La relance viendra-t-elle par le tourisme intérieur ?

© D. R.

Par : MD AMEZIANE MEZIANT
EXPERT, CONSULTANT EN TOURISME MEMBRE DU SKÄL CLUB INTERNATIONAL DE BRUXELLES

Le développement du tourisme interne est par ailleurs un facteur non négligeable d’union nationale, dans la mesure où il favorise la rencontre des populations des différentes régions du pays. La diversité culturelle et linguistique constitue une richesse pour l’Algérie. Dès lors, il est important de multiplier les échanges entre les différentes régions du pays. Cela constitue un excellent moyen de rencontre, de partage et de faire connaître le patrimoine national pour tous. 

L’Algérie est un pays aux ressources infinies. Entre mer, montagnes, désert et autres sites historiques et réserves naturelles à visiter, le touriste n’a que l’embarras du choix.
Depuis plusieurs années, notre pays tente de promouvoir ce secteur et de faire de l’Algérie une “destination touristique”. 
Force est de constater cependant que, malgré un discours politique bien construit sur la question, les résultats sont loin d’être concluants. Sans vision, sans politique touristique et sans objectifs bien définis, il tient de l’exploit de mettre cette industrie en marche à l’échelle d’un si grand pays. Accroître le parc hôtelier et multiplier les projets dans les ZET, c’est certainement une bonne chose, mais cela ne suffit pas à faire venir les touristes. Le rapport 2019 du World Economic Forum sur la compétitivité et l’attrait touristique le confirme : l’Algérie se retrouve à la 116e place du classement sur 141 pays. 
Certains professionnels montent au créneau pour crier haut et fort que notre pays n’est pas prêt pour devenir une destination touristique, prétextant que la qualité du service hôtelier est en dessous de tout. Selon quels standards ? On entend également que la police aux frontières et la douane ne font pas montre d’un sens élevé de l’accueil, ou encore que la question de délivrance des visas serait un handicap. 
Une politique touristique nationale tiendrait-elle uniquement à une liste de “maux” ou de déficits à corriger, ou bien s’inscrit-t-elle dans une approche holistique du positionnement d’une nation sur l’échiquier mondial ? Si nous admettons que le succès de toute politique (économique ou autre) nécessite des moyens financiers et humains à mobiliser, il est difficile d’affirmer que l’Algérie serait en manque. Le tout est d’opérer une combinaison harmonieuse entre le facteur capital et le facteur travail.
De même, faire dépendre l’économie de toute une nation d’une seule ressource naturelle est pour le moins imprudent. Compter sur les hydrocarbures seules revient à mettre notre économie entre les mains des marchés internationaux. 
Il urge à cet égard de diversifier les sources de création de richesses, en favorisant les moins exposées aux retournements des marchés et dont la durabilité est indiscutable. Le tourisme en fait partie, notamment dans sa composante interne, moins sensible aux aléas de la conjoncture. 
Seulement voilà : malgré les promesses, le chantier n’avance pas ou si peu. En 2014, en effet, on avait promis un démarrage en force du secteur, et nous voilà, sept ans plus tard, avec peu ou pas de résultats appréciables. Le constat a été maintes fois dressé, le diagnostic établi, mais la thérapie ne suit pas. 
L’Algérie a les moyens de son ambition et peut tout à fait devenir une destination touristique affirmée aussi bien pour les nationaux que pour les étrangers. Rappelons ici quelques-uns de nos atouts : une nature à couper le souffle, une histoire riche et diversifiée, une population accueillante et chaleureuse, un parc hôtelier en perpétuelle évolution, des infrastructures (ports, aéroports, autoroute, voie ferrée…) de qualité, etc.

Le tourisme interne 
À défaut de viser le marché international d’entrée de jeu, pourquoi ne pas commencer par encourager le tourisme intérieur, comme l’a d’ailleurs préconisé le chef de l’État ? Sa promotion et son développement auraient de nombreux avantages. Il pourrait constituer une sorte d’“airbag” pour les professionnels du secteur et évitera des fermetures d’établissements touristiques et des pertes d’emplois à l’occasion d’événements, comme la pandémie de Covid-19, par exemple. Dans sa troisième note d’information sur le tourisme et la Covid-19, l’OMT, à travers son secrétaire général, anticipe un fort redémarrage du tourisme interne : “L’OMT s’attend à ce que le tourisme interne reparte plus vite et avec plus d’intensité que les voyages internationaux. Vu son ampleur, le tourisme interne pourra aider de nombreuses destinations à se remettre des impacts économiques de la pandémie, tout en permettant de sauver des emplois, de protéger les moyens d’existence et de retrouver aussi les bienfaits sociaux apportés par le tourisme.” 

Impact social et environnemental 
Le développement du tourisme interne est par ailleurs un facteur non négligeable d’union nationale, dans la mesure où il favorise la rencontre des populations des différentes régions du pays.
La diversité culturelle et linguistique constitue une richesse pour l’Algérie. Dès lors, il est important de multiplier les échanges entre les différentes régions du pays. Cela constitue un excellent moyen de rencontre, de partage et de faire connaître le patrimoine national pour tous. Faire apprendre les langues nationales surtout à la jeune génération et faire découvrir les différents territoires qui constituent ce grand pays servira de ciment pour bâtir l’Algérie de demain, moderne et prospère. Ce type de tourisme devrait se faire à travers la multiplication de l’offre touristique pour les familles, mais également par des voyages scolaires qui peuvent assurer une immersion totale dans l’histoire, les traditions, les langues et le patrimoine des régions visitées, toutes choses qui structurent la mémoire collective de la nation, depuis l’Empire numide jusqu’à la guerre d’indépendance. Ce tourisme culturel et de mémoire, à coup sûr, est de nature à renforcer l’appartenance à la nation. Et afin de rendre cela possible, c’est-à-dire à un coût raisonnable, il serait judicieux d’utiliser toutes les formes d’hébergement : hôtels, auberges de jeunesse, séjour chez l’habitant, les internats des collèges et des lycées… 

Ce faisant, la promotion du tourisme intérieur est tout à la fois un impératif économique, sociétal et environnemental. Il favorise la mise en valeur du patrimoine naturel et culturel, ainsi que sa préservation, en plus de constituer une source de revenus pour les populations locales. Des vocations pour les métiers du tourisme chez les jeunes pourraient ainsi éclore, qu’il importera d’accompagner par des formations adéquates, c’est-à-dire des formations combinant le respect des standards internationaux en la matière et les spécificités locales et/ou régionales.
L’Algérie est également riche par sa nature, sa biodiversité, son histoire, son art de vivre. Cette richesse, il n’y a aucune raison que la population ne la connaisse pas, ne s’en imprègne pas, ne la fasse pas sienne. Ne dit-on pas que “charité bien ordonnée commence par soi même” ? À titre d’exemple, en 2020 et 2021, huit Belges sur dix ont passé leurs vacances en Belgique, les Flamands chez les Wallons et les Wallons chez les Flamands. 
Il y a chez l’Algérien malheureusement une tendance à sous-estimer la qualité de ses infrastructures, s’imaginant que l’Occident est la référence absolue en ce domaine et qu’à ce titre tout ce qui ne s’y mesure pas s’en trouve disqualifié. Il me revient à ce sujet qu’un jour, alors que je me promenais en bas de La Casbah d’Alger, et alors que ma fille qui m’accompagnait, fascinée par la beauté des lieux, prenait cliché après cliché, un jeune homme s’approcha de moi et me posa cette surprenante question : “Pourquoi vous vous arrêtez ici ? Il n’y a rien d’intéressant à voir” ! 
Le touriste algérien ou étranger veut vivre une expérience nouvelle, sentir et goûter de nouvelles saveurs, écouter de nouvelles sonorités, de nouvelles histoires, apprendre sur d’autres traditions, élargir ses horizons en somme. 
En conclusion, il me paraît utile de rappeler que l’activité touristique, à la faveur notamment de cette pandémie, est en train de connaître des mutations significatives. 
Nous assistons en effet à des changements aussi bien dans l’investissement que dans la consommation touristique. C’est le moment opportun pour s’inscrire parmi les “leaders” de cette rénovation de la pratique touristique, en veillant à inclure dans les politiques publiques des projets et des actions à fort contenu en responsabilité sociale, environnementale et de durabilité.

 


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