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A la une / Contribution

ÉTUDE DU GLOBAL RISK INSIGHTS

L’ALGÉRIE ENTRE WASHINGTON ET MOSCOU

© D.R.

Par : ABDELHAMID SENOUCI BEREKSI                       
       
ANCIEN AMBASSADEUR

“Plusieurs fois ambassadeur, Abdelhamid Senouci Bereksi décrypte, dans ce texte,  les  messages  subliminaux  de  l’étude  faite  par   le  bureau  américain d’analyse des crises Global Risk Insights  sur  les  enjeux  des USA et de la Russie en Algérie.”

Depuis quelques mois, l’avenir de l’Algérie est scruté et analysé par toutes les puissances qui comptent. Chacune tente de déchiffrer un pays qui semble difficile à comprendre. Un pays avec lequel le dialogue est confus. Absence ou multiplicité d’interlocuteurs, discours ciselé dans du bois d’ébène ou alors cacophonie de voix discordantes où il est très ardu de discerner le vrai du faux, l’officiel de l’opinion personnelle, des lois de grande trempe et de haute texture qui perdent de leur valeur dans le labyrinthe de l’application... Tels sont, en résumé, les écueils les plus fréquents auxquels se heurtent les partenaires de l’Algérie.  
Cette situation n’arrange, en définitive, ni les intérêts de l’Algérie ni ceux de ses partenaires. L’Algérie donne l’impression d’un pays fermé non par choix, mais par crainte d’une ouverture qu’elle ne pourra pas maîtriser. 
Cela provient davantage d’un manque de confiance en soi que de réelles menaces étrangères. Il est évident que le manque de confiance en soi ne s’applique pas forcément à un État mais, dans le cas de l’Algérie, la fracture entre le discours et l’action est si profonde et la faille entre les moyens et les résultats est si large que cela projette la perception d’un géant qui a peur de son ombre.
Cette introduction m’a été presque imposée après la lecture de la récente étude du bureau américain d’analyses des crises Global Risk Insights sur les enjeux des USA et de la Russie en Algérie. Gabriel Davis, l’auteur de cet article, situe son analyse dans le cadre de la confrontation entre les USA et la Russie et de la stratégie américaine de limitation de l’influence de Moscou dans le monde. 
L’auteur considère d’abord que l’Algérie, “le plus grand pays d’Afrique, fait maintenant face à un effondrement total” et qu’“aucune voie claire n’existe pour (qu’)Alger corrige ce cours” !  Le diagnostic est sans appel... à moins que “les USA n’aident”, avec accessoirement le soutien de l’Espagne et de l’Italie ! D’ailleurs, ces deux pays sont invités à exercer des pressions sur le président Tebboune pour l’amener à la table des négociations avec Washington !
Une Algérie fragile, un atout pour la Russie ! Une Algérie forte, un atout pour les USA ! dit en substance l’article de Global Risk Insights (GRI), qui essaie de déconstruire la supposée stratégie russe en Algérie pour éliminer son influence.
L’Algérie est un très important marché pour la Russie. 85% de son arsenal militaire y provient et le vaccin Sputnik-V a été le premier vaccin anti-Covid-19 à être introduit en Algérie, donnant ainsi une bonne longueur d’avance à la Russie. Une Russie qui, pour l’auteur de l’article, reste inerte devant les multiples problèmes de l’Algérie, et de plus “Moscou laisse (l’Algérie) se diriger vers un abîme politique dévastateur”.
Une Algérie fragile serait donc un atout pour la Russie, pour qui toute nouvelle route de Moscou vers l’Europe occidentale pourrait passer par Alger ! Seule la Méditerranée séparerait Moscou de l’Otan. Les USA ont besoin d’une politique ferme, coordonnée et efficace pour stabiliser l’Algérie et émousser la progression furieuse de la Russie en Afrique du Nord. Sans quoi, l’objectif de “Biden de contenir Poutine ressemblerait aux profits pétroliers de l’Algérie : les deux seraient irrémédiablement perdus”. Les déboires de l’Algérie offrent une opportunité audacieuse à Biden de “relancer le pivot malchanceux de l’Afrique” et de lui donner un coup de main. Car, “en ignorant l’Algérie, Biden tombe dans un piège mortel, qui pourrait mettre en danger la région et amener les troupes russes directement aux portes de l’Otan. Si les États-Unis n’agissent pas, Moscou consolidera son influence et déclenchera une course aux armements périlleuse en Afrique du Nord”.
La messe est dite : Biden est préoccupé par l’avancée russe, l’Algérie offre une opportunité pour Biden de limiter l’influence russe aux portes de l’Otan. Pour cela, il faut établir un dialogue entre Biden et Tebboune via les bons offices de Madrid et de Rome !
L’impression majeure qui se dégage à la lecture de cet article est que les partenaires étrangers de l’Algérie ont la nette conviction d’avoir devant eux un pays inhibé, en pleine inertie, incapable de se défendre ni de protéger ses intérêts !

Un rappel purificateur
Le 20 août 1956, un acte fondateur et fédérateur de la Révolution algérienne était né : la Charte de la Soummam. La Révolution algérienne, malgré les calomnies de la propagande colonialiste, est un combat patriotique, dont la base est incontestablement de caractère national, politique et social. Elle n’est inféodée ni au Caire, ni à Londres, ni à Moscou, ni à Washington.
Ce rappel purificateur est indispensable. Il doit nous inspirer dans ces moments difficiles que traverse l’Algérie.
La force de la Charte de la Soummam réside dans le fait qu’elle était inscrite dans une vision et une approche stratégiques. Le texte de la charte comportait une analyse sans complaisance des forces en présence et des rapports de force dans la région et à travers le monde.
En 1956, moins de deux ans après le déclenchement de la révolution du 1er Novembre 1954, la Charte de la Soummam était d’une audace exceptionnelle qui s’appuyait sur une connaissance parfaite des enjeux nationaux, régionaux et internationaux. En 2021, le pivot de la Méditerranée et de l’Afrique a une responsabilité et une charge dans le maintien de la paix et de la stabilité dans sa région et le devoir de se déterminer sur nombre de sujets liés à sa sécurité et à la protection de ses intérêts.
La politique étrangère étant intrinsèquement liée à la politique intérieure, je vous livre quelques têtes de chapitres – qui pourraient être développés plus tard – de nature à promouvoir une Algérie sereine, en paix avec elle-même et avec les autres, partenaire engagé et responsable, ambitieuse et pondérée !
Voici les dix priorités de l’Algérie qui s’inspirent des réalités et des principes d’hier, d’aujourd’hui et de demain :
- Rétablir la confiance, conforter les valeurs du dialogue et de la démocratie, respecter les droits humains fondamentaux, revivifier la citoyenneté.
- Restaurer l’autorité de l’État, garant des grands équilibres, régulateur et arbitre, protéger l’indépendance de la justice et faire respecter la neutralité de l’administration et les attributions de toutes les institutions.
- Établir un programme national du numérique.
- Éliminer les racines de la corruption : entre culture et volonté politique.
- Promouvoir une éducation basée sur la connaissance, la réflexion et la recherche.- Considérer l’émancipation de la diversité culturelle et linguistique comme richesse et socle de la stabilité et ancrage du vivre-ensemble dans le respect et l’harmonie.
- Travailler pour un environnement sain garant d’une santé pérenne.
- Débureaucratiser graduellement l’économie, créatrice d’emplois et de richesses, tout en protégeant les catégories sociales les plus vulnérables.
- Soutenir une politique de défense nationale, protectrice de la souveraineté du pays et de ses frontières.
- Promouvoir le rôle et la place de l’Algérie dans sa région et dans le monde, ainsi que les vertus du dialogue et de la médiation.


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