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A la une / Contribution

Journée internationale des femmes et des filles de sciences

L’Algérienne entre avancées et marginalisation

© D. R.

Par : MOKRANI RIHAM-AIDA
Étudiante USTHB, faculté d’informatique

La Journée internationale des femmes et des filles de science est fêtée le 11 février. Il s’agit d’une journée internationale ayant pour but de promouvoir la participation des femmes et des filles dans les domaines scientifiques. Cette journée est fêtée depuis 2016 grâce à la résolution adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 22 décembre 2015. Cette décision vient par le fait que selon les statistiques des Nations unies moins de 30% des chercheurs dans le monde sont des femmes et seulement 30% des étudiantes choisissent des domaines liés aux STEM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques) dans l'enseignement supérieur. Alors qu’en est-il de la situation en Algérie ?  Pour répondre à cette question, nous prenons comme indicateurs la situation à l’enseignement supérieur pour les étudiantes et pour les enseignantes. 

Les étudiantes dans le domaine scientifique 
Par la lecture des chiffres du ministère de l’Enseignement supérieur, les avancées des filles sont énormes et en continuelle augmentation et ce dans tous domaines et spécialités confondus. Leur présence est aujourd’hui à plus de 60% ayant dépassé les 50% depuis longtemps comme le montre le graphique suivant. (Voir tableau 1).

Ces chiffres ne sont pas étonnants lorsque l’on sait que depuis plusieurs années consécutives le taux de réussite des filles au bac dépasse les 60%. On a connu des chiffres comme 64, 65 et même 67% en 2014.
Lorsque l’on regarde la répartition des filles dans les domaines scientifiques. Elles sont à plus de 75% en sciences médicales, 50% en maths/informatique et évoluent vers les 40% en technologie, comme l'indiquent les graphiques suivants. Ce dernier chiffre, relatif à la technologie, est supérieur à la moyenne mondiale (30%) annoncée par les Nations unies. (Voir tableaux 2-3 et 4).

La situation des filles dans les universités du Sud n’est pas des moindres, lorsqu’on sait qu’à Adrar, les filles ont atteint les chiffres de 67 à 71% en maths et informatique, 64 à 68% en sciences de la matière et 45% en technologie. Elles dépassent les 80% dans les sciences biologiques. Il ne s’agit pas d’un cas isolé, la situation est analogue dans beaucoup d’autres universités du Sud. À titre comparatif, voici les pourcentages des diplômées de l’année 2016-2017 (Voir tableau 5).

Dans les ENS (Écoles normales supérieures), la situation est fabuleuse, la moyenne nationale est de 84% de filles.

Cette situation spectaculaire s’explique certes par la politique menée par l’Algérie quant à la généralisation de la scolarisation de ses enfants mais c’est surtout la motivation des filles qui est très grande. Frustrées et privées de leurs libertés, les filles trouvent de l’espoir dans les études. Elles sont conscientes de l’importance de leur réussite scolaire dans l’amélioration de leur statut social. Les garçons, quant à eux, jouissant d’une liberté inégalée ne se battent pas sur le même plan. La rue leur prend beaucoup de temps, ils fuient l’école, et quand ils y restent, ils travaillent moins.

Situation professionnelle des femmes enseignantes universitaires
La situation professionnelle des femmes dans le secteur de l’enseignement supérieur n’est pas aussi brillante comparée à celle de la phase étudiante. L’examen du tableau suivant indique un sérieux problème dans la gestion de leurs carrières. Leur proportion dans les grades élevés, soit professeur ou maître de conférence de classe A, sont relativement faibles (22,35% et 36,61%) jusqu’en 2019. 
(Voir tableau 6).

L’explication évidente est que les charges domestiques et éducatives restent à la charge de la femme. Faute de temps et souvent épuisée, la femme est ralentie dans son épanouissement professionnel. Ainsi, les soutenances de doctorat et d’habilitation universitaire sont reculées. Beaucoup de femmes détenant un magistère abandonnent le doctorat, ce qui explique le taux élevé des maîtres assistants de classe A (MAA) face à celui du rang magistral (professeur et MCA). Souvent, la femme assume seule la conciliation entre les tâches externes et internes au foyer avec la vision traditionnelle du rôle de la mère et de l’épouse.
Cela semble déteindre également sur la promotion des femmes vers les postes supérieurs. Dans les établissements universitaires, bien que quelques femmes se trouvent à la tête d’écoles et de centres universitaires, il n’y en a eu que très peu au poste de recteur. 
À long terme, le mentorat devient un problème, en particulier lorsqu’il s’agit de personne de sexe masculin. Ainsi, un homme a tendance à s'identifier aux jeunes collègues du même sexe, à passer plus de temps et d'énergie à les former et finit toujours par les nommer aux postes supérieurs. Les femmes ambitieuses sont souvent qualifiées de “trompeuses, insistantes, agressives, égoïstes” alors que l’ambition chez les hommes est considérée comme un trait de leadership apprécié. Malgré ces obstacles, la femme algérienne semble aujourd’hui s’identifier de plus en plus à son métier qu’à la qualité de ses tâches ménagères et au nombre d’enfants qu’elle a mis au monde. 

 


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