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A la une / Contribution

DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR DU TOURISME

Les vérités qui doivent être dites

© D. R.

Par : SAÏD BOUKHELIFA
EXPERT INTERNATIONAL EN TOURISME

Un pays que les voûtes célestes, offrandes divines, ont doté d’immenses et uniques richesses touristiques est classé de facto parmi les dix plus belles destinations du monde, mais, hélas,il est parmi les destinations attardées et est mal classé : 156e sur 250 pays. Alors qu’une réelle volonté politique, au bout de dix ans, pourrait le hisser au rang des 40 destinations les plus attractives. 

Au cours du Conseil des ministres de la deuxième semaine de septembre 2021, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait évoqué le développement du tourisme interne et celui de la destination Algérie. Orientations reprises, deux jours plus tard, par le Premier ministre, lors de son passage à l’Assemblée populaire nationale. Mais pour les profanes, les initiés et les experts, rien de précis n’a été divulgué. 

Quelle feuille de route ? Quelle vision ? Quelle stratégie ? Quels objectifs ? La durée et quel horizon ? Comment ? Avec quoi ? Avec qui ? Où/territoires ?
Depuis 2005, je publie bon an, mal an des contributions dans la presse nationale, agrémentées par des interviews. Une vingtaine en tout. Si vous êtes animés, l’ensemble des 17 ministres, par ce concept des trois “C”. Le premier, c’est “Conviction”, “Sommes-nous, tous entièrement convaincus de développer notre tourisme sans relâche ? Cette conviction implique indubitablement l’appel aux Compétences, le deuxième “C”. Quand les deux premiers “C” sont réunis et indissociables, on aboutit au troisième “C”, la Concrétisation des objectifs tracés. Sans le concept des 3 “C”, il serait vain au Conseil national du tourisme de voir un jour notre destination développée, attractive, harmonieuse, très prisée. Car le chemin sera long, compte tenu du retard observé. Il faudrait aussi beaucoup de patience. Une destination se construit ou se reconstruit, dans la durée, celle d’une génération, soit vingt ans. Crescendo.
Alors je vous apporte ma modeste contribution en vous proposant cette démarche, ces axes, ces paramètres, parmi les plus importants, mais non exhaustifs. À vous d’en tirer judicieusement profit, pour le bien de notre “aimée et souffrante destination Algérie”.
Sur une période graduelle de dix ans, une stratégie visant 100 000 touristes par an à recevoir via les tour-operators étrangers ou les agences, en partenariat avec l’Onat, TVA et les agences de voyages. Puis 200 000/an, 300 000/an... pour arriver à 1 million de touristes en dix ans.

Le tourisme balnéaire pas attractif pour les étrangers
Beaucoup d’Algériens, décideurs, élite intellectuelle et simples citoyens, pensent qu’avec la mentalité réfractaire au tourisme, perçue chez certains de nos concitoyens et compatriotes à l’étranger, il n’y a pas de tourisme international à recevoir. Et d’emblée, dans leur imaginaire, ils pensent tous surtout au tourisme balnéaire. À nos complexes balnéaires, à nos plages et à leur environnement. “Impossible pour un couple de Suédois, ou deux femmes allemandes, de pouvoir circuler librement, sans être importunés.”
Ce sont des préjugés tenaces car les mentalités changent et évoluent vers le positif avec une pédagogie touristique, initiée dès le primaire, une sensibilisation constante des citoyens par les pouvoirs publics, le mouvement associatif, les OLT. Avec le temps, la culture touristique s’installera crescendo. Sur le moyen et le long termes. Mais à ces pessimistes ou opposants par une idéologie qui rejettent le tourisme en général, nous leur répondrons que l’Algérie est un pays d’Afrique du Nord, méditerranéen par excellence, arrosé par cette mer, berceau des trois civilisations, pharaonique, grecque, romaine. Nous ne pouvons nous complaire et nous accommoder de cette peu reluisante dernière place sur 22 pays. Nous étions dans le top-ten, 8e place, dans les années 1970. Et l’Algérie moderne des lumières n’est pas enclavée, géographiquement, entre l’Afghanistan, l’Iran et le Pakistan, pas loin.
Et toujours à ces pessimistes, tant mieux pour eux et tant pis pour notre destination balnéaire, nous dirons que, d’abord :

1- Notre pays, avec ses faibles capacités litières en bord de mer, moins de 60 000 lits en 2021, dont à peine 10% correspondent plus ou moins aux normes internationales, soit 5 000 lits, une offre bien malingre, ne pourra pas concurrencer les 10 millions de lits offerts aux normes par nos concurrents méditerranéens, dont des géants comme l’Espagne, l’Italie, la Grèce, la France avec sa riviera et, à un degré moindre, le Portugal et la Turquie qui joue dans la cour des grands, depuis une dizaine d’années. Sachant que le pays de Mustafa Atatürk était derrière l’Algérie dans les années 1970. 
2- Et surtout, il est très important de souligner que depuis 1991, soit 30 ans, plus aucun touriste étranger, via des tour-operators étrangers, n’est venu séjourner sur notre côte, enlaidie par des constructions anarchiques sur le plan urbanistique et par de pseudo-hôtels privés à l’architecture rebutante et sans commodités.
En effet, depuis 1991, les derniers touristes  venus, étaient des Italiens du tour-operator Travel Club Milano, qui avait programmé en 1989 et 1990, des séjours par charters, à la Corne d’or Tipasa ; et avant, depuis 1988, plus de touristes français, hollandais ou suisses sur nos rivages, via les tour-operators. Qui ont rayé de leurs brochures, vitrines et plus tard de leurs sites internet les séjours balnéaires chez nous. Absents sur la carte touristique internationale depuis 30 ans. Et ils ne sont pas près d’y revenir pour très longtemps.
Le comble pour un pays que les voûtes célestes, offrandes divines, ont doté d’immenses et uniques richesses touristiques, qui est classé de facto parmi les plus dix belles destinations du monde, mais, hélas, selon les échos qui nous parviennent des experts étrangers, parmi les destinations attardées, étant mal classé : 156e sur 250 pays. Alors qu’une réelle volonté politique, au bout de dix ans, pourrait le hisser au rang des 40 destinations les plus attractives. 

Le tourisme saharien et le tourisme culturel, deux richesses dormantes
En effet, il s’agit de deux produits hauts de gamme, destinés à deux segments de clientèle à l’échelle mondiale qui ne sont pas parmi les plus importants en termes de flux touristique.
Car sur les 1,4 milliard de touristes enregistrés par l’OMT (Organisation mondiale de tourisme), les adeptes du tourisme balnéaire et du Djing (mégasoirées disco-électronique, à Ibiza, et ailleurs, représentent 70%, ceux pour les expéditions campements et bivouacs, Alpes, Pyrénées, Cordillères des Andes, Népal/Katmandou, Caucase, 5%, et pour le tourisme culturel 5% aussi, soit 70 millions de touristes potentiels, un marché de 140 millions, à cibler par une communication institutionnelle de qualité adossées à des compétences avérées d’ici et parmi la diaspora. Et en relation avec le programme de promotion, bien pensé, bien préparé, études et recherches de marchés, et mix marketing, au sein des salons et des foires à l’étranger. 
Sur 140 millions potentiels, sommes-nous capables de faire intéresser 1%, soit 1,4 million de touristes à venir à la dixième année, 2032 ? Oui, par la volonté politique réelle et la conviction dévouée des 17 ministres du Conseil national du tourisme.

Le tourisme saharien
Le Hoggar et le Tassili n’Ajjer, des expéditions en campements et bivouacs. Les capacités de charge, environnement et logistique des agences de voyages ne peuvent permettre de recevoir plus de 140 000 touristes par an, sur une période de 7 mois, d’octobre à fin avril/mai. Soit 20 000 mois. Car les expéditions se composent de 10 à 15 personnes maximum, pour une bonne maîtrise du voyage, sur le plan organisation. Si nous arrivions à les faire drainer vers ces deux destinations d’extrême Sud, aux produits hauts de gamme, par la plus-value de Dame nature, avec ses paysages grandioses uniques et diversifiés, cela ferait une bonne renommée de la destination Algérie, le bonheur des ATV, chacune nourrissant 3 à 4 familles. Et le réconfort des boutiques d’artisanat local.
En outre, beaucoup l’ignorent, si la culture touristique a disparu au Nord depuis plus de quarante ans, elle existe toujours au Sud. Dans le Hoggar, le Tassili, le Touat, le Gourara, le M’zab et dans d’autres contrées du Sud et du Grand Sud, les enfants naissent et grandissent dans un environnement familial et parental, qui a conscience des besoins en tourisme et de ses retombées socio-économiques. Créateur de richesses, d’emplois de jeunes et des effets induits profitables aux populations locales. Quand le tourisme revient dans ces régions, la joie et l’espoir reviennent, en évitant à certains jeunes de dévier vers des besognes prohibitives. Drogue et trafic de tout genre. Les ATV locales sont de véritables professionnelles, elles font uniquement du réceptif dans leur région et des environs, des endroits qu’elles maîtrisent bien. Faisons leur confiance, les tour-operators ont toujours été satisfaits de leur prestation, campements et bivouacs, écotourisme, respect de l’environnement. Les agences locales sont très imprégnées du tourisme durable, depuis le séminaire sur le tourisme alternatif organisé en 1988 à Tamanrasset sous l’égide de l’Organisation mondiale du tourisme.
Laissons travailler les ATV locales, ouvrons-leur les sites merveilleux et attractifs, très prisés par la clientèle internationale, mais qui demeurent fermés depuis 2008-2009, des sites rémunérateurs et nourriciers. Notamment le Tassili du Hoggar, un joyau du Hoggar, au même titre que l’Assekrem et l’Immidir, méconnu. Il faut savoir que la superficie du Hoggar est équivalente à celle de la France, et que depuis 50 ans, seulement moins de 10% de ce grand territoire ont été proposés et visités par les touristes.

Le tourisme culturel 
Un autre produit haut de gamme, car consommé surtout par une clientèle aisée, des seniors retraités, qui payent cher pour la culture à travers le monde et en descendant dans une hôtellerie très confortable 4 et 5 étoiles. Américains, Anglo-Saxons, Japonais, Australiens, Canadiens...
Notre destination est en mesure de satisfaire cette clientèle aisée, cultivée et exigeante pour son confort et ses découvertes culturelles. En effet, l’Algérie est la deuxième destination mondiale, en termes de vestiges romains, 22 sites qui demeurent méconnus à l’étranger.Elle se classe après l’antique Rome, l’Italie. Et lors de la prochaine participation annuelle de l’ONT en février 2023, à la bourse du tourisme de Milan, un important salon en Europe, il faudrait songer à choisir ce thème “Algeria l’altra Italia romana”, qui signifie “l’Algérie l’autre Italie romaine” et notre stand Algérie de 200 m2, et non pas parmi les plus petits, 90 m2, devrait être couverts de grosses affiches sur les ruines de Tipasa, Djemila, Timgad, Hippone/Annaba, Theveste/Tébessa, Taghaste/Souk Ahras, Madaure/Mdaourouch, Medracen/Batna, Tiddis/Constantine, Ce serait inédit, époustouflant et très attractif pour les visiteurs italiens. 


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