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L’urgence d’un débat sur la bureaucratie en Algérie

© D.R.

Par : M’hamed ABACI 
Ancien cadre financier de Sonatrach

Comment peut-on justement projeter l’Algérie dans la mondialisation, lorsque son économie, qui est la matrice fondamentale, est fortement administrée dans un environnement générateur d’un climat des affaires bureaucratiques étouffant ?”

Tout le monde sait qu’il y a de la bureaucratie en Algérie, qui complique davantage la vie des citoyens, qu’elle est très difficile à combattre aujourd’hui, qu’il nous faudrait dénoncer afin de prévenir une anesthésie mentale, dont la vie ordinaire des Algériens et la vie économique sont les seules victimes. À titre d’exemple, l’Algérie n’a pas besoin aujourd’hui d’un code des investissements, mais d’édifier un droit des affaires réformé et fiable applicable aux sociétés, fondé sur une justice séparée, notamment la création de tribunaux du commerce avec des magistrats spécialisés dans le droit des affaires, un facteur-clé de confiance pour les investisseurs (IDE) et les actionnaires.

En effet, l’administration algérienne est devenue, au fil du temps et de la complexité de la réglementation surchargée et instable, cause des déséquilibres et des tensions socioéconomiques et continue à susciter des handicaps, voire un blocage mental, une démobilisation de la société et un obstacle majeur à l’émergence de la démocratie réelle et du libéralisme économique, voire à tout changement vers le progrès et la modernité. À tel point qu’aujourd’hui, les fondamentaux de la société et de l’État sont grandement déstabilisés. Au cœur de tout cela, la bureaucratie en Algérie, un sujet qui soulève aujourd’hui un sérieux problème de pérennité pour l’édification de l’État. Oui, l’administration publique n’a pas produit tous ses effets pour le progrès et l’évolution de la société et l’économie nationale. Faut-il s’en étonner ? Certainement oui.

Comment peut-on justement projeter l’Algérie dans la mondialisation, lorsque son économie, qui est la matrice fondamentale, est fortement administrée dans un environnement générateur d’un climat des affaires bureaucratiques étouffant qui affaiblit les stratégies d’entreprise, à l’heure où l’économie d’aujourd’hui est celle d’un monde globalisé ? C’est l’une des grandes faiblesses de l’Algérie, car si l’on peut construire des logements, des routes, des écoles, des hôpitaux, des universités, etc., c’est très bien, mais on ne pourra pas reconstruire un système administratif et économique performant et former des élites intellectuelles et scientifiques capables de peser sur le cours des événements et de surpasser la réalité amère qui caractérise la gouvernance publique et économique de notre pays.  

Cela dit, il nous semble important d’enrichir le débat autour du thème de la bureaucratie en Algérie qui est en réalité un gigantesque système administratif avec l’émergence d’une forte classe de fonctionnaires (bureaucrates) issus d’une politique fortement partisane, rentière et d’un système administré (dirigé).

À titre d’exemple, l’Algérie, pays non émergent, compte environ 2,5 millions de fonctionnaires pour une population de 42 millions d’habitants, contre près de 1,7 million de fonctionnaires en Allemagne, pays très développé, pour une population de 84 millions environ. Le budget de fonctionnement de notre administration générale et les collectivités locales absorbent près de 60% du budget général de l’État. De plus, à y regarder de près, les déficits budgétaires enregistrés ces deux dernières décennies, soient entre 9 et 20% du PIB, dépassent largement les normes budgétaires internationales qui sont votées et gérées à 3% du PIB. 

Qu’est-ce que la bureaucratie ? 
La bureaucratie désigne de manière péjorative une influence ou un pouvoir excessif de l’administration dans les affaires publiques, l’économie ou la politique ; elle est tellement ancrée dans les meurs qu’elle est très difficile à combattre aujourd’hui. “La bureaucratie est alors caractérisée par sa lenteur, sa lourdeur, son manque de flexibilité, son incapacité à traiter les cas particuliers. Les décisions bureaucratiques sont difficilement compréhensibles, peu conformes au bon sens ou à la démocratie.” 

Ajoutons à cela que “la bureaucratie désigne aussi une forme de régime politique dans lequel le pouvoir réel est détenu et transmis par l’administration”. “La progression au sein de l’organisation n’est pas liée à l’efficacité, mais à la docilité, à l’appartenance à un réseau ou à un parti politique, souvent unique ou majoritaire au Parlement.” 

L’administration publique dans la tête de la majorité des citoyens, ce sont ces bâtiments administratifs qui sont le lieu par excellence des réunions et dans lesquels on entre à 8h du matin et on en ressort l’après-midi à 16h. Notamment, cette institution symbole de l’État fait forme d’organisation relativement méconnue par les citoyens, dont le rôle et l’existence ne sont correctement perçus que par les cadres et les membres de l’exécutif de la wilaya, composé des directeurs de structures de l’État, qui assument, sous l’autorité du wali, la gestion des différents secteurs d’activité de la wilaya, schématiquement, en plus de l’administratif : l’équipement, le transport, les infrastructures, le logement, la santé, le développement social et culturel, l’animation économique, le budget, le maintien de l’ordre public, etc.

“Que disent aujourd’hui les citoyens” sur le mode de fonctionnement de l’administration publique ? C’est la question qui taraude l’esprit des citoyens et reste la grande priorité pour réformer l’administration publique. Ils insistent sur les problèmes quotidiens suivants dans lesquels sombrent les citoyens : l’administration ne répond pas au courrier, voire n’accuse pas réception de nos lettres de requête, complique davantage la vie des citoyens, hogra, lenteurs et lourdeurs dans la formalisation des dossiers administratifs, bloque les initiatives entrepreneuriales, le clientélisme et le piston, déficit important en matière d’accueil, d’écoute et du service, absence de considération envers le citoyen, mauvaise attitude des fonctionnaires, manque de transparence (ils nous ont tués par leur bureaucratie). L’indifférence et le mépris affichés à l’égard des citoyens aboutissent souvent à des situations désastreuses, car l’administré ne peut trouver l’écoute et le droit d’égard. Cela a donné naissance dans la gestion locale à l’absence d’esprit civique et dans presque chaque wilaya la chaîne de contestations qui a ébranlé nos collectivités locales. 

Cette situation doit nécessairement nous interpeller sur le rôle et la place de l’administration publique et des fonctionnaires en Algérie. C’est sur eux en partie que repose la construction de l’Algérie nouvelle, celle qui devra faire face à tous les maux qui la rongent, tels que la crise morale, la lourde bureaucratie, les passe-droits, le clientélisme, la corruption, l’évasion et la fraude fiscale, le transfert illicite de capitaux… “Il va sans dire que les choses sont devenues plus compliquées face à la crise de confiance entre les citoyens et les élus et l’administration.” Pour relever ce grand défi, l’Algérie a besoin d’un modèle aux valeurs d’énergie humaines au service de la nation et du peuple. “Faut-il parler d’un 1er Novembre pour combattre la bureaucratie et mettre fin à la hogra ?” La bureaucratie cause des déséquilibres et des tensions socio-économiques et continue à susciter des handicaps, voire un blocage mental, une démobilisation de la société et une crise morale. Comme tout le monde sait que les côtes des pays développés font rêver de plus en plus les Algériens et les Algériennes qui sont nombreux à prendre la mer clandestinement. Par ailleurs, les conflits socioprofessionnels, les grèves, les recours à la violence verbale ou physique ne peuvent que porter atteinte à un État de droit, à la démocratie et à l’économie nationale, voire à la paix sociale acquise au prix de grands sacrifices. 

“Cela signifie qu’on ne gouverne pas l’économie par décrets, à coups de circulaires et de licences d’importation.” C’est le système économique administré (dirigé) qui ne permet pas de planifier l’étape de l’après-pétrole et par conséquent bâtir une nouvelle économie. Ce système qui continue à marquer les esprits de nos dirigeants et syndicats d’entreprise, lesquels omettent de prendre en considération les principes universels d’une économie de marché ayant pour fondements de base : le droit commercial, le droit civil et la liberté d’entreprendre pour créer et développer une économie de capital, notamment de nouvelles forces productives et de création de richesses. En effet, pour entamer ce travail, il faudra débarrasser l’économie algérienne des mauvaises décisions économiques bureaucratiques qui ont coûté des milliards de pertes préjudiciables au Trésor public notamment et ont engendré l’assèchement de l’épargne publique, le recours à la planche à billets et le manque de liquidités.

Développer notre économie est un devoir moral suprême, parce que l’économie, matrice fondamentale du pays, n’est qu’une stratégie d’entreprise et de marché et rien ne s’oppose à toute forme de gestion qui aurait pour effet de rendre la vie économique aux entreprises pour que notre pays puisse bénéficier d’une envergure internationale de production et d’exportation et, enfin, génératrice d’impôts pour conforter le budget de la nation. C’est un thème majeur, sachant que la tâche est lourde, voire économiquement difficile, vu que l’Algérie est l’un des seuls pays au monde qui n’a pas abandonné le socialisme à ce jour.

En clair, si l’on fait carrière dans l’administration ou la politique, c’est bien dans l’économie que l’on se fait un nom et une popularité. Il s’agit également de développer la croissance économique territoriale, de rationaliser l’organisation économique, de développer la gouvernance publique et économique et la gestion de l’économie du pays adaptées aux règles et aux mécanismes des marchés. En effet, nous sommes un pays aux portes de l’Occident et au cœur de l’Afrique et du Maghreb dans la perspective d’un véritable développement harmonieux dans le nouveau monde d’aujourd’hui, bâti sur l’économie de marché, l’ouverture, la compétitivité et l’intelligentsia. En revanche, “notre administration est demeurée fermée sur elle-même, c’est-à-dire moins ouverte sur la mondialisation et les évolutions des sociétés dans le monde”. Ce qui attend, à notre humble avis, les futures élections pour l’image de l’Algérie et l’amélioration des compétences des fonctionnaires de l’administration et l’actualisation de leurs connaissances aux valeurs internationales pour élever le niveau de professionnalisme et de patriotisme économique. 

Il est urgent d’instaurer “une nouvelle culture de la gestion locale, ambitionnant de parvenir à une véritable gouvernance publique qui inscrira à son fronton l’écoute des citoyens et l’information sur le fonctionnement de la collectivité locale en associant les partenaires sociaux, les élites et les notables”. Oui, et si l’Algérie devait s’inspirer de son propre modèle de décentralisation des années 1967, qui permet à la fois d’assurer l’efficacité de la gestion, l’égalité des chances et la promotion du service public et permettre aux APC d’assumer pleinement leurs responsabilités en matière de gestion des affaires publiques locales des territoires, la péréquation, le soutien aux régions déshéritées et une volonté judicieuse de promotion de l’économie locale ? En effet, depuis les années 1980, on a imposé un centralisme de l’administration. Cette responsabilité nous paraît, du point de vue administratif et politique, importante dans l’échiquier national, aussi et surtout impressionnante, compte tenu de son ampleur, en l’absence d’une meilleure répartition des responsabilités pour une bonne gouvernance publique.

En principe, le processus de l’édification de l’État correspond à un processus de décentralisation, voire de structuration par le bas. La commune et la wilaya sont les premiers jalons de ce processus, qui consiste en un transfert de pouvoirs de l’État vers les démembrements de l’État de droit public distincts de lui et disposant d’une autonomie plus ou moins grande, selon le degré de décentralisation, ainsi que d’un budget et d’une autonomie financière. En effet, la décentralisation rapproche les citoyens du processus de décision, consacre la séparation des pouvoirs et répond à la nécessité de recherche de consensus lié aux diversités régionales et linguistiques, par une représentation équilibrée au sein des institutions de l’État.
La question qui reste posée est : y aurait-il une réforme de l’administration publique qui serait le cœur et la mère de toute réforme économique et politique ?


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