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LA RÉFORME DU SECTEUR BANCAIRE EN ALGÉRIE

Où en sommes-nous et où pouvons-nous aller

© D.R

Par : Rachid Sekak
(Économiste)

1re partie

Les banques publiques nourrissent la quasi-totalité des crédits au secteur public et participent à hauteur de 75% aux crédits octroyés au secteur privé. Une telle situation vis-à-vis du secteur public découle de directives écrites ou non écrites données aux entreprises publiques de cantonner leurs opérations aux banques publiques. Ces directives ont été “abrogées” mais les pratiques anciennes perdurent largement à ce jour. 

Il est de tradition en temps de crise de revoir émerger comme un serpent de mer la lancinante question de la Réforme du secteur bancaire ou du “système” financier en Algérie. Il serait tentant d’en faire l’historique et d’évoquer les avatars de cette “Arlésienne” qui ne s’est jamais totalement présentée sur la scène !

Plus praticien qu’historien, je souhaiterais examiner ce qui existe actuellement au titre du secteur bancaire, faire le point et, plus qu’une monographie, dresser le diagnostic. Cette évaluation du terrain et des “jeux”, des procédures, qui s’y pratiquent, permettrait d’esquisser des voies de réforme ou, disons tout net, de “restructuration”.
Il convient néanmoins de faire quatre remarques préliminaires. 
Première remarque : il est difficile de faire une dichotomie entre économie financière et économie réelle. La situation actuelle du système bancaire reflète et accentue les dérèglements structurels de notre économie et de sa dérive budgétaire. La deuxième remarque réside dans la conviction que la croissance pérenne pour le pays viendra du secteur privé ou ne viendra pas ! Et que la concurrence devra être le maître mot car seule la concurrence pourra être un moteur de l’innovation.
Troisième remarque : la réforme du secteur bancaire est une nécessité incontournable. Mais elle ne sera pas suffisante pour relancer une croissance pérenne et diversifier notre économie si elle n’est pas accompagnée d’un programme cohérent de réformes structurelles dont elle est seulement une partie. Cette rénovation du secteur bancaire devra s’intégrer dans une stratégie plus large. J’ai envie de dire que “le secteur bancaire ne pourra pas se transformer dans l’isolement professionnel et solitaire mais il pourra être l’agent qui remodule l’ensemble, dans la mesure où il est porté par une stratégie nationale”.
Dernière remarque : la conception et la mise en œuvre de la réforme, d’une grande ampleur technique et humaine, seront complexes. Il faut donc souligner la nécessité d’un cadre managérial et politique obligatoirement reconnu dans son autorité, sa crédibilité et son leadership. Il faudra convaincre et faire adhérer ! 

Panorama des grandes masses
Commençons par dresser un constat quant à l’état des lieux de notre secteur bancaire.
Il convient tout d’abord de relever que l’intermédiation bancaire reste le moyen quasi exclusif de financement de l’économie. Le faible développement des marchés de capitaux explique que l’intervention de la finance directe soit très marginale. Le secteur bancaire est donc prépondérant dans le système financier algérien et reste dominé par 6 grandes banques publiques dont une caisse d’épargne : BNA, BEA, Badr, BDL, CPA et Cnep.
Les banques publiques jouent un rôle-clé en contrôlant une part importante du marché : elles collectent 85,50% des dépôts et octroient 87,50% des crédits.
Le secteur bancaire compte aussi 13 banques à capitaux étrangers, soit 9 filiales et 3 succursales de banques internationales et une banque à capitaux mixtes.
Le CA-CIB (Crédit agricole) a récemment quitté l’Algérie.
Aucune banque privée à capitaux algériens n’active sur le marché local depuis plus de 15 ans : le lourd passif des scandales ayant touché les banques privées dans les années 2000.
Les succursales de banques multinationales sont Citibank Algeria, HSBC Algeria et Arab Bank Plc. Les filiales regroupent Société Générale, BNP Paribas, Natixis Algérie, Arab Banking Corporation, Housing Bank for Trade and Finance, Fransabank Al Djazair, Gulf Bank Algeria, Al Salam Bank et Trust Bank Algeria. Une banque à capitaux mixtes complète le dispositif : Banque Al Baraka.
À titre d’illustration, le secteur bancaire au Maroc laisse apparaître une typologie bien différente : les banques à capitaux privés marocains détiennent 66% de parts de marché, les banques publiques 18% et les banques à intérêts étrangers 16%. Le total de bilan de la place bancaire était de 15,645 milliards de dinars à la fin de 2019, soit un peu plus de 130 milliards de US$ ou environ 75% du PIB. La place bancaire algérienne est une toute petite place.
Les fonds propres globaux des banques étrangères étaient de 320 milliards de DZD (2,7 milliards de US$) à la fin de 2019. Le secteur bancaire est donc le second secteur, après celui des hydrocarbures, quant au montant des investissements directs étrangers (IDE) réalisés dans le pays. Les parts de marché des banques étrangères restent faibles. En 2019, elles contrôlaient 12,50% des crédits et 14% des dépôts.
Le produit net bancaire (PNB) global dégagé par les banques privées était de 132 milliards de dinars en 2019, soit environ 1,1 milliard de US$. Le profit net dégagé par ce segment était de 42,75 milliards de DZD, soit environ 360 millions de US$ pour la même année.
À titre d’illustration quant au poids des banques étrangères sur le marché local, les parts de marché en 2019 des banques étrangères les plus impliquées étaient les suivantes :
• Société Générale : 2,46 % des encours de crédit et 2,80% des dépôts
• Gulf Bank Algeria (AGB) : 1,54% des encours de crédit et 1,73% des dépôts
• BNP Paribas : 1,63% des encours de crédits et 1,98% des dépôts
• Natixis : 0,76% des crédits et 1,16% des dépôts.
Aucune banque étrangère ne dispose d’une part de marché significative et l’intervention des banques étrangères demeure toujours un sujet de controverse.
En effet, on constate le déploiement de modèles économiques (business model) différents allant de la banque mono-agence orientée uniquement corporate et servant une petite niche du marché à la banque universelle à réseau étendu. Le secteur bancaire s’articule autour de 1 514 agences. Cette couverture du marché était assurée à 75% par les banques publiques (1 134 agences) et à 25% par les banques privées (380 agences).
À titre de comparaison, le Maroc disposait de 6 388 agences en 2018 et la Tunisie de 1 860 agences en 2017. À noter que le réseau d’Algérie Poste (CCP) comprend près de 3 600 guichets et que les établissements financiers non bancaires disposaient de 88 points de vente (fin 2015). À la fin de 2018 les dépôts au sein du réseau des CCP s’élevaient à 864 milliards de DZD. Il serait intéressant de connaître les utilisations qui sont faites de cette masse de ressources qui circule dans le circuit du Trésor.
Le taux de pénétration des agences bancaires par habitant est faible.
On relève la présence d’un guichet bancaire pour environ 26 000 habitants contre, par exemple, une agence pour 6 154 habitants en Tunisie. 
Cette donnée est symptomatique d’un niveau de bancarisation insuffisant et qui peut s’améliorer.
Un déséquilibre géographique dans la configuration des réseaux est aussi observé. Les banques publiques sont établies sur l’ensemble des wilayas, alors que les banques privées ont développé leur réseau très majoritairement sur les centres urbains du nord du pays. Certaines banques étrangères, notamment les banques françaises, ont cependant joué un rôle non négligeable dans la densification du réseau d’agences bancaires. Deux banques privées disposent d’un réseau supérieur à 70 agences : BNP Paribas avec 71 agences et 14 centres d’affaires et Société Générale avec 91 agences dont 13 centres d’affaires.
Elles sont, avec Gulf Bank Algeria (61 agences), les seules banques privées à avoir développé une activité significative en matière de banque de particuliers.
À noter aussi le réseau de Natixis Algérie (28 agences) et celui d’ABC (25 agences) qui restent orientés prioritairement vers le segment “corporate”.
Les effectifs du secteur sont d’environ 36 500 employés dont 6 500 au sein des banques privées. Une majorité des collaborateurs du secteur sont des cadres (54%).
On estime à environ 12 millions le nombre de comptes bancaires dans le pays (contre environ 20 millions de comptes auprès d’Algérie Poste).
2 862 100 cartes interbancaires CIB sont en circulation contre environ 7 400 000 cartes Edahabia pour Algérie Poste.
Le tableau en annexe retrace l’évolution des principaux indicateurs du secteur bancaire pour les six dernières années. Des données sont manquantes, démontrant ainsi la difficulté à reconstituer des séries statistiques précises, notamment depuis 3 années.

La collecte des ressources
Le secteur bancaire collectait, à la fin 2019, un montant total de ressources de 10 640 milliards de DZD auprès de la clientèle. On ne dispose pas de la décomposition de ces dépôts.
Pour mémoire, les dépôts à la fin de 2018 se répartissaient de la manière suivante :
• Dépôts à vue : 5 387 milliards de DZD, soit 51% du montant total collecté
• Dépôts à terme : 5 178 milliards de DZD, soit 49% des dépôts
Aucune statistique sur la maturité des dépôts n’est actuellement publiée.
Les dépôts bancaires représentaient donc environ 52% du PIB. Pour mémoire, le PIB de l’année 2019 est estimé par l’ONS à 20 428 milliards de DZD. Cette donnée illustre bien à nouveau la faiblesse de l’intermédiation bancaire.
Par catégories de banque, la structure des dépôts pour 2019 était la suivante :
• Banques privées : 1 537 milliards de DZD, soit 14,45% du montant global
• Banques publiques : 9 103 milliards de DZD, soit 85,55% du montant global
Les dépôts en devises représentaient à la fin de 2018 un montant global de 650 milliards de DZD, soit la contrepartie d’environ 5,5 milliards de US$ (au taux de change DZD / US$ de 118,29 observé à la fin de cette même année).
La circulation fiduciaire hors banque était estimée par la Banque d’Algérie à 6 140 milliards de DZD, soit près à 34,73% de la masse monétaire mesurée par l’agrégat M2 à fin 2019. Cette circulation de cash représentait donc environ 30% du PIB. Cette dernière donnée démontre le potentiel existant pour la collecte des ressources d’épargne par les banques et représente aussi un bon indicateur de l’importance de l’économie informelle et des encaisses oisives des ménages.

La distribution de crédit
Le montant total des crédits distribués à la clientèle par le secteur bancaire était de 9 941 milliards de DZD à fin 2019, soit 48,50% du PIB.
Ce ratio combiné à celui relatif aux dépôts exprimés en pourcentage du PIB démontre que le niveau d’intermédiation de notre secteur bancaire est faible.

Pour l’année 2019 nous ne disposons pas de données sur la décomposition par maturité de cette masse de crédits.

Néanmoins, les encours de crédits observés à fin 2018 se décomposaient par maturité de la manière suivante :
• Crédit à court terme : 2 710 milliards de DZD (26,82% du global)
• Crédit à moyen terme : 1 714 milliards de DZD (16,97 % du global)
• Crédit à long terme : 5 679 milliards de DZD (56,21% du global)
La part importante des crédits à long terme, très fortement concentrée sur les banques publiques, démontrait l’engagement fort de ces dernières dans le financement des grands projets d’investissements publics, notamment d’infrastructures. Un tel niveau d’engagements à maturité longue dans le contexte d’une rareté croissante de la liquidité bancaire compliquera à terme la gestion des bilans (ALM) pour la plupart de ces banques publiques.
À noter aussi que le taux de pénétration de la microfinance privée, en dehors des dispositifs “aidés” de nature publique, est proche de zéro. Pour l’année 2019, la part des crédits distribués par les banques publiques était de 87,50%, avec un montant global de 8 698 milliards de DZD. La part des crédits octroyés par les banques privées est de 12,50%, avec un montant global de 1 243 milliards de DZD. Pour l’année 2019, nous ne disposons pas de la structure de destination des encours. Notons néanmoins que l’encours des crédits à la fin de 2018 se répartissait de manière quasi équitable entre le secteur privé et le secteur public. Les crédits au secteur public représentent 50,4% (5 090 milliards de DZD) des crédits globaux, et la part des crédits au secteur privé est de 49,6% (5 012 milliards de DZD).
Pour l’année 2018, les crédits accordés aux ménages ne représentaient que 7,8% du montant des crédits globaux (soit 788 milliards de DZD). Pour une très large part, il s’agissait de crédits hypothécaires.
À titre de comparaison, au Maroc, la part des crédits bancaires accordés aux ménages était de 33% en 2017. Le crédit au secteur privé mesuré par le ratio crédits au secteur privé/PIB s’élève à 24,6 % en 2018. Il reste faible et très largement inférieur aux niveaux observés notamment au Maroc et en Tunisie. Par ailleurs, cet encours de crédit au secteur privé porte largement sur des concours relatifs au financement de l’exploitation et pas de l’investissement. Ce faible accès au financement bancaire constitue l’un des blocages au développement du secteur privé, notamment pour les PME et les TPE. Le ratio prêts/dépôts s’affiche à 93,50% à la fin de 2019. La liquidité bancaire est en baisse sensible sur les cinq dernières années. Les banques publiques nourrissent la quasi-totalité des crédits au secteur public et participent à hauteur de 75% aux crédits octroyés au secteur privé. Une telle situation vis-à-vis du secteur public découle de directives écrites ou non écrites données aux entreprises publiques de cantonner leurs opérations aux banques publiques. Ces directives ont été “abrogées” mais les pratiques anciennes perdurent largement à ce jour. L’activité de crédit des banques privées est orientée quasi exclusivement sur le secteur privé (entreprises et ménages) avec une concentration forte sur les opérations de court terme, comme le financement du besoin en fonds de roulement (BFR) des entreprises et le refinancement d’opérations d’importation. L’incapacité à lever localement des ressources à long terme n’est pas étrangère à cette spécialisation. Pour certaines de ces banques, comme Citibank ou HSBC, l’activité de crédit est essentiellement dirigée vers les filiales algériennes de grands groupes internationaux et cible un groupe restreint d’entreprises locales jugées solvables.
Seules les banques privées ayant développé un réseau, notamment Société Générale, BNP Paribas, Gulf Bank Algeria et Natixis, interviennent de manière significative sur le marché de la PME et celui des professionnels.
Les banques publiques dominent largement le marché du crédit hypothécaire avec une part de marché proche de 95%. L’encours des crédits hypothécaires du secteur bancaire est d’environ 400 milliards de DZD. Ce montant, qui ne représente que 2% du PIB, est très faible. Une étude récente, La Finance en Afrique, parrainée par la Banque africaine de développement et la Banque mondiale, relève que le ratio de la dette hypothécaire par rapport au PIB s’élève en moyenne à 10% en Afrique, à 70% aux États-Unis et à 50% en Europe. La faiblesse du ratio observé en Algérie découle de la politique en vigueur d’accès au logement qui coûte très cher au budget de l’État (en moyenne 650 milliards de DZD par an) et dont le financement n’est certainement pas efficient. Pour mémoire, à la fin des années 1990, l’accès au logement a été déconnecté d’un effort d’épargne préalable. Une telle décision, de nature politique, a été dommageable à l’inclusion financière (voir article de l’auteur dans le journal Liberté du 21 octobre 2021).
Certaines autres caractéristiques du marché bancaire local méritent d’être relevées :
• La gamme des produits offerte par les banques est étroite aussi bien en direction des entreprises que celle des particuliers. Elle est de plus quasi identique d’une banque à l’autre. Le marché évolue donc dans un contexte de banalisation de produits simples et sans diversité.
• Le développement des services financiers spécialisés est faible. Le taux de pénétration du leasing est faible par rapport aux standards internationaux. Les encours évalués à 162 milliards de DZD à la fin de 2020 représentent moins de 2% des prêts octroyés par le secteur bancaire et moins de 1% du PIB (0,66% en 2019). Un pays comme la Turquie laisse apparaiître un taux de pénétration de 2,25% et démontre la marge de progression qui existe chez nous.
• L’affacturage (Factoring), outil essentiel dans le financement des PME de par le monde, est inexistant chez nous. Il existe chez nos voisins tunisiens depuis 1993 ! Chez nous, un décret exécutif du 25 octobre 1995 fixe les conditions d’habilitation des sociétés pratiquant le factoring et attribue au ministère des Finances le pouvoir d’agréer les sociétés de factoring. Depuis 1995, aucun texte d’application de ce décret n’a été publié et aucune société n’a été agréée. Par ailleurs et depuis 1995, la Banque d’Algérie a progressivement déployé un corpus réglementaire important en direction des banques et des établissements financiers. Aussi, à présent, un chevauchement de compétence entre la BA et le ministère des Finances bloque toute initiative. N’est-il pas temps et urgent de lever une telle ambiguïté ? 
• Le crédit à la consommation reste fortement contraint.
• Le canal essentiel de distribution des produits bancaires reste l’agence. 
• Un faible développement technologique aussi bien pour les produits monétiques que pour ceux associés à Internet. Un tel état de fait, qui ne dépend pas uniquement de la responsabilité des banques, laisse présager une accélération des mutations technologiques sur les années à venir, notamment au travers du GIE monétique. • Le niveau de pénétration des TPE en service est faible, mais en hausse, à 36 000 unités en service, tout comme celui des DAB et GAB (environ 1 350). À titre de comparaison, le Maroc dispose de 7 025 GAB (guichets automatiques bancaires) et la Tunisie de 2 275 DAB/GAB.
Un état d’esprit plus ouvert de la part des organes de régulation, notamment dans le secteur des télécommunications, aurait sans aucun doute un effet positif sur l’innovation dans le secteur.

Les revenus et la rentabilité 
Des statistiques agrégées sur le Produit net bancaire (PNB = chiffre d’affaires des banques) ne sont pas publiées par la Banque d’Algérie et doivent être compilées à partir du bilan des banques.
On peut néanmoins relever que la structure des PNB, notamment celle des banques privées, a beaucoup évolué depuis 2012.
En effet, jusqu’en 2012, la part des banques privées dans le PNB global de la place, environ un tiers, était largement supérieure à la contribution de ces banques dans la collecte des ressources et dans la distribution de crédit.
Deux explications étaient avancées pour expliquer cette distorsion : l’une trouvait sa genèse dans “l’effet d’aubaine” créée par la loi de finances complémentaire pour 2009 qui avait imposé le crédit documentaire comme moyen unique de règlement des importations, et l’autre dans la tarification qui était appliquée par les banques privées, notamment en matière de “commissions de change”.
En réaction à cette situation, les autorités de régulation ont édicté en avril 2013 un règlement qui encadre et plafonne les commissions prélevées au titre des opérations de commerce extérieur et ont par la suite progressivement resserré les contraintes associées au ratio des engagements extérieurs qui a été ramené de 4 à 1 en quelques années, réduisant ainsi la marge de manœuvre des banques en matière de commerce extérieur.
Suite à ces mesures, un fort rééquilibrage de la structure du PNB des banques privées en faveur des activités de bilan (activités de prêt) est observé.
Par ailleurs, les services offerts par les banques étrangères sont généralement plus chers que ceux des banques publiques, mais leur qualité de service est perçue comme meilleure.
En 2019, le PNB global de la place s’affiche à 559,7 milliards de DZD, soit environ 4,7 milliards de US$. La part des banques privées a été de 132 milliards de DZD, soit 1,1 milliard de US$.
Le coefficient d’exploitation (la part des charges d’exploitation par rapport au PNB) était en moyenne de 28,7% pour les banques publiques et de 38,5% pour les banques privées. À titre de comparaison, la direction de la supervision bancaire de Bank Al-Maghrib signale que ce ratio était de 50,6% pour les banques au Maroc en 2017.
Pour l’année 2019, la rentabilité des banques restait bonne mais en baisse sensible avec la hausse observée du coût du risque. En effet, les provisions nettes pour créances douteuses portaient sur 164 milliards de DZD pour les banques publiques et sur 22,7 milliards de DZD pour les banques privées.
Cette rentabilité pouvait être appréhendée au travers de deux indicateurs :
• Une forte rentabilité des fonds propres (ROE) : 8,40% pour les banques publiques et 14,63% pour les banques privées. 
• Un rendement des actifs (ROA) qui reste élevé : 0,86% pour les banques publiques et 1,98% pour les banques privées.
De tels ratios font de nombreux envieux, notamment en Europe. Par ailleurs, la lecture combinée du coefficient d’exploitation et du ratio de rentabilité des fonds propres de nos banques publiques et sa comparaison avec ceux observés au niveau des banques privées laissent clairement apparaître que le principal souci de nos banques publiques réside dans la maîtrise des risques.

La solidité financière du secteur bancaire
À la fin de 2018, la solidité du secteur bancaire pouvait être appréciée au travers d’une batterie d’indicateurs publiés par le FME et portant sur sa capitalisation et sur la qualité de son portefeuille de prêts : 
• Les ratios de solvabilité.
• Le ratio de solvabilité moyen par rapport aux fonds propres de base était de 15,2%.
• Le ratio de solvabilité moyen par rapport aux fonds propres réglementaires était de 19,60%. 
Ces deux indicateurs s’affichaient donc largement supérieurs aux normes internationales recommandées par Bale III. Le secteur était donc à la fin de 2018 correctement capitalisé. Ces ratios de solvabilité se sont probablement dégradés en 2019 et en 2020. Mais l’absence de transparence dans certains états financiers empêche une appréciation fine de la situation pour ces deux années.
La qualité des portefeuilles et les créances non performantes. À fin 2017, les créances en souffrance étaient en hausse à 12,3% par rapport au total des créances (12,9% pour les banques publiques et 7,9% pour les banques privées) contre 11,9% en 2016.
Le stock des provisions qui était affiché à la fin de 2017 était de 51,4% de l’encours des créances en souffrance. Au total, le taux des créances non performantes nettes de provisions constituées était donc de 6% en 2017 contre 5,4% en 2016. Mais il est probable que la qualité des portefeuilles des banques se soit dégradée en 2020 et en 2021.  En effet, certaines banques aussi bien publiques que privées, détenaient des encours importants sur les entreprises qui appartiennent aux personnes faisant l’objet de mesures judiciaires. De plus, depuis 2019, une morosité économique s’est installée progressivement dans un contexte politique compliqué, où la commande publique en forte baisse reste le principal levier de la croissance. Cela, combiné aux effets de la crise sanitaire de Covid-19, s’est traduit par un ralentissement économique fort et donc par une aggravation du risque de crédit, notamment à cause d’une accumulation d’arriérés pour de nombreux opérateurs économiques. Un tel contexte a conduit, sans aucun doute, à une dégradation de la qualité du portefeuille des banques et à une hausse sensible des NPLs (prêts improductifs) et des provisions associées.  Une telle situation va rendre complexe le pilotage du secteur sur les 2 ou 3 prochaines années pour les autorités monétaires et ce, dans un contexte où certaines banques publiques laissent apparaître de fortes concentrations des risques sur certaines contreparties publiques.
La tâche de la Banque d’Algérie et celle de la direction générale du Trésor ne seront pas faciles.

 

à suivre…

 


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