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A la une / Contribution

Consommation de drogue chez les sportifs

Phénomène marginal ou dopage organisé ?

© D.R

Par le professeur : Rachid Hanifi
Ancien président du Comité olympique algérien

Le trafic de drogue a infesté notre société à des niveaux inquiétants pour la sécurité et la stabilité du pays. L’affaire dite de Kamel el-Bouchi, avec des connivences supposées à un haut niveau, a fait un effet “boule de neige” notamment dans le milieu sportif, qui suscite une inquiétude particulière sur l’avenir de notre discipline reine. Si le dopage est bien connu dans l’environnement sportif en général, le football ne faisant pas exception, l’intrusion des drogues dures est un fait nouveau et autrement plus alarmant, car elle n’obéit pas aux mêmes objectifs. 

Le dopage des sportifs, qui était l’apanage des pays du bloc socialiste (URSS et RDA notamment), s’est, par la suite, étendu à d’autres nations, surtout celles qui avaient recruté des techniciens venant de ces pays, ce qui avait légitimement suscité des doutes sur les enfants handicapés d’anciens sportifs de la génération des années 80. Le motif du recours au dopage était la recherche de la meilleure performance possible, quelles qu’en soient les conséquences sur la santé des athlètes et de leurs progénitures éventuelles. Si pour les pays de l’Europe de l’Est, à l’époque, le motif était essentiellement politique, l’objectif de la performance la plus élevée possible, par la suite, deviendra l’exigence de la forte implication de l’argent, à travers les grosses entreprises économiques qui sollicitent les associations sportives et les athlètes, comme vecteurs promotionnels de leurs produits commerciaux. 

C’est ainsi que nous assistons à des meetings sportifs organisés par les multinationales économiques, en dehors des programmes de compétitions prévus par les fédérations sportives, ce qui, parfois, perturbe la préparation des acteurs sportifs pour les événements inscrits dans les calendriers compétitifs internationaux. La recherche de moyens permettant de faire face à des exigences de performance physique parfois surnaturelles, du fait des limites physiologiques du corps humain, a poussé les athlètes – souvent avec la complicité de leurs entraîneurs – à recourir à des substances dopantes, afin de prétendre aux avantages matériels offerts par les sponsors. 

C’est la raison pour laquelle j’ai qualifié l’argent comme premier produit dopant lors d’une réunion des comités olympiques nationaux, qui s’est tenue au Mexique sous l’égide du CIO, à laquelle j’avais assisté en qualité de président du COA, car j’étais avant tout médecin, donc soucieux de la santé des athlètes.  Ce qui est fortement préoccupant aujourd’hui, c’est cette recherche effrénée de l’argent, par la commercialisation de produits dangereux pour la santé, tels que la cocaïne, y compris dans le milieu sportif. 

Nous avons en mémoire le cas du joueur Belaïli qui avait été victime d’une manipulation malsaine, lui faisant consommer de la drogue qui mettait en péril à la fois sa santé et son devenir sportif. Fort heureusement, ce talentueux footballeur a su rebondir, grâce à une prise en charge professionnelle de sa carrière, laquelle lui permettra de reprendre une activité saine et performante, au service de son club et de l’équipe nationale. D’autres joueurs ont été impliqués dans des affaires de drogue, mais la récente interpellation du président d’un club de Mostaganem devient inquiétante, car elle témoigne d’une déliquescence profonde de notre sport du fait de l’injection d’argent sale dans des clubs censés être des centres éducatifs pour notre jeunesse. 

L’instauration brutale, sans critère ni cahier des charges, du professionnalisme dans le football a ouvert la porte à des “dirigeants” sans morale ni scrupules, lesquels en profitent pour “blanchir” leur argent et faciliter leurs contacts avec la sphère des décideurs. Le sport, en général, et le football en particulier, sont des moyens de canalisation de la jeunesse, avec les joueurs comme modèles.

Comment, alors, espérer une canalisation saine de nos jeunes, lorsque leur discipline de référence est gangrenée par la drogue ? Comment attendre d’un club sportif une participation à l’éducation de la société, lorsqu’il est dirigé par des “éducateurs” immoraux ? 
La drogue constitue aujourd’hui une arme que des ennemis peuvent utiliser pour affaiblir une société, le football étant l’un des vecteurs de propagation les plus efficaces. Une arène sportive occupée par des supporters drogués peut présenter une grave menace pour la sécurité citoyenne et la stabilité sociale. 

Je ne comprends pas comment on programme une enquête d’habilitation pour des postes de responsabilité administratifs à portée sociale limitée, alors que l’on permet à quiconque de prétendre à la gestion d’associations sportives aux répercussions sociales importantes. Le professeur Yahia Guidoum avait instauré des critères pour l’accès aux responsabilités sportives, parmi lesquelles le niveau d’instruction, car il estimait que l’association sportive était avant tout une école. Je pense qu’en plus de ce critère, il serait utile d’exiger des enquêtes d’habilitation, en accordant un regard particulier à la provenance de l’argent injecté dans les clubs. 

Un contrôle rigoureux doit être programmé à partir du niveau le plus bas de la pyramide du mouvement sportif national, afin de procéder à un filtrage des prétendants à la gestion des associations sportives. Il faut encourager une nouvelle génération de dirigeants sportifs, capables de jouer le rôle d’éducateurs et de moraliser le sport. Nos athlètes doivent être en mesure de donner une image saine et respectable de notre jeunesse. Pour ce faire, nos dirigeants politiques doivent cesser de considérer le secteur des sports comme de faible importance, au sein duquel, on permet l’arrivée d’opportunistes sans éthique ni morale, qui sont pourtant les valeurs fondamentales de l’olympisme.


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