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Réflexion autour des œuvres universitaires et le projet de réforme

© D.R

Par : Madjid MALLEM
Cadre à l’ONOU

Ces quelques axes de réflexion pourraient peut-être mettre un terme à ces scandales à répétition et faire de ces lieux plutôt des lieux de rayonnement et d’échanges d’idées et de débat, au lieu d’une arène d’affrontement ou de rivalité en contradiction totale avec sa raison d’être, qui est le savoir et la connaissance.”

Autrefois fois, un haut lieu de la culture et de la connaissance, le secteur des œuvres universitaires se trouve aujourd’hui confronté à de graves problèmes de gestion et régulièrement éclaboussé par des scandales allant jusqu’aux décès d’étudiants à l’intérieur même des enceintes universitaires. Pourtant, il n’est pas loin le temps où les services des œuvres universitaires étaient très sollicités pour les excellentes prestations dont ils avaient la charge où tout était parfaitement orchestré.

À titre d’exemple, le service restauration n’avait rien à envier à celui des grands lieux de la gastronomie de l’époque où d’authentiques chefs cuisiniers officiaient à la préparation des repas sur la base de menus soigneusement établis. D’aucuns se rappellent les crevettes servies à table ou encore le service du petit déjeuner avec pain, beurre et confiture, ou croissants et petits pains avec en prime un couvert digne des grands hôtels.

La passion du travail bien fait, le dévouement et l’enthousiasme qui animait l’ensemble du personnel pendant cette période, a fini par gagner tous les esprits à telle enseigne qu’une rivalité fraternelle s’était installée entre les différents chefs cuisiniers, afin de s’attirer les faveurs  de la communauté estudiantine. 

C’est dire à quel point l’ambiance était saine. Il allait de même pour les autres tâches : le service d’hébergement dont les draps étaient régulièrement changés, l’entretien des chambres et des sanitaires effectués chaque matin. Et, cerise sur le gâteau, les étudiants n’avaient pas le temps de s’ennuyer devant la palette d’activités que chaque résidence universitaire mettait à leur disposition.

Chaque étudiant pouvait exercer l’activité de son choix, qu’elle soit sportive, culturelle ou scientifique qui lui permettait de rompre avec la routine quotidienne. Aujourd’hui, l’enthousiasme a disparu, les prestations sont accomplies plutôt par obligation, les étudiants désabusés et le personnel livré à lui-même, ayant perdu ce gout du travail bien accompli et, pis encore, la réputation des œuvres universitaires est sérieusement entachée par de graves négligence ayant abouti à des drames.  Plusieurs questions nous interpellent quant à cette malheureuse issue : comment avons-nous pu en arriver là ? 

Comment la situation des campus, naguère rayonnante, a-t-elle pu sombrer à ce point ? En clair, comment le secteur des œuvres universitaires a-t-il pu atteindre un tel degré de déliquescence ? Était-il possible d’éviter une telle dérive ?

Retour sur les causes profondes de cette dérive  
Le premier tournant a coïncidé avec la récession économique de la fin des années 80 qui mit entre parenthèse tous les projets universitaires. Vint ensuite une seconde secousse encore plus grave avec les injonctions du FMI et les restrictions budgétaires qu’a connues le pays durant la décennie noire, qui avaient fini par enterrer tous les projets d’investissement relatifs à la construction de nouvelles structures, alors qu’en parallèle, le nombre d’étudiants ne cessait de croître.

Ajouter à cela, le climat délétère lié au terrorisme où tous les étudiants, pour des questions de sécurité, préféraient la cité universitaire. Ce qui, inévitablement, s’est traduit par une saturation des structures d’hébergement. La congestion des résidences universitaires était devenue telle qu’elle a engendré dans son sillage de fâcheuses conséquences : la vétusté des lieux et surtout la promiscuité au sein de la population estudiantine.

Si l’administration avait quand même réussi à s’adapter à cette nouvelle situation, il était clair que la tâche n’était pas aisée  devant la complexité de la mission. En effet, il aura vraiment fallu beaucoup de courage et de sacrifice aux différents responsables de l’époque pour mener à bon port une mission aussi ardue et délicate où les questions règlementaires avaient été tout simplement reléguées pour des raisons évidentes de surcharge et d’insécurité. 

Au fond, l’image complètement écornée à laquelle était parvenu le secteur des œuvres universitaires était prévisible pour au moins deux raisons essentielles : l’absence de réactivité  de l’administration et le nombre effarent d’étudiants qui fréquentent aujourd’hui l’université, environ 1 700 000 étudiants.  

Début d’une normalité vite remise en question par les questions d’organisation  
L’objectif premier des autorités du pays à cette époque était d’éviter l’effondrement des structures d’hébergement et, du coup, la rupture d’un maillon essentiel de la politique universitaire. Il fallait donc, coûte que coûte, accompagner le rythme pédagogique du nombre poursuivi par l’université. Ce n’est qu’au début des années 2000, avec le retour de la paix civile et l’embellie financière que l’État a commencé à rattraper les retards accumulés durant les deux décennies précédentes.

C’est ainsi que des dizaines de nouvelles structures d’hébergement et de restauration ont pu voir le jour, en un temps record. Le nombre de résidences universitaires réalisées est tout simplement stupéfiant : 441 résidences universitaires, multipliant le nombre d’étudiants hébergés par trois et dans des conditions nettement meilleures. À ce jour, le nombre total d’étudiants hébergés est de  470 000. La situation n’a pu se rétablir que depuis ces dernières années où progressivement les choses ont commencé à revenir à la normale permettant aux gestionnaires de reprendre la situation en main et aux étudiants de retrouver leur quiétude. 

Hélas, ni l’évolution significative en matière de construction d’infrastructures d’accueil ni les importants moyens financiers mobilisés par l’État, pratiquement le tiers du budget du ministère de l’Enseignement supérieur, n’ont réussi à apporter les réponses nécessaires et arrêter les éternelles revendications des étudiants. Résultats des courses, aucune des parties en présence n’est satisfaite de la situation. 

Les pouvoirs publics qui mobilisent beaucoup de moyens, les travailleurs qui se plaignent régulièrement des conditions de leur travail et les étudiants qui n’ont jamais arrêté la contestation  et dont les différentes associations censées les représenter en font leur fonds de commerce.

Quelle stratégie pour la commission de réforme ?
Les raisons de ce déclin ? Elles sont multiples et nombreuses. Et c’est dans ce sens que la tutelle a mis en place une commission pour tenter d’abord d’établir un diagnostic et présenter ensuite des propositions susceptibles de sortir le secteur des œuvres universitaires de cette longue léthargie. Si l’espoir reste permis, à charge pour cette commission d’établir une stratégie qui repose sur des objectifs clairs dont les différents acteurs auront été consultés et leurs avis pris en charge.

Un large débat serait,  en effet, la garantie assurée de parvenir à un large consensus, seul facteur susceptible de pousser toutes les parties concernées à tirer dans le même sens. À l’évidence donc, la mission de cette commission n’est pas du tout une simple sinécure. Elle est appelée à prendre en charge des questions très sensibles, alors que la marge de manœuvre est très étroite. 

Préserver les postes d’emploi, améliorer les conditions des étudiants et satisfaire le maître d’œuvre qui est l’État. La question du désengagement de l’État de ce secteur, n’étant pas à l’ordre du jour dans la conjoncture actuelle en raison des risques de dysfonctionnement qu’elle pourrait engendrer. Le maintien des équilibres actuels sera très probablement préservé, donc, il n’y a pas lieu de s’attendre à des propositions dans le sens d’une transformation en profondeur. En revanche, les questions dont la commission aura à passer au crible seront celles qui auront un impact rapide sur la vie des étudiants et sans doute des répercussions sur l’amélioration des conditions de vie des nombreux travailleurs.

En bref, les réponses urgentes attendues seront en rapport avec les faiblesses apparues dans l’actuelle organisation. Il sera question très certainement d’un nouveau modèle de gestion et d’une nouvelle feuille de route avec un cap et des objectifs. En outre, il n’est pas à écarter non plus que la commission en question ait été mandatée pour aller dans une autre direction, dans le sens d’une ouverture partielle par exemple. Une hypothèse qui n’est pas à écarter devant l’état de décrépitude avancée dans lequel se trouvent les œuvres universitaires. Ce qui reste possible tant la descente aux enfers du secteur est interminable. Toujours est-il  quelle que soit l’issue qui se dégagera, il s’agira du défi de l’université de demain, qui accueillera bientôt 2 000 000 d’étudiants.

Des pistes de réflexion d’une expérience personnelle aux œuvres universitaires :
Sans doute, parmi les pistes de réflexion appelées à être explorées par cette commission, nous pouvons citer pêle-mêle quelques-unes d’entre elles.     
•Faute d’une organisation adéquate, le modèle actuel de gestion est devenu totalement inopérant et obsolète dont les mécanismes doivent  impérativement être revus.
•Délimiter de façon précise la responsabilité des uns et des autres qui reste trop diluée. 
•Le statut des gestionnaires doit être révisé. Les facteurs de la motivation et de la formation  sérieusement pris en charge.
•Idem pour la formation des différents personnels par des qualifications adaptées.
•La procédure de recrutement doit répondre aux besoins du secteur dont les profils doivent être ciblés.
•La représentativité des étudiants source de multiples tensions, due au nombre impressionnant d’associations, est totalement à 
revoir, la représentation traditionnelle des 
comités de cité pourrait être la meilleure 
réponse.
•La valorisation des repas et des conditions d’hébergement par le truchement de l’augmentation de la Bourse.
•L’absence d’efficacité des services d’hébergement et de l’entretien doit tendre à une large professionnalisation.
•La révision en profondeur de la question de l’approvisionnement des restaurants universitaires avec de larges prérogatives aux directeurs de résidences.
•Pour une meilleure maîtrise dans la gestion du personnel, le directeur de la résidence doit à la limite jouir d’un pouvoir lui permettant de gratifier et le cas échéant de sanctionner.
•Les affectations des étudiants doivent prendre en charge le critère de rapprochement de leur lieu d’étude. C’est dans ce contexte que les diverses universités ont été érigées.
•Réduire la taille de certaines directions des œuvres universitaires, pas plus de trois résidences, lesquelles seront chapeautées par une direction régionale.
•Revoir les plans de transport surtout pour les grandes villes, afin d’éviter les doubles emplois pour les lignes desservies par le train, le tramway et le métro. Il serait donc souhaitable d’établir des conventions avec les sociétés en charge de ces transports.
•Et plus important, généraliser l’outil informatique dans les tâches quotidiennes.

Ces quelques axes de réflexion, qui mériteraient évidemment d’être approfondis à travers un large débat entre l’ensemble des partenaires, pourraient peut-être mettre un terme à ces scandales à répétition et faire de ces lieux, plutôt des lieux de rayonnement et d’échanges d’idées et de débat, au lieu d’une arène d’affrontement ou de rivalité en contradiction totale avec sa raison d’être, qui est le savoir et la connaissance.


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