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A la une / Contribution

Impact de la crise sanitaire mondiale

Un grand shift dans la diplomatie internationale ?

© D. R.

Par : BENATTAALAH Halim
Ambassadeur honoraire

La diplomatie privée et d’affaires régulées en cercles restreints est en voie de supplanter  la  diplomatie  multilatérale  publique  onusienne. Par la puissance conjuguée  de  leur  hard et soft power, ces cercles surpassent  l’ONU  en  termes  de  projection  et  de  conciliation des intérêts en jeu.

La crise sanitaire mondiale provoquée par la Covid-19 a montré la toute-puissance des grandes firmes pharmaceutiques face aux États qui se sont retrouvés pieds et poings liés sur le sujet du vaccin. Avec les grandes puissances du numérique, ces firmes se sont érigées en grandes puissances privées (GPP). Elles influent sur le quotidien des citoyens, sur les politiques publiques et sur les politiques des organisations internationales. L’intérêt globalisant de leurs actionnaires transcende les intérêts nationaux. Nous sommes dans l’ère de la géopolitique sanitaire. Cela introduit une nouvelle donne sur le terrain diplomatique.
Les GPP ont en effet acquis un potentiel de puissance et d’influence qui surpasse les capacités réunies de la majorité écrasante des pays membres de l’ONU. Elles n’y siègent pas, mais derrière la scène elles ont de l’influence sur les acteurs diplomatiques. Leur influence a grandi au fur et à mesure que l’intérêt public et les intérêts privés se sont imbriqués. Les influenceurs représentants de ces grandes puissances privées sont présents dans les coulisses gouvernementales et dans les arcanes des organisations internationales. Cette crise a fait la démonstration d’un nouveau rapport de force entre États et GPP sur un enjeu sanitaire et financier planétaire. Le pouvoir de négociation a globalement penché en faveur de ces firmes qui détiennent les clés du marché. Elles ont toujours plusieurs coups en avance sur les gouvernements.
Cela n’empêche pas que des convergences d’intérêt se développent entre ces dernières et les États, surtout de pays développés. Une convergence d’intérêts que certains scientifiques européens qualifient de “malveillante”. Cela aurait peu à voir avec l’intérêt national de santé publique, mais davantage avec les intérêts des actionnaires et des hommes politiques. Firmes et gouvernants ont besoin l’un de l’autre. Les firmes ont besoin du levier de puissance publique des États pour introduire leurs normes et écouler leurs produits. Et les États sont dépendants du pouvoir sanitaire des firmes pour assurer l’ordre public. 
D’aucuns décèlent un faisceau d’intérêts convergeant dans une même direction : une stratégie globale de contrôle sociétal. Ce contrôle viendrait se juxtaposer aux traçages biométrique, bancaire, téléphonique des citoyens. Le citoyen est amené ou contraint de céder de ses droits de base au nom de la sécurité sanitaire globale, de la lutte contre le terrorisme, de la lutte globale contre la fraude. 
Des États démocratiques ont recours à l’autoritarisme d’État pour ce faire. Leurs décisions battent en brèche des principes et des mécanismes démocratiques inscrits dans les gènes du système démocratique. L’exercice des libertés publiques et personnelles, y compris le sacro-saint droit à la libre expression, est entravé, souvent mal vu, sinon sanctionné quand l’exercice d’un droit aussi fondamental va à rebours du courant dominant. 
Nombreux sont les hommes de science, chercheurs, praticiens en santé publique, virologues en particulier, intellectuels, experts dans l’industrie pharmaceutique, anciens hauts responsables dans ces grandes firmes qui questionnent les gouvernements au sujet de leur volonté politique d’imposer la vaccination de masse à base de gènes ainsi que le pass sanitaire. 
Les voix d’éminents spécialistes, y compris des prix Nobel, sont étouffées, sinon raillées. Les médias dominants les ostracisent. Les lanceurs d’alerte subissent d’intolérables pressions via leurs corporations respectives et même sous la pression sociale. Une nouvelle forme de discrimination sociale et des restrictions des libertés se répand. De même, l’inventeur du PCR, le prix Nobel Kary Mullis, a attiré l’attention sur les limites du test PCR (“Le test PCR ne dit pas que vous êtes malade, et il ne dit pas que la chose qu’on vous a trouvée va vous impacter ou quoique ce soit d’autre.”). Il laisse entendre qu’il y a comme un détournement de la finalité du “process” qu’il a inventé. 
Nombreux sont les lanceurs d’alerte éminents qui pensent que cette crise sanitaire est politiquement sur-amplifiée et n’aurait pas la dimension d’une “pandémie”. Elle aurait parfois un objectif politique sous-jacent. Ici ou là, cette “guerre” contre le virus servirait opportunément des politiciens européens dans leurs campagnes électorales et ils ne manqueront pas de proclamer qu’ils ont gagné la guerre contre un virus ; que c’est grâce à eux que la vie a repris un cours normal. Une même tendance se développe au plan international vers la vaccination de masse, le traçage des déplacements par QR code et la promesse d’un retour des beaux jours de la croissance. Or, la “libre circulation”, déjà fort entravée, devient conditionnelle. C’est une nouvelle régulation internationale qui a été unilatéralement imposée. L’unilatéralisme fait ainsi un retour en force. La société internationale, déjà si peu démocratique, change de visage. Elle perd de ses acquis en matière de démocratisation des relations internationales sous l’effet des avancées du numérique, des nouvelles normes sanitaires et du rôle dominant des grandes puissances privées. La crise sanitaire accélère cette mutation. Un nouvel enjeu se dessine, peut-être même un nouvel ordre que dessine des dirigeants de grandes firmes qui pensent que c’est désormais aux grandes firmes de diriger le monde et que la notion d’État souverain est obsolète.
On peut alors se demander vers quel monde nous dirigent les GPP et on peut se poser une série de questions sur le rôle de l’ONU dans le monde du numérique et de la toute-puissance des GPP. On peut se demander si sa fonction de réceptacle démocratique n’a pas atteint ses limites ; si cette institution est encore en mesure de faire écho aux aspirations et intérêts d’une majorité de pays qui risquent de subir un apartheid d’un nouveau type ; si elle n’est pas dépassée au vu de l’influence acquise par des think-tank qui font la jonction entre public et privé et tracent les perspectives d’un monde numérisé. On peut se demander si l’ONU est encore en mesure d’assumer son rôle de foyer d’un multilatéralisme démocratique pour débattre de cette nouvelle forme d’insécurité internationale liée à l’épouvantail de menaces biologiques. Certes, l’OMS a joué son rôle d’organisation “technique” (elle-même soumise à des influences, notamment pharmaceutiques), mais la dimension politique globale de la crise, notamment la nouvelle fracture qu’on observe entre pays riches et pays démunis et ses incidences à long terme sur le développement et les échanges mondiaux, ne semble pas inspirer de questionnements. S’il fut un temps où une thématique d’intérêt global pouvait faire l’objet d’une session spéciale de l’assemblée générale et d’un débat démocratique et transparent, rien n’est moins sûr aujourd’hui. 
L’ONU pourrait se demander si la communauté internationale n’est pas au seuil d’une nouvelle configuration internationale dans laquelle les intérêts privés transcenderaient les intérêts des nations qui y sont représentées. Elle pourrait se demander si on ne se dirige pas vers un système sous influence non pas d’une mystérieuse oligarchie, mais d’une “polygarchie” ouverte d’intérêts aux ramifications complexes, comparable à une Toile d’actionnaires publics et privés dont les nervures seraient interconnectées à l’échelle globale. Une Toile dans laquelle le logarithme tendrait à recréer ou à façonner le monde, comme le proclament les tenants de cette tendance. Si tel est le cas, quelle est l’influence réelle de l’ONU pour préserver les intérêts de la majorité des pays défavorisés, par-delà les bruissements qui nous parviennent de son rituel  discursif annuel ?
La crise sanitaire a en outre révélé que la diplomatie intergouvernementale classique a cédé du terrain à la diplomatie privée et d’affaires animées par une multitude de cercles de réflexion sponsorisés par les GPP. 
La diplomatie privée et d’affaires régulées en cercles restreints est en voie de supplanter la diplomatie multilatérale publique onusienne. Par la puissance conjuguée de leur hard et soft power, ces cercles surpassent l’ONU en termes de projection et de conciliation des intérêts en jeu. Le multilatéralisme, animé par les grandes puissances privées alliées à des acteurs publics se concertant régulièrement dans des forums de référence, transcende ouvertement le multilatéralisme classique incarné par les nations représentées à l’ONU.

Ce que la crise sanitaire a révélé également, c’est la force de frappe de la diplomatie privée massive, unidirectionnelle, d’hommes politiques, de corporations professionnelles et de scientifiques en faveur de la vaccination de masse par ARN messager – comme vecteur de gros enjeux financiers – et son corollaire le certificat sanitaire. Une offensive “diplomatique” à grande échelle a eu lieu. La pression a été telle que l’objectif a été atteint en de brefs délais, tout particulièrement dans des pays développés. Cela donne une idée de la modification des gènes de la diplomatie classique dans laquelle les États étaient jusque-là les acteurs et avocats exclusifs de l’intérêt national. On peut dès lors se demander si nous ne sommes pas en présence d’une forme nouvelle d’unilatéralisme, celle des firmes vis-vis-à-vis des États. 

Dans ce contexte, il faut s’attendre à ce qu’à l’échelle internationale s’amplifie la tendance du contrôle des citoyens par les outils du numérique. Il faut s’attendre à ce que le traçage par QR code devienne une norme dans les échanges transfrontaliers, à l’instar des codes imprimés sur les marchandises. La norme classique du respect des droits de l’Homme à l’ère du numérique va donc se poser en des termes nouveaux. Leur violation du fait de l’accès aux données sanitaires personnelles des citoyens d’un autre pays s’imposera au nom de la sécurité sanitaire internationale. 
Comme en matière financière et bancaire,on verrait se mettre en place des plates-formes numériques et des systèmes d’échange de données personnelles internationales non négociés, unilatéralement imposés, comme les Américains l’ont imposé au lendemain du 11 septembre. 
Ce contrôle par le fichage numérique va être transposé dans les relations internationales dès lors qu’un passeport sanitaire sera exigé aux frontières extérieures du “monde QR codé”. La tendance est amorcée avec la pratique unilatérale des États développés qui décrètent de nouvelles normes d’accès à leur territoire. La notion de risque sanitaire comme composante de la sécurité intérieure et internationale civile entre ainsi dans la normalité des relations  internationales.
Et l’Afrique dans ces enjeux ? L’Afrique pourrait bien être la victime par défaut de ces enjeux globaux. Elle subit déjà les ravages d’une multitude de virus, comme les maladies, la famine, les génocides et les conflits qui terrassent les populations africaines dans des proportions sans pareilles. La crise sanitaire serait un fléau parmi d’autres, mais elle fait moins de victimes que les tragédies et les conflits qui l’affectent depuis longtemps. Le pire a été prédit à l’Afrique. Mais le pire n’est pas arrivé. Sans doute que l’immunité naturelle des Africains – à préserver – y est pour quelque chose. On peut se demander si l’Union africaine ne pourrait pas secouer le cocotier onusien pour ouvrir un débat par une session spéciale. Pour autant toutefois que ses dirigeants – du moins certains d’entre eux – n’aient pas partie liée avec les géants du lobby médical. Rien n’est moins sûr, car sur ce continent comme ailleurs un rouleau compresseur en faveur de la vaccination massive par ARN messager s’est mis en marche sous la houlette de l’OMS et d’autres organismes de coopération onusiens, européens et africains. L’UA a signé le  28 mars 2021 un accord qualifié d’“historique” pour 400 millions de doses Johnson & Johnson à travers le fonds africain pour l’acquisition des vaccins mis en place en novembre 2020, sous la présidence du chef de l’État sud-africain. Le président sud-africain est un homme politique doublé d’un homme d’affaires prospère avec une fortune estimée à 450 millions de dollars. 
Les représentants de l’OMS en Afrique se sont donné pour mission de sensibiliser jusqu’aux chefs de village pour vaincre les réticences envers le vaccin génétique. Un gisement d’affaires considérable s’est ouvert au nom de la santé des populations africaines. Bien qu’il semble que les Africains résistent mieux à ce virus, la même stratégie vaccinale que dans les pays occidentaux est suivie par l’UA, qui a privilégié la vaccination à grande échelle par ce type de vaccin. Cette opération de grande envergure a été qualifiée de “charité intéressée”. Certains pays néanmoins, dont l’Algérie, ne sont pas dans cette logique ; ils privilégient la production in situ de vaccins dits classiques. 
Malgré tout, et quels que soient les progrès de la vaccination en Afrique, il faut s’attendre à une barrière d’endiguement de plus, sanitaire celle-là. Elle risque d’accentuer le fossé avec le monde développé “QR codé” qui est en formation. Cette barrière deviendra un nouveau levier de dissuasion massive. 
De nouveaux enjeux se tissent ainsi sous nos yeux dans la Toile et par le numérique. Les diplomaties classiques devraient réfléchir sur les grands enjeux de ce siècle portés en avant par la diplomatie privée. Depuis des années la diplomatie privée se fait l’écho des nouvelles tendances. Dans ce nouveau monde fusionnant réel et virtuel, les pays qui ne sont pas en phase avec ces avancées fulgurantes, qui ne sont pas mis au parfum de ce qui se projette, sont menacés de déconnexion du nouveau monde réel. 
Le chapitre de la diplomatie internationale interétatique écrit dans la charte des Nations unies au lendemain de la Seconde Guerre mondiale semble avoir atteint ses limites. La diplomatie internationale dans son acception et son exercice classiques est à réétudier, si l’on veut sauvegarder les intérêts des nations et les placer au-dessus du Maître Profit.


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