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LE MARCHÉ COMMUN AFRICAIN : ENTRE MYTHE ET RÉALITÉ

UN LONG CHEMIN À PARCOURIR

© D. R.

Par : ELHADI MAKBOUL
EXPERT INTERNATIONAL EX-DG DU CENEAP

“ L’émergence   de  grands   blocs  et   d’ensembles   économiques   européens, asiatiques, américains et autres  en Afrique nous  interpelle  aujourd’hui  sur la nécessité de repenser le partenariat entre les pays d’Afrique sur la base d’une intégration économique, monétaire, politique et sociale plus solidaire et surtout durable.”

Plusieurs rencontres économiques ont marqué la Journée mondiale de l’Afrique (25 mai), présentant ainsi un intérêt soudain mais tardif pour ce continent qui se positionne comme le plus grand marché mondial en pleine expansion, favorisé en cela par des richesses naturelles importantes et surtout renouvelables. Un continent pour lequel notre pays a tourné le dos pendant plusieurs décennies, laissant les initiatives aux pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique et rendant aujourd’hui difficile sa conquête face à des contraintes majeures qui subsistent et en l’absence d’une stratégie nouvelle et éclairée, des instruments d’échange performants et un environnement assaini et adapté à ce vaste chantier.
L’émergence de grands blocs et d’ensembles économiques européens, asiatiques, américains et autres en Afrique nous interpelle aujourd’hui sur la nécessité de repenser le partenariat entre les pays d’Afrique sur la base d’une intégration économique, monétaire, politique et sociale plus solidaire et surtout durable. En effet, les échanges entre les pays africains restent trop faibles et souvent déstructurés et ce, en l’absence d’une véritable politique économique africaine et d’une stratégie des échanges et d’investissement cohérente autour d’un partenariat durable et prospéré porté par l’ensemble des pays africains avec des instruments de promotion des échanges performants et une vision de développement solidaire et partagée par l’ensemble des acteurs mais qui apparaît comme une utopie face à une tout autre réalité du commerce mondial. Si la préférence économique et stratégique de l’Afrique s’est naturellement orientée avec le temps vers les marchés mondiaux classiques représentés par l’Europe, la Chine, les USA et les entreprises internationales, le marché africain constitue un grand enjeu et dispose actuellement de véritable atouts qui le positionnent comme le plus grand marché mondial en pleine expansion, dont la concurrence mondiale sera rude et intense et qui ne favorisera que les nations les mieux préparées et les plus expérimentées dans ce domaine. Ainsi, une bataille très rude se profile pour ce marché caractérisé par :
• Une population estimée à 1,3 milliards d’habitants, dont 30% de jeunes
• Une superficie globale de 27,4 millions de km² 
• Une valeur de 3 000 milliards de dollars
• Un produit intérieur brut de 2 500 milliards de dollars.

I- Une nouvelle zone africaine de libre-échange et ses limites 
Désormais régie depuis 2021 par une zone de libre-échange ratifié par 34 pays, qui prévoit l’annulation progressive des tarifs douaniers dans le commerce interafricain à hauteur de 90% dans un délai de 5 à 10 ans, cette nouvelle zone économique africaine pourrait rapporter, selon la Banque mondiale, à l’Afrique 450 milliards de dollars de revenus supplémentaires en stimulant surtout le commerce africain et les échanges interrégionaux qui augmenteraient, selon les prévisions, de 81%. Cette ouverture économique constitue une véritable opportunité à exploiter pour relancer et asseoir un nouveau partenariat pour l’Afrique avec, cependant, une nécessaire réforme de la structure des échanges et le dépassement du cadre strictement commercial pour s’inscrire dans une vision d’avenir à long terme, d’intégration et de solidarité globale entre les économies et les peuples du continent, loin des démarches et des égoïsmes politiques locaux et des surenchères idéologiques qui ont conduit l’Afrique, ses territoires, ses richesses et ses instituions à de nouvelles formes de domination et de dépendance dans un système économique et financier mondial dominé par les grandes blocs et les multinationales qui participent au sous-développement de l’Afrique et au pillage à ciel ouvert de ses richesses. L’analyse des spécificités actuelles du marché africain à travers son évolution et son volume, ses échanges et ses partenaires, ses trajectoires et ses perspectives, nous alerte sur la particularité de ce système des échanges économiques instaurés et sur la dépendance croissante des économies africaines envers les grands ensembles mondiaux. Comme elle nous interpelle sur le long chemin à parcourir au niveau continental pour bâtir un marché commun africain intégré, libéré du monopole des grandes puissances économiques qui ont conquis des parts de marché importantes et pris une avance considérable dans ce domaine. Ces dysfonctionnements majeurs constituent aujourd’hui la principale contrainte pour l’émergence d’une véritable zone de libre-échange en Afrique, ouverte à un partenariat prospère, solidaire et durable et qui reste caractérisée par des enjeux et des intérêts stratégiques qui dépassent la simple volonté “africainea. 
En effet, pour atteindre ces objectifs de souveraineté économique et s’inscrire dans une vision d’avenir, il reste énormément d’étapes à parcourir car l’ouverture du marché africain à ses pairs nous a dévoilé de nombreuses contraintes et faiblesses et de multiples dysfonctionnements institutionnels et autres au niveau africain qu’il faudra surmonter à moyen et long termes.

1. Au niveau des échanges et de la structure commerciale africaine
La structure commerciale africaine reste complétement déstructurée et dominée par des activités commerciales informelles et par la présence de grandes entreprises internationales et de leurs produits. Au plan interafricain, de timides opérations d’échange entre pays africains restent confrontées à de multiples contraintes et blocages qui limitent la portée de ce partenariat naissant qui a besoin, pour se développer, d’une meilleure visibilité et d’une véritable volonté d’intégration de la part de l’ensemble des acteurs et décideurs africains.
En effet, entre 2015 et 2019, les échanges commerciaux africains ont été marqués par un déficit global de 105,6 milliards de dollars. Certains pays leaders, comme l’Égypte, le Maroc et le Kenya, ont connu des déficits importants en 2019 avec des valeurs respectives de 48 milliards $, de 21,5 milliards $ et de 11,4 milliards $. De même que les importations des pays africains en 2019 sont restées faibles avec une valeur de 567,9 milliards de dollars, soit 3% uniquement des importations mondiales évaluées à 19 085 milliards de dollars et, par régions, l’Afrique du Nord est la pemière région importatrice avec 38,3%, soit 217,8 milliards $, suivie de l’Afrique de l’Ouest avec 20,5%. Le même constat peut être relevé pour les exportations en 2019 qui se sont élevées à 470,9 milliards $, soit 2,5% des exportations mondiales évaluées à 18 708 milliards de dollars, accentuées par une tendance baissière de la valeur durant la même période de 2018-19.

2. Au niveau des parts de marché dominantes 
En matière d’importations : et par zones pour 2019, le continent asiatique reste le premier fournisseur de l’Afrique avec une valeur de 248 milliards de dollars, soit une part de 43,8% dont 40,3% en provenance de la Chine, suivie par l’inde avec 12,2%. La seconde place en parts de marché est assurée par l’Europe qui a exporté vers l’Afrique une valeur de 192,1 milliards $, soit une part de 34%, et 8 pays se positionnent durablement au niveau du continent depuis plusieurs décennies : France, Allemagne, Italie, Espagne, Pays-Bas, Belgique, Royaume-Uni et Portugal. L’Afrique, on le constate, constitue le troisième fournisseur du continent avec seulement une valeur de 70,3 M$, soit une part de 12,4%. 

L’Afrique du Sud étant le premier fournisseur avec 32,4%. Le continent américan fournit 9,2 des importations de l’Afrique avec une valeur de 51,9 M$, dont 57 % depuis les USA. En matière d’exportations : et par zones pour 2019, le continent asiatique constitue également le premier client de l’Afrique avec une valeur de 173 milliards $, soit une part de 36,73%, dont 40,06% vers la Chine. La seconde place est occupée par le continent européen avec 171 milliards $, soit une part de 36,34%, dont 74,12% vers l’Union européenne. L’Afrique est le troisième client avec une valeur moyenne de 77,53 M$, soit une part de 16,64%. Le continent américain arrive en quatrième position avec une faible valeur de 36,57 Milliards $, dont 64,56% vers les USA. Ainsi, le marché africain est dominé pour plus de 80% par les pays asiatiques et européens, en attendant les nouvelles stratégies de pénétration et d’échange engagées par les USA, la Russie et la Turquie, qui se positionnent en force pour de nouvelles parts de marché. 
Les négociations en cours et les différents sommets commerciaux spécifiques avec l’Afrique en sont l’illustration la plus parfaite. Le prochain sommet de l’Union africaine de juillet, qui doit célébrer l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange continentale, doit dépasser le cadre purement commercial. 
Par ailleurs, les pays africains font face à des obstacles et à des contraintes internes qui limitent le développement et l’expansion de ce marché. Ces pays d’Afrique devront tout d’abord lever les  contraintes structurelles engager de véritables réformes profondes avec pour objectif de créer un ensemble économique et politique africain homogène et intégré, basé notamment sur :
• Une politique de développement cohérente et volontariste
• Une stratégie de partenariat efficace avec des instruments de promotion adaptée
• Des mesures d’accompagnement, de soutien et d’appui efficaces
• L’instauration d’une bonne gouvernance économique politique, sociale et financière adéquate                         
• La mobilisation des élites africaines engagées dans le processus d’intégration économique régionale et continentale

3. Au niveau des dysfonctionnements et des contraintes internes
Autant de facteurs de blocage qui ne permettent pas une véritable émancipation économique et commerciale de l’Afrique et qui avaient suscité d’énormes craintes dans le milieu des entreprises et des experts en raison des contraintes et dysfonctionnements structurels internes inhérentes au continent liés à :
 • L’absence de politiques et de stratégies économiques africaines adéquates et complémentaires.
 • La méconnaissance réelle des spécificités du marché africain global par les différentes parties prenantes
 • La faible présence des entreprises africaines et de leurs produits sur le marché africain
 • La multiplication de contraintes réglementaires, administratives, douanières, financières, de transport et de circulation des personnes, des biens et des capitaux
 • L’absence d’une vision cohérente et complémentaire de développement du commerce et des échanges africains
 • L’absence d’alliances stratégiques entre les principaux pays africains émergents
 • La faiblesse du tissu industriel africain et des infrastructures de base
 • L’existence de crises politiques économiques et sociales internes successives et fréquentes.
 • L’absence d’un système bancaire régional performant
 • La faiblesse du développement du commerce interafricain qui n’atteint que 18% des exportations
 • La faiblesse des investissements directs étrangers et africains
 • La gouvernance et les phénomènes de corruption et de transfert financier illicites qui ont atteint plus de 50 milliards de dollars/an alors que l’Afrique a besoin de 30 milliards de dollars par an pour son développement.
 • L’absence d’un cadre global et d’un contenu clair du partenariat africain
 • L’absence d’une diversification des économies et de filières industrielles en mesure de s’intégrer dans des chaînes de valeurs
 • La faible adhésion et la crainte de certains pays africains à adhérer à une zone de libre-échange
 • Le faible rôle de la principale institution “l’Union africaine” et de ses commissions spécialisées dont les statuts et l’organisation demeurent inadaptés pour cette mission. 
Autant d’éléments qui vont freiner ce processus de partenariat et d’intégration et rendre le continent africain encore plus vulnérable en l’absence de programmes, de développement, d’engagements, de réformes structurelles et d’une volonté politique clairement affichée par les leaders africains pour espérer “commencer” à bâtir un marché commun africain performant et d’avenir.



II- Repenser le partenariat économique africain
Repenser ce partenariat interafricain en mettant en avant les atouts et les forces de l’Afrique autour d’une volonté politique et d’un engagement clairement affiché par les différents acteurs potentiels autour d’un programme solidaire et durable et d’une implication directe des élites.

En cette étape et avant d’engager toute action économique et commercial, une série de mesures doivent être engagées par l’ensemble des pays africains tant au plan national que continental en vue de les amener à se mettre à niveau et à se préparer à adhérer à une nouvelle feuille de route pour impulser et asseoir une dynamique économique régionale réelle et permettre ainsi à la nouvelle zone économique africaine de libre-échange de devenir le principal espace économique mondial porté par ses pairs 

1- Au niveau national
Chaque pays africain devra revoir et repenser sa stratégie économique nationale et mettre à niveau sa démarche ainsi que sa vision économique, politique, diplomatique et financière ainsi que ses instruments d’accompagnement et d’échanges à travers notamment :
 • L’adhésion des élites africaines à cette démarche innovante
 • La création d’une structure nationale en charge du volet du partenariat économique régional et de l’ouverture du marché
 • La mise en œuvre d’une stratégie nationale de partenariat basée sur un nouveau cadre d’échanges solidaire et durable et sur la définition d’actions prioritaires
 • La réforme et la refondation des économies africaines sur le plan industriel agricole et des services avec l’introduction d’une véritable politique nationale de labellisation des produits africains aux normes internationales
 • La facilitation et l’allègement des procédures d’implantation des entreprises africaines et l’adaptation des codes de l’investissement
 • Le renforcement et l’encouragement de la diplomatie économique et la désignation de conseillers économiques au niveau de l’ensemble des ambassades en Afrique confortés par la création de plateformes et comptoirs économiques.
 • La diversification du partenariat africain autour de programmes novateurs, complémentaires notamment dans les secteurs clés : industrie, commerce, agriculture, transport, infrastructures de base, services, communication, formation et du transfert des connaissances et du savoir.
 • La spécialisation d’une banque nationale chargée des échanges commerciaux, du partenariat et de l’investissement
 • La mise à niveau et l’harmonisation du cadre réglementaire et juridique, administratif, financier et douanier 
 • La lutte en commun contre le sous-développement, le chômage, la famine, la pauvreté et les flux migratoires
 • L’adaptation de systèmes politiques africains actuels et l’ouverture vers la démocratie, les libertés publiques, les droits de l’homme et l’universalité 
 • La préparation au plan national des conditions d’émergence et d’émancipation du marché commun africain.
Autant de mesures qui visent à redonner aux pays africains plus qu’un simple marché d’échanges, mais à moyen et long termes, une assise ainsi qu’une véritable politique continentale de développement, d’échanges, d’intégration et de croissance durable pour un continent qui a souffert durant ces derniers siècles des effets de la colonisation, des guerres et des violences, de la famine et de la pauvreté, du pillage de ses richesses, de la corruption et du transfert des flux financiers illicite, de l’instabilité politique et du départ massif de ses élites vers d’autres continents

2- Au plan continental
Ce partenariat économique d’avenir vise surtout à apaiser le continent africain et aboutir à un changement des mentalités africaines au plan économique, politique, social et institutionnel dans le but d’amener toutes les parties prenantes à adhérer à une véritable politique d’intégration régionale commune, réelle et solidaire entre les pays africains et l’émergence d’un plan de développement économique durable salutaire pour l’Afrique. 
Dans ce cadre une série de mesures urgentes et prioritaires pour la réussite de ce vaste projet et pour sa relance effective à travers :
 • La consolidation d’alliances stratégiques entre les principaux pays africains émergents autour d’actions prioritaires
 • L’affirmation d’une véritable volonté partagée entre les pays africains avec l’adhésion de leurs populations et de leurs élites
 • La sélection, le captage et la réalisation de projets intégrateurs et novateurs notamment dans les secteurs prioritaires
 • La réorganisation du marché africain à travers la mise en place de règles souples et adaptées aux échanges et des relations économiques renforcées avec :
 ° La création d’une banque africaine du commerce et de l’investissement et une mobilisation de fonds pour le soutien de ce partenariat
 ° La mise en place d’institutions, d’encadrement et d’expertises africaines
 ° La mise en place d’un dispositif des laboratoires de contrôle et de labellisation des produits africains et de lutte contre la contrefaçon
 ° La mise à niveau et l’accréditation des produits africains
 ° La création de commissions d’arbitrage et de règlement des conflits commerciaux nés de l’application de ce partenariat 
 ° L’harmonisation du cadre réglementaire et des tarifs
 ° L’instauration d’une politique africaine de bonne gouvernance 
 ° Le renforcement de la paix, de la stabilité et de la démocratie en Afrique
 ° La modernisation, le développement et la mise en cohérence du système bancaire et des assurances en Afrique avec une ouverture de ce secteur pour les institutions africaines
 ° La création d’un forum économique et social africain composé d’experts africains qui serait une force de proposition, d’échange, d’évaluation et de veille de la politique économique africaine  ° L’amélioration, la libéralisation et le renforcement des transports des personnes des biens et des capitaux et l’allègement des procédures d’octroi et de délivrance de visa 
 ° La mise en place d’une banque de données sur les échanges et les produits africains accessibles à toutes les parties prenantes
 ° La mise en place d’une politique africaine de lutte contre la corruption et les transferts des flux financiers illicites
 ° La mise en place d’une politique volontariste de gestion des flux migratoires et de développement des régions de départ
 ° Le renforcement des capacités humaines par la formation et le perfectionnement
 ° La lutte contre la faim, les maladies, la malnutrition, la sous-alimentation, la sécurité alimentaire et la pauvreté
 ° La réforme profonde du mode de fonctionnement d’intervention et des missions actuelles de l’organisation de l’Union africaine
 ° Le règlement des principaux conflits militaires et terroristes en Afrique et le retour de la paix sur tout le continent. 
Si l’Afrique espère bâtir un partenariat durable et prospère avec un marché commun à l’instar de celui de l’Union européenne, elle devra tout d’abord se préparer à ce challenge et engager de véritables réformes structurelles au plan national et continental, car le marché mondial a fortement évolué et la concurrence sur le continent et ses richesses reste très rude avec de nouvelles règles imposées par les marchés, et ce, avant d’envisager d’approfondir et de renforcer ce partenariat régional et d’avenir qui demeure l’unique solution à long terme pour assurer une prospérité partagée pour l’ensemble des pays africains face à la précarité du système des échanges actuel et le seul rempart face aux nouvelles règles économiques mises en œuvre par les puissances financières et commerciales mondiales. Mais le chemin de la négociation et des concessions est encore long pour parvenir à l’intégration des marchés africains ainsi qu’à l’harmonisation et à la convergence des politiques économiques et des stratégies de développement à mettre en œuvre pour voir naître cet espace économique.

 


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