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A la une / Contribution

PLAN DIRECTEUR DE DÉVELOPPEMENT DE L’AGRICULTURE SAHARIENNE

UN OUTIL DE PLANIFICATION RÉGIONALE ET D’AIDE À LA DÉCISION

© D. R.

Par : DR MOHAMED BOUCHENTOUF
INGÉNIEUR-DOCTEUR EN AGRONOMIE DOCTEUR EN ENVIRONNEMENT ET DÉVELOPPEMENT DURABLE

“La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si cet outil a été réellement utilisé, d’en faire le suivi-évaluation et d’actualiser ses données de base en vue d’une nouvelle projection, de le perfectionner et de le rendre plus performant.”

En ma qualité d’ex-superviseur et coordinateur du Bureau du suivi de l’étude/Commissariat au développement de l’agriculture des régions sahariennes (BSE/CDARS) Ouargla, ma contribution consiste à rappeler, entre autres, l’importance de l’étude du Plan directeur général de développement des régions sahariennes (PDGDRS) menée dans le cadre d’un prêt de la Banque mondiale pour la période de 1996 à 2000. Cette étude a été menée par le groupement BRLi-Bneder composé d’un Bureau d’études d’ingénierie France “chef de file” et du Bureau national d’études pour le développement rural (Bneder) sis à Bouchaoui, à Alger, sous maîtrise d’ouvrage du Commissariat au développement de l’agriculture des régions sahariennes (CDARS) Ouargla, relevant du ministère de l’Agriculture et de la Pêche à l’époque.
Conçu comme un projet durable avec une optimisation dans le temps, les principaux enjeux du PDGDRS étaient : l’obtention d’une meilleure connaissance de la région naturelle, l’évaluation de la situation socioéconomique, la proposition d’une vision dynamique des ressources en eau, l’élaboration d’une nouvelle conception de l’agriculture en milieu saharien et la création d’un instrument d’observation, de contrôle, de gestion et d’analyse prospective.
L’objectif recherché était de doter le CDARS d’un outil de suivi, de pilotage et d’aide à la décision pour lui permettre d’accomplir durablement et efficacement la mission qui est la sienne dans le développement agricole des régions sahariennes.
Le CDARS (et les autres opérateurs concernés) devaient donc s’approprier cet outil de connaissance, de planification et de pilotage et l’utiliser tout en l’améliorant par l’introduction de données récentes fiables.
Pour réaliser l’étude, un zonage du Sahara a été fait en 14 Régions naturelles sahariennes (RNS) qui ne coïncident pas forcément avec le découpage administratif des wilayas et qui couvrent 174 communes. Le découpage a touché 9 wilayas du Sud intégrées en totalité. Il s’agit de : Adrar, Béchar, Tindouf, Tamanrasset, Illizi, Ghardaïa, Ouargla, El-Oued et Biskra et quatre (4) wilayas présahariennes pour partie avec quelques communes incluses dans l’approche par RNS : El-Bayad, Laghouat, 
Djelfa et Tébessa.

Rappel de l’objectif de l’étude du PDGDRS
L’étude du Plan directeur de développement des régions sahariennes a pour principal but de concevoir un modèle intégré et harmonieux de développement économique des régions sahariennes basé sur l’agriculture, reposant sur une utilisation et une gestion rationnelle des ressources en eau et visant à améliorer les conditions socioéconomiques et environnementales dans le cadre d’une intégration à l’économie nationale. 
La stratégie du PDGDRS est de favoriser le développement économique régional, c’est-à-dire de s’approvisionner au maximum dans la région, d’y développer les activités d’aval et de rechercher des débouchés à la production finale dans la région, dans le reste du pays et à l’étranger si la compétitivité le permet. Les programmes d’action sont conçus de façon à avoir un effet structurant sur le développement économique, en s’appuyant sur une  modélisation.

Modélisation hydrogéologique et modélisation économique
La méthode de modélisation proposée a consisté à construire un système composé de modules (démographie, système alimentaire, production végétale, production animale, niveau d’exploitation des ressources en eau, revenu des ménages), en interaction, dans le cadre de contraintes identifiables et mesurables.  
L’instrumentalisation des modèles économiques n’est possible qu’après avoir acquis des résultats en provenance des modèles hydrauliques de l’Agence nationale des ressources hydrauliques (ANRH). De ce fait, la construction des deux modèles (hydrogéologique, socioéconomique) s’est opérée en parallèle. 
Dans un premier temps, il était question d’actualiser les études précédentes. L’étude Eress-Pnud/Unesco 1970-72, puis celle du RAB 80 avec les problèmes de gestion, de planification et de suivi des ressources en eau.
Ensuite un nouveau modèle a été élaboré par l’École des mines de Paris sur la base des données piézométriques de l’ANRH. Ce nouveau modèle a été conçu en tant qu’outil de simulation, outil de calcul et d’évolution des aquifères fossiles (Continental intercalaire-CI) et Complexe terminal-CT) qui doit prévoir les conséquences de l’exploitation future des ressources en eau.
Le plus important, c’est le suivi, année par année, des niveaux actuels et historiques des prélèvements, de disposer des données précises et récentes sur la piézométrie, la salinité, les volumes prélevés par pays qui sont introduits dans la modélisation et sont une question d’avenir.
Nous savons tous que le CT et le CI s’étendent et sont exploités au-delà des frontières algériennes. Les données tunisiennes et libyennes sont importantes pour les simulations dans l’avenir. Il y a une exploitation intense du côté tunisien ; cela implique une discordance en termes de connaissance de l’état actuel (défaut d’informations).
On ne saurait trop insister sur la nécessité d’un suivi rigoureux de la piézométrie et des volumes d’exhaure afin de recaler le modèle et de vérifier certaines hypothèses adoptées, comme le coefficient d’emmagasinement dans les strates géologiques, la circulation de l’eau dans les nappes (transmissivité) et les conditions aux limites.
Le modèle socioéconomique est parti d’enquêtes de consommation en région saharienne, pour définir les besoins alimentaires, et de systèmes de production pour y répondre.
Les coûts d’investissement pour l’État et pour les acteurs privés ont été évalués dans chaque scénario, ainsi que la définition des paramètres technico-économiques des cultures (actuelle et dans le futur) et des systèmes de production agricole.
Les modèles ont abouti au calcul d’indicateurs de rentabilité (taux de rentabilité interne-TRI de valeurs ajoutées-VA et de période de retour sur investissement). 
Des tests de sensibilité ont été effectués pour juger de la rentabilité de certaines cultures eu égard aux risques d’intensification dans cette région soumise à de forts aléas climatiques (cas de la céréaliculture).

Ressources en sol 
Le PDGDRS a procédé à une reconnaissance sommaire des sols potentiellement aptes à la culture, par télédétection, par usage de cartes géologiques et par la réalisation de quelques transects.
Les résultats obtenus ont permis de définir des enveloppes de potentialité et surtout d’orienter les recherches de terrain à venir pour la réalisation d’études pédologiques détaillées avant de décider des périmètres agricoles à implanter.

Autres ressources naturelles à valoriser
Le PDGDRS s’est aussi intéressé à la valorisation des autres ressources naturelles.

Approche régionale
Il est ressorti de cette étude une analyse prospective sur l’utilisation des ressources naturelles et sur les perspectives de développement, selon 5 catégories : 
-À forte pression sur la ressource en eau souterraine avec des impacts de cette exploitation déjà prononcée dans les RNS “Oued R’hir, le Souf et Ouargla”
-Baisse des niveaux de forages
-Remontée des nappes phréatiques
-Salinisation
-Forte pression sur la ressource en eau de surface dans les RNS “Saoura et les Ksour”. Problème de gestion, d’envasement des barrages et grandes pertes d’eau.
-À forte pression sur la ressource en eau souterraine et de surface dans les RNS “les Zibans, pays dayas”
-À forte pression sur les ressources rares et aléatoires “inféro-flux et eaux de surface” dans les RNS de Tindouf et Tassili
-À faible pression sur les ressources eau et sol où un potentiel de développement de nouveaux périmètres irrigués est envisageable tout en évaluant les contraintes, potentialités et risques liés à la connaissance d’autres paramètres - Bordure du plateau du Tadmaït : RNS du Touat, Gourara, Tidikelt et du Mzab. 

Options de développement
En tant qu’outil de planification régionale et d’aide à la décision dans la formulation des politiques de développement au Sahara, le pdgdrs a proposé plusieurs stratégies durables dont la valorisation de l’existant, la maîtrise des risques et des performances des systèmes agricoles, l’optimisation d’un point de vue économique et hydraulique et l’ouverture de l’éventail à des cultures non présentes au Sahara.

Banques de données 
Le pdgdrs a été conçu comme un outil évolutif et interactif qui doit permettre une remise à jour permanente des données et le réexamen périodique des interprétations avec un produit final appelé Badge qui a été livré au cdars.

Parallèlement à cette banque de données, une bibliothèque du Sahara était prévue avec une gestion informatisée des documents, études, archives et autres.

En conclusion, l’actualisation du pdgdrs après 20 ans va permettre de situer le moment présent, le comparer à la vision initiale et aider à la décision pour les choix à opérer. En effet, le développement futur du Sahara doit être conçu comme une démarche maîtrisée et non comme issue de décisions aléatoires revenant d’opportunismes divers. 

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si cet outil a été réellement utilisé, d’en faire le suivi-évaluation et d’actualiser ses données de base en vue d’une nouvelle projection, de le perfectionner et de le rendre plus performant. L’occasion est venue pour y introduire de nouvelles contraintes comme le changement climatique, les contraintes budgétaires liées au marché pétrolier et la souveraineté alimentaire. Ce recadrage devra également aboutir à un plan de développement intégré, c’est à dire une intégration des différentes activités contribuant au développement rural et à une intégration des régions sahariennes entre elles. Il précisera également quelle place doit être réservée à l’agriculture saharienne dans le contexte national qui doit rechercher à valoriser les atouts de chaque région et à trouver un équilibre harmonieux.

 


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