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A la une / Contribution

Création d’un secrétariat chargé du sport d’élite

Un premier bilan mitigé

© D. R.

Par : Saïd MOUAS 
        
EXPERT SPORTIF, AUTEUR

“Le  sport  d’élite  a  tout  intérêt  à  garder  son  giron  d’origine, plus adapté à sa vocation et à  sa modeste  audience, au  lieu  de  faire les frais d’une expérience organique encore balbutiante, d’autant que les échéances internationales approchent à grands pas.”

La  création  d’un  secrétariat  chargé  du  sport  d’élite  n’a  pas  eu, manifestement,  les  effets  escomptés  sur  la  dynamique  générale  du mouvement sportif national. Le tandem Khaldi-Souakri éprouve beaucoup de peine à relancer la machine grippée. Les dernières assemblées générales pour le renouvellement des structures sportives et leur lot de contestations, tout autant que les dérives qui continuent à secouer le monde du football confirment la nécessité de procéder à des changements profonds dans le secteur. Dans une analyse sur les états généraux du sport national, parue en quatre parties(1) au début de l’année 2019, j’avais souligné, entre autres points soulevés, l’importance d’une refonte du système national de culture physique et sportive en donnant, bien sûr, les raisons d’une telle action. J’avais mis fortement l’accent sur les nombreux dysfonctionnements qui altèrent l’efficacité de la formation sportive en Algérie. Trois ministres se sont succédé depuis sa publication, mais aucun ne s’est penché sur ce volet qui constitue le socle du développement du mouvement sportif, entendu que, sans des cadres sportifs bien formés tous profils confondus, il serait vain de prôner des changements. Accompagnant le geste à l’écrit, votre serviteur a fait, par la suite, l’effort de peaufiner la proposition, sous la forme d’un projet de révision de la formation dans le domaine des métiers du sport, reposant sur une problématique évidente. 

Destinataire dudit projet, le cabinet du ministre Sid Ali Khaldi n’a même pas eu le réflexe ou la délicatesse d’accuser réception de cette généreuse réflexion. Bref, le but de ce rappel anecdotique fait écho à la lancinante question de l’utilité de certains départements, vivant en vase clos et rétifs aux avis et commentaires des spécialistes, au moment où il est demandé de s’ouvrir à la critique constructive.
À moins que la technicité des thèmes abordés ne soit contraignante ou tout simplement inaccessible aux patentés donneurs d’ordres. Cela nous renvoie aux conflits de compétences qui n’ont pas manqué de surgir, suite à la création du Secrétariat d’État chargé du sport d’élite, créé le 2 janvier 2020, à la faveur du premier gouvernement du président Abdelhamid Tebboune. À l’instar d’autres secrétariats qui ont vu le jour dans le sillage du profond remaniement, celui chargé du sport de haute performance s’est fixé pour objectif de “booster” un pan entier du secteur des sports, considéré, à juste titre, comme une locomotive. Sont apparues, par la suite, des ambiguïtés dues au manque de clarté, dans l’attribution des missions dévolues à la sous-entité placée sous la coupe du ministre. Le binôme Khaldi-Morcelli ne résistera pas aux malentendus. Après six mois de cohabitation, l’ancien champion olympique annonce son abandon. “J’ai été nommé par le président de la République, non pas pour me rouler les pouces, mais pour mener à bien ma mission. Malheureusement je constate qu’il y a blocage”, avouera-t-il, dans les colonnes du journal El Watan. Mme Salima Souakri, ex-championne de judo et conseillère au MJS depuis 2018, est appelée pour occuper sa place. Une relève qui, au bout d’une année presque, débouche sur un bilan très mitigé. Comme son prédécesseur, la championne de judo a du mal à se départir de son statut de figurante aux côtés du fringant ministre de la Jeunesse et des Sports, et les activités annoncées en guise de programme se limitent souvent à des hommages rendus aux sportifs vétérans ou à des inaugurations. 
Une chose est sûre, il lui faudra un sacré coup de main pour avancer, tant il est vrai que le cercle des professionnels du sport activant au sein des rouages du ministère des Sports a été réduit à sa portion congrue. La plupart des ministres qui se sont relayés à la tête du secteur, notamment les derniers en date, Hattab, Ould El Hadi et Bernaoui, n’ont pas lésiné sur le registre des recrutements pour placer aux postes sensibles leurs connaissances et leurs hommes de confiance, faisant fi de tout critère ès qualité. À ce propos, tout le monde se rappelle des chamboulements opérés dans les directions centrales par l’ancien directeur de la culture de Tizi Ouzou, à une semaine de son départ du ministère. 
Des profils n'ayant aucune attache avec le monde de la jeunesse et des sports se sont retrouvés dans le cabinet où officie une légion de CES (conseillers étude et synthèse). Une fonction fourre-tout, en vogue dans pratiquement tous les départements ministériels. Qu'on se le dise une fois pour toutes, le sport est une science qui s'est construite et modernisée autour et à partir des autres disciplines fondamentales. Elle a ses propres règles et méthodes qui puisent leur efficience des matières comme la médecine, la physique, la bio-mécanique, la sociologie, la statistique, la psychopédagogie et bien d'autres sciences. Tous les cadres sportifs passés par les instituts et Creps du pays, connaissent le prix à payer en termes d'efforts et d'apprentissage pratique afin d'honorer leur sacerdoce, une fois fonctionnaire. Mais il semble bien que le ministère de la Jeunesse et des Sports n'arrive plus à reconnaître les siens. Les comportements népotiques, le copinage et l'esprit de clocher ont perverti nombre d'espaces institutionnels au détriment des véritables compétences (2).
Les affaires sportives sont assez sérieuses pour s'accommoder de décisions aventureuses. Ceci étant, beaucoup d'observateurs ont émis des doutes quant à l'impact de l'action du secrétariat d'État pour le sport d'élite. Ils arguent du fait qu'il existe, parallèlement, au nouvel organe gouvernemental, des structures en mesure d'administrer les politiques sportives définies par le ministère de la Jeunesse et des Sports, à l'instar du Comité national olympique algérien, des fédérations sportives, la direction centrale du sport d'élite, la Commission nationale du sport de haut niveau. Cette dernière confiée à plusieurs personnalités sportives, dont Hassiba Boumerka et Rabah Madjer, n'a jamais pu jouer convenablement son rôle, faute de moyens et surtout de stabilité. Et puis, il faut reconnaître, sans vouloir enlever au mérite de nos champions qui ont contribué au renom du sport national que l'élaboration et le suivi des stratégies, mis en place par les pouvoirs publics, exigent des compétences et une maîtrise du fonctionnement de la sphère sportive dans toutes ses composantes.
Notamment, lorsqu'on s'intéresse à la prospective. L'élite sportive a, certes, droit aujourd'hui à tous les égards, il n'en demeure pas moins qu'elle dispose de supports organiques suffisamment encadrés pour s'épanouir. Une actualisation du statut d'athlète, datant de 2007 s'impose. Probablement que l'idée de création d'un secrétariat chargé du sport d'élite est partie de deux constats. Le premier, conjoncturel, obéirait au besoin d'offrir les conditions, les meilleures possibles, à nos représentants sportifs, dans la perspective des prochains Jeux méditerranéens d'Oran, en 2022 et des Olympiades de Tokyo. Le second, doctrinal, se projette dans le long terme et pourrait s'inscrire dans une politique de prospection et de détection, dès la prime enfance selon une démarche pyramidale, expliquée dans l'une de mes précédentes analyses (3). 
Cependant, par-delà la pertinence de ces finalités, ni l'une ni l'autre des options évoquées ne paraît justifier la création d'un organe gouvernemental autonome, sous tutelle du MJS.
La prise en charge de l'élite sportive nationale est du ressort légal du COA, en partenariat avec les DTN des fédérations, la Commission nationale du sport de haut niveau et le ministère. Tandis que l'émergence d'une relève ne peut s'accomplir que par l'implication de plusieurs secteurs ou espaces institutionnels dédiés à l'activité physique et sportive. Et c'est pour cette raison que sous d'autres cieux, il est généralement fait appel à des groupes de travail, comités ad-hoc et commissions interministérielles afin de décloisonner et coordonner les initiatives nécessitant des coopérations plurielles. Par conséquent, la multiplication de centres de décision ne peut qu'alourdir le système de gouvernance et installer une bureaucratie budgétivore. Pour l'instant, le sport d'élite a tout intérêt à garder son giron d'origine plus adapté à sa vocation et à sa modeste audience au lieu de faire les frais d'une expérience organique encore balbutiante, d'autant que les échéances internationales approchent à grands pas. Dommage que les décideurs ne partagent pas cette prudence.


Références

(1)-États généraux du sport national : l'hégémonie du football, une perversion politique. Les grandes questions éludées. Dépasser les constats pour s'attaquer aux dérives (Saïd Mouas. Le Quotidien d'Oran des 7 et 8 janvier 2019).
(2)-Mérite et compétence, le crédo des nations civilisées. (Saïd Mouas - Le Quotidien d'Oran du 2 septembre 2012).
(3)-La pyramide de performance face aux paradoxes du terrain. (Saïd Mouas -journal Liberté, du 5 août 2020 et Le Quotidien d'Oran du 19 juillet 2020)

 


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