Contribution

Une réforme sine qua non pour le redressement de l’économie nationale

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Achouche Mohamed Publié 16 Mars 2022 à 10:12

Par : Achouche Mohamed
Professeur en sciences économiques - Université de Béjaïa Janvier 2021

L’Algérie est dans une situation économique et monétaire qui suggère, plus que jamais, de procéder à la refonte de la monnaie; mais dans le cas où nous conviendrons à le faire, plusieurs questions s’imposeraient naturellement. 

De la réforme de la monnaie

Cette contribution s’inscrit dans le cadre d’une réflexion, qui se situerait à la limite séparant le raisonnement rigoureux que suggéreraient des faits avec une neutralité implacable et une opinion motivée par un optimisme prospectif prononcé. En effet, l’amorce d’un projet d’envergure, qui est celui du renouveau de tout un pays, que renferme le patronyme de la proclamation et du lancement d’une nouvelle Algérie nécessiterait, entre autres et surtout, de l’optimisme. Cependant, cet acte coïncide malheureusement avec une conjoncture, tant au niveau national qu’international, défavorable et contraignante. En effet, l’économie mondiale est caractérisée par un ralentissement généralisé de la croissance économique des principales économies capitalistes, certes moins marqué pour certaines économies émergentes mais qui sont aussi fragilisées. L’Algérie n’est pas à l’abri de ce marasme. Au contraire, elle s’achemine incontestablement, en dépit de sa résilience non négligeable, vers des situations plus contraignantes. Nous allons, dans cette contribution, tenter de penser notre économie avec des paradigmes différents. Car, les politiques économiques, engagées de par le passé, n’ont pratiquement pas été efficientes ni à la hauteur des attentes escomptées. Les économistes, les plus érudits, ont toujours eu une totale conscience de la grande complexité de l’ingénierie des politiques économiques. Et, l’une des plus grandes difficultés proviendrait inéluctablement de la complexité du système économique lui-même, qui n’est jamais un système fermé, ce qui constitue une entité accomplie, avec des mécanismes de fonctionnement déterministes. En fait, les diagnostics établis ont certainement toujours été incomplets et très peu pertinents du fait de l’incompréhension profonde de la nature de notre économie et de ses dysfonctionnements.  Il s’ensuivrait logiquement des politiques peu appropriées dans l’absolu. Alors que dans les faits, les politiques économiques en Algérie, depuis l’indépendance, sont marquées par des facteurs inhibiteurs du fait de leur conception peu intelligente et leurs mises en œuvre peu persistante. 
Elles ont toujours été opérées dans des conditions de confusion et d’éparpillement des mesures du policy-mix, de velléités souvent démesurées et chancelantes et de manque de persévérance et de résolution dans l’action. 
En Algérie, les politiques économiques et les réformes ont souvent procédé dans des conditions contraignantes, qui ne mettent pas de place à l’idée décisive du timing, par des mesures très peu concordantes et parfois même contradictoires. Alors le résultat aujourd’hui, en est que notre économie est toujours loin de prendre une forme typique pour pouvoir déjà parler de déséquilibres structurels et encore moins de dysfonctionnements. 
En observateurs avisés, nous pouvons immanquablement remarquer qu’on s’y prend le plus souvent à de fausses problématiques et par des démarches maladroites. 
La question la plus cuisante porte d’emblée sur la possibilité d’un redressement de la situation et du fonctionnement de notre économie. En effet, la réponse à la question de faisabilité des solutions possibles et l’évitement des scenarii d’une crise catastrophique est moins évidente, en dépits de tout l’optimisme dont on pourrait bien être animé. 
Et, pour cause, notre économie est dans un état où les prémices de la crise se réunissent et les contraintes se compriment nettement et, conséquemment, les espaces d’action et de timing se rétrécissent ; donc moins de possibilités pour des sorties moins critiques. 

Pourquoi la question de la monnaie ?
Le redressement d’une économie est une démarche complexe et doit procéder selon une méthodologie rigoureuse et “intelligente”. À présent, nous allons nous focaliser sur une question technique et parcellaire et qui nous permet de pratiquer une abstraction parfaite, c’est-à-dire qu’on peut bien la traiter partiellement sans avoir besoin de réfléchir dans la complexité. En fait, cette question est relative à la monnaie, et suggérée par les trois faits suivants : le premier est purement technique et méthodologique ; deuxièmement, les manifestations précoces de la crise font leur apparition généralement dans la sphère financière de l’économie. L’Algérie n’est pas dans une situation de crise ouvertement prononcée, mais les contraintes de financement de l’économie commencent sérieusement à se profiler clairement, et ce, tant pour le financement du secteur privé que pour la finance publique. Un assèchement des liquidités est ressenti en dépits de la surface financière considérable de notre économie. Enfin, la monnaie est une catégorie économique d’importance déterminante dans une économie monétaire. Elle assure la monétarisation de l’économie, détruit le système du troc et joue des rôles multiples dans l’économie, au-delà de la simple amélioration de la technologie de l’échange. Elle remplit dans son rôle d’intermédiaire dans l’échange des fonctions multiples: de moyen de paiement universel, de réserve de valeur, d’étalon de valeur et d’unité de compte. Elle joue également un rôle décisif dans bon nombre de mécanismes économiques et de régulation. Enfin, la monnaie et dès lors qu’elle est devenue publique, dans sa dimension institutionnelle reflète des aspects de service public et emblématiques inhérents à la souveraineté. Par ailleurs, il convient de souligner l’extrême complexité de la définition de la monnaie. En fait, ce n’est pas les définitions élaborées qui sont peu clairvoyantes et précises, mais au contraire c’est les formes et la nature de la monnaie qui sont évolutives et instables dans le temps et l’espace. Elle prend des formes multiples et diversifiées dans ses fonctions. L’émission, la création et la des truction de la monnaie s’opèrent selon des processus complexes et obéissent à une logique peu explicite. Il s’en suit une détermination plus complexe de sa valeur, au-delà des définitions simplistes qui réduisent la détermination de la valeur au précepte, selon lequel la valeur de la monnaie serait déterminée par la valeur des biens qu’elle achète. On voit clairement que c’est une tautologie qui n’informe nullement sur la nature et la valeur de la monnaie. La valeur de la monnaie peut faire objet d’une manipulation déterministe et hors marché. 

De l’opportunité d’une réforme de la monnaie
La motivation de la réforme de la monnaie ne se réfère pas à une condition conjoncturelle relative à une instabilité éphémère de la valeur de la monnaie; ni par suite à des expressions et pratiques d’immaturité monétaire des agents. Au contraire, la réforme de la monnaie est une décision que l’on considère comme fondamentalement structurelle et qui ne doit être entreprise qu’en cas de distorsions majeures du statut de la monnaie et de la multiplicité nette de ses dysfonctionnements. Concrètement, au plan académique, cette question n’est nullement posée, par contre certaines idées moins structurées adviennent, par endroit, notamment parmi les politiques inquiets par les liquidités qui circulent dans l’informel. Leur gageure dans cette opération de changement de billets de banque est que les agents seront contraints de restituer leurs avoirs en monnaie dans le système monétaire et donc les enrôler dans la sphère formelle de l’économie. Cependant, il convient de souligner d’emblée qu’une opération de changement de billets de banque, motivée par cet objectif, n’est d’aucune efficacité et génératrice de coûts et de perturbations inutiles. Car les agents attirés par l’informel finiront par réintégrer leur sphère, une fois les anciens billets complètement remplacés par de nouveaux. 
Changer les billets de banque pour lutter contre l’informel est une mesure débile et contreproductive. Par contre, par la réforme de la monnaie, dans ce propos, on entend bien une réforme profonde qui se décline dans une refonte qui rétablit le dinar algérien dans son rôle de catégorie économique. Il s’agira concrètement d’émettre une nouvelle monnaie, qu’on pourrait appeler tout simplement le “nouveau dinar”, ou toute autre appellation qui marquera une nouvelle ère de notre économie. L’argumentation soutenant une mesure, aussi lourde de conséquences que le lancement d’une nouvelle monnaie, est simple. En fait, elle ressort de la question relative aux fonctions du dinar dans l’échange et comme une catégorie économique efficiente dans les mécanismes économiques. 
Les fonctions de la monnaie dans l’échange sont connues, du moins des initiés. En effet, elle est un moyen de paiement universel. Par contre, pour les autres fonctions, le constat n’est pas aussi évident. Elle n’est réserve infaillible de valeur que dans l’échange, c’est-à-dire dans le strict court terme. Sinon, les agents détenteurs d’encaisses, libellés en dinar, se cherchent des refuges de valeur moins exposés à l’érosion du pouvoir d’achat. Elle est enfin considérée comme un étalon de valeur et une unité de compte. 
Elle est complètement dans son rôle d’unité de compte, mais elle est quasiment inefficace, voire inopérante dans son rôle d’étalon de valeur. 
Le dinar algérien subit pleinement l’influence des monnaies fortes de nos partenaires, qui sont d’ailleurs utilisées ouvertement comme élément de référence et d’ancrage dans la détermination de la valeur internationale du dinar notamment.
 Cette dernière fonction appelle une explication ample, vue son importance stratégique. 

En effet, même si la fonction d’étalon de valeur – “unité de mesure” – apparait triviale cependant son importance est décisive dans le rôle de la monnaie dans une économie ; la monétarisation de l’économie en est conditionnée. 
Imaginez une unité de mesure mal définie avec un défaut d’étalonnage important ; toutes les mesures effectuées seront conséquemment controuvées et les décisions qui s’appuient des sus seront erronées et aberrantes. On peut citer des exemples innombrables de retombées directes qui affectent tout le système de formation des prix monétaires dans une économie. Une alimentation artificielle de la dynamique inflationniste, etc. L’efficacité de la politique monétaire dépendrait aussi de l’efficacité de la monnaie dans ses fonctions et son rôle dans une économie. En fait, au plan académique,les thèses sur l’efficacité de la politique monétaire en Algérie sont peu concluantes. 
Il est par contre clairement établi que la politique budgétaire est dominante. Mais, pour pratiquer une politique monétaire efficace il faut d’abord avoir une autorité monétaire indépendante, mais aussi une monnaie typique. 
En Algérie, la politique budgétaire est plus que dominante ; elle subjugue intégralement la politique monétaire. 
Il est vrai que la double fonction étalon de valeur et unité de mesure de la valeur sont souvent à l’origine de polémique, même parmi les économistes ; certains même refusent d’admettre à la monnaie l’attribution d’étalon de valeur et la considèrent juste comme une unité de mesure. Cependant, compte tenu d’une subtilité selon laquelle la fonction d’étalon de valeur ne se dessine qu’à travers l’opération d’étalonnage d’une monnaie lors de son lancement, dans le sens où elle détermine par définition la valeur des autres biens. Alors qu’elle continuera de jouer le rôle d’unité de mesure de la valeur dans le temps, en référence à l’étalonnage initial. 
Concrètement, un autre signe de distorsion d’étalonnage du dinar algérien est la disparition, plus ou moins rapide, des pièces de monnaie divisionnaires de la circulation. En Algérie, les pièces de cinq centimes, vingt centimes, cinquante centimes se sont complètement éclipsées et, récemment, même les pièces d’un dinar et de deux dinars ne sont plus utilisées. Tout de même, on ne peut pas considérer un système dans lequel même l’unité de compte “un dinar” est sans aucun pouvoir d’achat, comme un système sans anomalie. 
Ce défaut d’étalonnage ne remonte pas nécessairement à l’origine exclusivement de l’institution de la monnaie nationale. Historiquement, le dinar s’est substitué à une monnaie coloniale, le “franc français”, et devrait avoir déjà au départ de légères imperfections d’étalonnage. 
Cependant, depuis alors, avec des politiques de régulations systématiques des prix et des pratiques de subventions diffuses, des politiques budgétaires non soutenables, et de la régulation et maniement de la valeur internationale du dinar, l’unité de mesure a subit des distorsions profondes qui ont fini par fausser l’échelle de la valeur “étalon”. C’est pourquoi nous avons opté pour mettre la question de la monnaie en préambule de notre réflexion. Une question purement technique et quasi-neutre du point de vue de l’économie politique. 
Ainsi, l’Algérie est dans une situation économique et monétaire qui suggère, plus que jamais, de procéder à la refonte de la monnaie; mais dans le cas où nous conviendrons à le faire, plusieurs questions s’imposeraient naturellement.  D’abord, comment procéder techniquement et quels sont les objectifs escomptés ? Une autre question, aussi ardue que les précédentes, concerne le coût de l’opération et son impact sur le patrimoine des agents économiques, l’état, les ménages, les entreprises et le reste du monde. L’opération nécessite certainement une réflexion plus approfondie, pour ne pas tomber dans l’erreur de l’empressement. Cependant, l’opération ne doit pas être très onéreuse en termes de coûts de réalisation, mais incontestablement génératrice de suspicions et de troubles difficiles à gérer. 

Comment procéder concrètement ?
La première étape cruciale et déterminante concerne l’étalonnage de l’unité monétaire. C’est une opération de calibrage du pouvoir d’achat de l’unité monétaire par un procédé conventionnel; où on dote l’unité monétaire d’un pouvoir d’achat en la dotant par la même d’un cours légal. Une définition d’une unité de mesure par référence à des indicateurs sensés et pertinents. L’étalonnage de l’unité monétaire était plus commode et simple dans le cadre de la présence du principe d’étalon-or. Aujourd’hui, les choses sont plus complexes dans les systèmes de monnaies fiduciaires et les éléments d’ancrages sont multiples.  On pourrait penser à deux issues possibles : la première consisterait à s’appuyer sur un ancrage nominal pur, c’est-à-dire définir une unité monétaire par rapport à une monnaie de référence stable et mature, ou un panier de monnaies construit sur la base d’analyses pertinentes. 
Par exemple, la livre sterling est l’une des monnaies les plus stables et pertinentes dans l’histoire monétaire contemporaine. On pourrait aussi penser à des monnaies virtuelles et unités de comptes construites pour des fins de comparaisons internationales de pouvoir d’achat des monnaies, telle que l’unité de la PPA, etc. 
Par contre, la deuxième solution est réelle et concerne la définition d’un pouvoir d’achat d’un panier de biens économiques, appelé dans le langage des statisticiens le panier de la ménagère. En fait il s’agira, après avoir défini le panier de biens, de décider combien vaudrait notre unité de ce panier. Comme la démarche est purement conventionnelle et empirique, on peut bien toujours se faire guider par des comparaisons internationales en ce sens ; et construire un panier de biens ad hoc qui comprendrait, en plus de la nomenclature habituelle, le salaire d’une heure de travail, par exemple, et le prix des hydrocarbures. L’avantage, ici, est que nous disposons de la latitude de doter l’unité monétaire d’un pouvoir d’achat avec une certaine liberté. Mais nous sommes toujours tenus par des impératifs de définition d’une unité monétaire qui nous situerait sur une échelle non illusoire pour des comparaisons internationales.  Il serait intéressant de doter l’unité monétaire nationale d’un pouvoir d’achat très important, mais encore faudrait-il avoir les moyens pour pouvoir la défendre et préserver son pouvoir d’achat par la réalisation des gains de productivité qui compenseront l’érosion monétaire qu’elle subira inévitablement du fait de l’inflation. Sinon, on finira vite par se retrouver dans une situation comparable à celle d’aujourd’hui. 
Cependant, eu égard à l’impératif du maintien du niveau de compétitivité de l’Algérie, en tant que pays en développement, nous aurons tout intérêt à nous situer parmi les pays à bas prix. En deuxième étape, après avoir défini le pouvoir d’achat de l’unité monétaire, on déduira de façon simple le rapport du nouveau dinar à l’ancien, compte tenu aussi de la valeur internationale du “nouveau dinar”, c’est-à-dire du taux de change par rapport au principale devises. 
Concrètement, à titre d’exemple, l’on suppose que la portion du panier de biens retenu qu’achète un nouveau dinar en Algérie nécessiterait 200 DA anciens. Et, par ailleurs, ou aura besoin de 1,5 livre sterling et 1,8 dollar US pour la même quantité de biens dans leurs espaces monétaires respectifs. Ainsi, on disposerait d’indicateurs-clés qui guident un calibrage réaliste de la valeur du nouveau dinar. On pourrait aisément procéder, en déflatant les encaisses en monnaies nationale et le système des prix dans la même proportion, c’est-à-dire un “nouveau dinar” égal 200 anciens dinars. L’opération aurait une nature de phénomène purement monétaire et les patrimoines des agents en termes réels demeureront inchangés. 
Par contre, la détermination du taux de change de la monnaie deviendrait encore moins difficile, dans la mesure où une opportunité réelle se profilerait devant l’autorité monétaire pour déterminer la valeur internationale du nouveau dinar, de sorte à ce qu’elle soit la plus proche possible de sa valeur réelle d’équilibre des fondamentaux de l’économie. C’est une question relativement compliquée mais faisable, par l’exploitation d’indicateurs économiques pertinents. 
La solution à cette question peut être abordée selon différentes méthodologies, mais il faudrait se fixer, plutôt qu’un prix d’équilibre exact, une fourchette de variation qui situerait le taux de change au voisinage du niveau de la parité des taux d’intérêt non couverte. L’examen des travaux de recherche réalisés dans ce sens, tout comme les pratiques de la Banque d’Algérie nous renseignent sur une espèce de phobie de la sous-évaluation de la monnaie nationale. En conséquence de quoi, ils ont systématiquement surévalué la monnaie nationale. Et, par le fait même, ils ont systématiquement assuré une parité des taux d’intérêt couverte du risque avec des opportunités d’arbitrage alléchante ayant même soudoyé les opérateurs nationaux qui se sont convertis en arbitragistes. Encore une fois, les modèles théoriques sont incapables de fournir des solutions numériques exactes quant à la détermination d’un taux de change d’équilibre ; seul un marché efficient peut bien le faire. Et, en l’absence d’un tel marché en Algérie, la solution procèdera, là aussi, selon une méthode conventionnelle par un calibrage. On mobilisera les enseignements théoriques, les expériences édifiantes et les orientations de politiques économiques structurantes. 
Si par exemple, un nouveau dinar achète la même proportion du panier de biens qu’une livre sterling dans leurs espaces respectifs. 
Le taux de change de la PPA est de 1NDA contre une livre sterling. La prise en compte de la différence des taux d’intérêt nous donne un taux de parité des taux couverte et non couverte, et ainsi de suite. 
Là aussi, une autre opportunité se présentera qui est la gestion du taux de change, avec toutes ses implications sur la balance des paiements et donc sur la position extérieure du pays. Les mécanismes de diffusion des effets des variations de la valeur internationale de la monnaie sur les fondamentaux de l’économie sont d’une grande complexité. 
Les choix en la matière sont multiples et très discutables, mais pour une fois, nous aurons l’occasion de travailler sur des chiffres et indicateurs qui reflètent une réalité. Les choix vont d’une détermination marchande du taux de change avec un flottement libre de la monnaie, jusqu’à une gestion volontariste par des mesures de régulation qui s’assignent des objectifs de régulation des échanges avec le RDM et même des pratiques budgétaires déguisées. Nous devons avoir une perception clairvoyante de ce que nous voulons exactement. 
À qui profitera l’opération et qui en subira les coûts et les pertes ?
Fondamentalement, l’opération est essentiellement perçue comme un phénomène monétaire, du moins pour les agents privés de l’économie et le système monétaire, dans la mesure où le système des prix des biens et des actifs réels et financiers, dettes et créances, les encaisses détenues et les salaires seront uniformément déflatés dans la même proportion. Par contre, ceux qui ont des positions ouvertes libellées en monnaies étrangères, non couvertes du risque de change, vont subir l’impact d’une dévaluation drastique qu’il est possible de réparer. Naturellement, pour éviter des mouvements de panique et agressions spéculatives à la veille du lancement de l’opération, il conviendrait d’engager des concertations pour jouir de l’accompagnement des institutions habilitées, pour rassurer les partenaires étrangers de notre pays. 
Sinon, l’opération n’est pas génératrice de coût et se justifie amplement pour ses bienfaits indéniables, au demeurant nécessaires pour toute autre démarche de redressement de notre économie. 

Pour quels objectifs ?
Les objectifs sont multiples et nous citerons, à titre d’exemples, les éléments suivants. 
1)-Le dinar algérien a subi une altération profonde au point où il est devenu, de par son utilisation dans l’échange, générateur d’inflation en tant que mesure peu fine. 
2)- L’opération permettra la réhabilitation de la politique monétaire par la mise en circulation d’une monnaie typique et mature, une vraie catégorie économique. 
3)- Une réhabilitation et un affinement de tous les mécanismes de formation des prix et une meilleure maitrise de l’inflation. 
4)- Une perception plus raffinée des conditions de rentabilité des différents secteurs, etc. 
5)- Réhabilitation des mécanismes de financement, par une réhabilitation du système d’intermédiation et développement des marchés financiers. Il va de soi qu’une monétarisation d’une économie nécessite déjà une monnaie fiable et stable, la financiarisation de l’économie aussi. 
6)-La monnaie a une dimension institutionnelle non négligeable ; une monnaie forte reflète la solidité d’une économie. L’idée reçue des non-initiés est que le dinar algérien est plus faible que les monnaies des pays voisins, ce qui est complètement faux, alors que le dinar algérien est normalement l’une des plus fortes du continent africain. 
7)- La campagne d’explication et de communication qui précédera le lancement de cette nouvelle monnaie serait une opportunité pour que les Algériens s’instruisent, ce qui améliorera à long terme leur maturité monétaire. Une occasion aussi réelle pour leur inculquer qu’une monnaie forte ne saurait être soutenue à long terme que par le travail et des gains de productivité. Naturellement, dans le cadre d’un recours contrôlé au financement monétaire des déficits budgétaires et un seigneuriage contenu et maitrisé par une croissance réelle. 
8)- Enfin, il est vrai que le changement intégral des billets de banque contraindra inévitablement les détenteurs d’encaisses libellés en dinar de passer forcément par le système monétaire formel ; cependant, il ne garantit en rien l’enrôlement du secteur informel. Par contre, il permettra d’assainir, à coup sûr, la masse des billets en circulation des faux billets éventuels. Cette opération est, sans nul doute, structurante, et elle permettra à l’autorité monétaire d’avoir des statistiques fiables pour un calcul plus précis de la masse monétaire en circulation.

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