Scroll To Top

A la une / Contribution

ENJEUX PRAXÉOLOGIQUES DE LA TRADUCTION NOTIONNELLE ET CONCEPTUELLE

Vers une approche systémique


Par : Professeur Zohra CHERIEF 
Institut d’interprétariat et de traduction Université d’Alger 2

Il est vrai – on le constate chaque jour davantage – que la langue et les termes véhiculés aujourd’hui deviennent de plus en plus complexes, encore  lorsqu’il s’agit de traduire des concepts politiques ou juridiques, de les suivre dans leur glissement sémantique, voire leur dérive fonctionnelle…” 

Cet article réflexif et analytique est un condensé de mon expérience et aussi du monde expérientiel lors de mon exercice d’interprète de conférences. Au vu – ces dernières années – des différents glissements sémantiques et emplois erronés de certains termes, nous allons essayer de répondre à différents questionnements. Partant du principe que le terme se réfère à une notion ou à un concept, il est primordial de questionner la façon de l’aborder, de l’étudier, de le comprendre, de le contextualiser pour enfin l’utiliser de façon correcte, essayer de le traduire de façon pertinente.
Chaque processus traductif et interprétatif se distingue en général par trois 
aspects : la sémantique ou l’interprétation fidèle du sens, les utilisateurs dans différentes corporations et les situations de communication auxquelles nous sommes tous inévitablement confrontés. 
C’est donc à partir de ce stade de réflexion que nous allons essayer d’asseoir déjà notre problématique : quels sont les véritables enjeux praxéologiques de la traduction notionnelle et conceptuelle ?
Pour aborder correctement et étudier sérieusement un terme, il faut d’abord être conscient qu’aujourd’hui on ne peut plus isoler aucun concept, car ils deviennent de plus en plus évolutifs et interactifs et se resémantisent sans arrêt : comment y faire face alors ?
Nous allons essayer d’intervenir ici sur trois plans, en tant que didacticien, interprète et chercheur, et conjointement nous pencher sur la problématique de la terminologie. Aujourd’hui – en ce XXIe siècle – la systémique s’offre à nous : c’est donc une nouvelle étude théorique, méthodologique et transdisciplinaire destinée à apprécier la complexité parallèlement aux lieux communs de leur diversité.
L’intérêt d’appliquer ici la systémique à la terminologie permet de dégager la complexité du langage humain.
On se rendra donc vite compte avec les exemples proposés par la suite que la systémie concerne la complexité et l’étude du monde réel – et sans doute le langage –, la langue et la terminologie plus concrètement en sont de bons exemples.
Tout cela requiert un travail préalable et pérenne d’actualisation des connaissances. C’est pourquoi la capacité de se documenter chez l’interprète doit porter en interaction permanente sur trois niveaux :
- Acquisition des connaissances dans le champ thématique.
- Terminologie de spécialité ou récente.
- Normes de fonctionnement textuel, discursif ou du genre en question.
Cela se retrouve constamment dans les conférences internationales, les interprétations de liaison ou consécutives et en présence de spécialistes dans tous les domaines. Ce sont des soucis biens réels que nous pose cette traduction si nous n’avons pas recours rapidement à une espèce d’ergonomie de la traduction ou à des stratégies (méta) cognitives bien précises et largement dominées.
Aborder aujourd’hui par exemple des termes de physique quantique tels que “le vide” (défini ici dans cette nouvelle science comme étant plein) et dont le concept nouveau nous donne une définition contraire à celle du dictionnaire nous fait revisiter toute la sémantique classique d’une entrée lexicale dans n’importe quel dictionnaire (descriptif, prescriptif analogique, normatif, académique…). Par ailleurs aussi dans la modernisation du système bancaire, par exemple, on parle de “dématérialisation” du service offert au client : l’interprète devra s’approprier cette nouvelle notion et l’employer conséquemment. Nous le constatons également dans le domaine génétique. Toutes nos connaissances classiques sont revisitées puisque dans le cadre de manipulations génétiques le clonage nous propose à présent d’autres formes de procréation qui nous interpellent tant sur le plan scientifique que déontologique, philosophique ou religieux : de quoi sera fait notre avenir, et pas seulement celui des mots ? De la création par Dieu on passe à la procréation en laboratoire sous toutes ses formes ; demain de quoi allons-nous parler et quels termes employer face aux cyborgs, aux transhumains, aux mutants… ? En fait, les utilisateurs de toute cette terminologie récente qui traduit des phénomènes nouveaux sont les principaux acteurs lorsqu’il s’agit de traduire.
Par ailleurs, trois conditions sont requises pour parler de terminologie :
a- aspect cognitif ;
b- aspects grammatical et stylistique ;
c- aspects pragmatique et discursif.
Les traducteurs spécialisés – ou non – doivent tenir compte de ces trois paramètres pour que leur travail atteigne les indices minima, voire maxima de qualité ; la traduction étant alors véridique et juste à la fois quant à son contenu, mais aussi correcte et adéquate sur les plans grammatical et stylistique. Elle doit véhiculer des “germes de style” (expression empruntée à Bréal) malgré un thème ou un aspect souvent spécifique.

Le plus important est de savoir cerner et comprendre le concept enfermé dans le terme
Des compétences particulières sont nécessaires pour le locuteur/auteur, ainsi que le traducteur : il s’agit à la fois de compétences thématiques, mais aussi et surtout de compétences de compréhension, sans être spécialiste nécessairement dans ce domaine. On a beaucoup écrit aussi ces dernières décennies sur la capacité traductionnelle du traducteur professionnel, en insistant sur les compétences requises telles que celles développées par Roder P. Roberts et reprises par Jean Delisle ; parmi lesquelles nous relevons celles-ci :
a- méthodologique : capacité de se documenter sur un sujet donné et d’assimiler la terminologie propre au domaine ;
b- disciplinaire : capacité de traduire des textes dans quelques disciplines de base ;
c- traductionnelle : capacité de saisir l’articulation du texte ;
d- technique : capacité d’utiliser diverses techniques d’aide à la traduction.
L’interprète aurait donc besoin – à défaut de compétences à ce niveau – de suppléer tout cela par une riche documentation, bien au-delà de la terminologie spécialisée qui n’occupe souvent dans ces cas-là que le second plan, car le plus important est de savoir comprendre le concept enfermé dans le terme. On en arriverait presque à se demander quel sens a encore aujourd’hui le sens d’un terme. 

Pour s’arrêter dessus et réfléchir sur l’utilité et l’utilisation efficiente du dictionnaire actuellement, il faudrait réfléchir d’abord – et ce en théorisant – sur la terminologie traductionnelle et sur le métalangage qui décrivent clairement les écarts rencontrés, les ambiguïtés à désambiguïser, les problèmes d’équivalence, les décalages, l’entre-deux, les collisions et les collusions de sens, l’intraduisibilité des réalias (par ex. : comment comprendre correctement le concept et le terme de “griot” immergé dans la culture africaine ?) et la traductibilité – nonobstant – de tout ce qu’on doit traduire… même lorsqu’on doit traduire sans traduire tout en traduisant dans une espèce de fidélité infidèle. L’utilisateur n’est pas seulement un didacticien qui fait son cours, un professionnel qui remet sa traduction, un locuteur qui fait un discours, voire un chercheur post-graduant qui feuillette des revues thématiques ou des livres, sans préparation aucune ni questionnement traductologique préalablement posé et dont le but essentiel reste de résoudre les difficultés terminologiques, au mieux comprendre ce qui se passe réellement.

Quelle méthodologie pour aborder ces nouveaux concepts et ces notions émergentes ? 
Les différents domaines de spécialité – aujourd’hui plus que jamais – ne sont pas statiques dans le temps, ni fermés dans l’espace : ce sont, certes, des constructions et des conceptions plus ou moins solides, mais qui restent perméables et évoluent parfois avec une capacité dynamique que le traducteur non aisé suit avec difficulté, parfois désorienté.
Et face à ce défi permanent à relever, les terminologies devront être enseignées et pratiquées à la lumière de trois volets complémentaires :
a- volet terminologique : où la création de nouveaux termes devra traduire de nouveaux concepts qui apparaissent chaque jour dans différents domaines. À cet effet, on dispose de deux méthodes : onomasiologique (de l’idée au mot), sémasiologique (du mot au concept) ;
b- volet mixte : traduction et terminologie, qui permettront de mieux s’approprier les concepts, les replacer dans “leur cadre d’application” pour mieux les appliquer et les utiliser correctement. C’est pourquoi former des traducteurs spécialisés, c’est surtout former des personnes aptes à travailler sur des problèmes de traduction dans un domaine particulier, d’où l’importance, aussi, très marquée de la terminologie pluri- ou bilingue dans des domaines particuliers et spécifiques ;

c)- volet terminografique (de “graphos” en grec, ce qui est écrit) : qui permet enfin de mieux comparer et d’analyser tous les usages que peut recouvrir le même terme, par ex. : dans différents domaines ; ou receler les nuances ayant trait à l’usage de celui-ci dans différents “cadres théoriques” ou pratiques. La terminographie permettra donc d’affiner et de perfectionner tous les usages possibles de ce que nous propose la terminologie, mais aussi désambiguïser toutes les ambiguïtés qui se présentent. 

Cette réflexion pointue sur l’axe tant syntagmatique que paradigmatique de l’usage d’un mot affinera davantage la réflexion et précisera encore mieux l’usage du terme dans la langue de spécialité, permettant même l’acquisition de liens conceptuels entre les termes.
À cet effet, et pour remplir correctement toutes ces fonctions, les pédagogues, les chercheurs, les technologues et traducteurs exigent de la langue : précision, économie, facilité de maniement et rapidité de réaction – ou créativité – pour l’interprète. Dans le cadre de l’enseignement de terminologue, l’importance attribuée à celles-ci doit résider dans son double rôle :
a) d’instrument épistémologique qui permet d’exprimer linguistiquement de nouvelles idées, observations et découvertes de nouvelles expériences ;
b) et de véhicule pour la communication des connaissances dans les différentes aires du savoir universel.
En effet, quand on veut se spécialiser en terminologie, on doit nécessairement avoir une visée et une finalité traductive. On ne traduit pas que des termes attenant à un domaine de spécialité… mais aussi et surtout des concepts, des notions, des visions du monde et des points de vue scientifiques dans différents domaines, comme le souligne Henri Meshonnic.
Nous avons choisi de mettre en pratique une méthode de contextualisation en adoptant l’approche systémique, et nous pouvons l’illustrer avec les exemples suivants : à cet effet, nous avons choisi d’exemplifier avec des domaines récurrents, l’essentiel étant la méthodologie que nous proposons ici pour mieux aborder ce problème d’usage correct des concepts et notions. 

Posture du traducteur et du locuteur spécialisé 
Il est vrai – on le constate chaque jour davantage – que la langue et les termes véhiculés aujourd’hui deviennent de plus en plus complexes, encore plus lorsqu’il s’agit de traduire des concepts politiques ou juridiques, de les suivre dans leur glissement sémantique, voire leur dérive fonctionnelle… et pouvoir ainsi les traduire malgré tout correctement dans leur contexte, en dépassant même “les collisions de sens”, tellement d’actualité en ces moments difficiles de l’histoire de l’humanité : c’est le cas du concept de “liberté d’expression” qui, aujourd’hui, pose tant de problèmes, aussi bien de définition d’approche que de pratique, véhiculant une espèce d’“hypocrisie sémantique” chez les différents locuteurs qui en font un usage parfois arrogant, parfois vicieux ou d’autres fois totalement erroné.
Il est demandé au traducteur de ne pas se substituer, ni souscrire aux positions des uns et des autres… Il doit – tout en se spécialisant – recueillir tout ce qui est en circulation, comprendre et adapter ces termes tant à des règles morphologiques qu’à des courants culturels, pouvoir aussi – si nécessité il y a – oser une innovation spontanée mais très discrète, n’oubliant pas qu’il n’est qu’un passeur et non l’auteur de ce discours, mais qui risquerait peut-être de le trahir (ou l’aider ?) dans l’exercice de sa fonction.
C’est donc toute une recherche et réflexion profonde qu’il devra faire en témoin – oserais-je dire presque muet ? – lors de son exercice d’interprète/traducteur.
Aujourd’hui plus que jamais, on doit traduire sans traduire… tout en traduisant ! Pour illustrer ce dilemme qui confirme à la fois le paradoxe des paradoxes et le rend encore plus passionnant, nous avons choisi aussi les domaines culturel et politique, et la question fondamentale qui se pose à nous aujourd’hui est de comprendre pourquoi les approches traditionnelles de prévention de la guerre et de construction de la paix ont, en général, complètement échoué.

Exemplicications glanées sur le terrain 
Des conflits tels que celui de l’Irak, du Sahara occidental, du Mali et la Libye plus récemment encore – et pour ne citer que ceux de nos aires géographiques proches – mettent en évidence la brutalité croissante des conditions de guerre aujourd’hui, le mépris absolu pour la vie des civils, et posent conséquemment de sérieux problèmes éthiques et déontologiques qui engagent le traducteur aussi dans une réflexion sérieuse de l’exercice de son métier dans de telles conditions. 
Cette situation politique internationale nous fait réfléchir sur le véritable sens de “la culture”, de “la paix” et bien d’autres concepts qui régissent le monde d’aujourd’hui. Le traducteur devra-t-il devant ce foisonnement conceptuel, face à toutes ces dérives notionnelles, se perdre aussi dans des dédales terminologiques ?
Par ailleurs, la phraséologie au sens large, les locutions idiomatiques, les nouvelles expressions exprimant de nouvelles conceptions (exemples du “Grand Moyen-Orient”, de la “nouvelle économie”, “marché et/ou Commerce électronique”…) ainsi que les collocations ou locutions qui sont autant d’actualisateurs de données de la culture populaire ou de la politique actuelle posent problème ; et on connaît très bien – et déjà – les difficultés de traduction rencontrées dans ces cas-là. Une espèce de lexiculture (néologisme choisi et formé sciemment à cet effet) devient de plus en plus urgente dans l’utilisation pertinente de cette nouvelle sémantique, ou resémantisation d’anciens termes.
Une culture dûment acquise, en accompagnant et précisant l’utilisation de chaque terme se fait urgente de nos jours. Dans le domaine politique par exemple, des notions, des mots, voire des concepts, tels que ceux de la culture et de la paix, doivent être rendus et traduits dans cette langue de spécialité mais sans raideur sémantique. Quand le culturel se glisse dans le lexique, ou lorsque le lexique doit rendre le culturel, la situation est encore plus complexe. On se rend vite compte que paix/culture sont des notions et des concepts qui se présentent avec des contours de plus en plus flous actuellement, mais renferment aussi toutes les formes quasi synonymiques que l’on peut rencontrer aujourd’hui. La lecture d’études monographiques sur la culture et la civilisation telles que “Histoire de mots. Culture et civilisation” de Philippe Bénetton sont fondamentales pour le traducteur.
Dans une langue de spécialité ou dans toute autre situation d’interprétation, il faut trouver – et souvent vite – de bonnes solutions pour parer au besoin, voire à l’urgence et pouvoir communiquer et transmettre à celui qui, à son tour, devra traduire le message et le comprendre.
Mais il ne faut pas s’arrêter sur des écarts de sens, il faut faire constamment et régulièrement des re-lectures, voir d’autres praxis et verser aussi par des raccourcis onomasiologiques dans des recherches documentaires permettant de mieux appréhender l’emploi visé et la thématique tant sur le plan synchronique que diachronique, parant ainsi à l’urgence et au besoin. Nicole Werly – traductologue de l’université de Turin – se penche sur le mot “paix” et montre à quel point il est difficile de le définir aujourd’hui, si ce n’est par son antinomie qui est “l’absence de guerre”; il semblerait même qu’il n’y ait pas de vraie définition, et le silence du dictionnaire nous pousse à chercher et réfléchir sur d’autres “astuces sémantiques” (exemple “lutte pour la paix”, “stratégie pour la paix”, “culture pour la paix”) qui nous renvoient aux pistes à explorer dans le texte, ou discours à traduire. Aujourd’hui comment enseigner ce lexique dans une langue de spécialité ?, comment expliciter ce concept toujours accompagné de cette diachronie : paix/guerre. Ce qui nous inquiète encore, c’est qu’aujourd’hui on ne sait plus exactement ce qu’est la guerre, ou que sont plutôt les différentes formes de guerre (guerre atomique, guerre nucléaire, guerre préventive, guerre psychologique et autres) : la paix ne serait-elle donc que “l’envers” de la guerre ?
Par ailleurs, la langue de spécialité trébuche devant tous ces vides lexicaux vite phagocytés par des anglicismes qui s’érigent et s’imposent plus “sous forme de termes de dépannage que d’apprentissage”, comme écrit Robert Galisson.
Et pour parer – même dans le cadre du cours – aux contraintes ou absences sémiologiques des glossaires, comment inviter le traducteur à mieux réfléchir sur l’absence de définition, cerner même la définition “en creux”, et traduire malgré tout correctement ce mot dans son contexte, malgré toute la difficulté rencontrée ?
Et lorsque le mot fait défaut, que faire par exemple dans une langue de spécialité lorsque la nuance s’enlise, lorsque la réflexion perd ses repères, lorsque l’évolution ou le glissement sémantique vont trop vite ?
Alain Rey pousse encore plus loin la réflexion en parlant de “la culture de l’encyclopédie”, celle-ci étant “la description didactique d’un univers référentiel translinguistique”, celui-ci serait traduisible contrairement aux “gloses contextuelles” qui marquent les spécificités culturelles et signalent donc les non-équivalences entre deux thèmes : d’où intraduisibilité, parfois remise en question aussi. Mais dans tous les cas, on doit toujours avoir recours à des “astuces sémantiques” pour traduire malgré tout. 
E. Gary dans son ouvrage La traduction dans le monde moderne évoque les mécanismes de la traduction et apporte quelques éclaircissements.

Conclusion
Dans ce XXIe siècle, l’enseignement n’apporte presque plus de réponses ni de solutions concrètes à des situations toujours inédites : l’étudiant devra souvent avoir recours à d’autres ressources. L’ex-secrétaire général de l’Unesco Koichiro Mastsura, dans son article “Vers les sociétés de savoir”, dresse un tableau exhaustif sur la répartition et l’utilisation dans le monde aujourd’hui : nos pays du Sud ne sont pas avantagés certes, mais il est de notre devoir d’aller aussi à la quête du savoir là où il se trouve, surtout à ce niveau d’exigence dans le domaine de l’interprétation dans les conférences internationales.

Il devient impératif de revenir aux grands paradigmes de pensée et à la pensée universelle et philosophique pour mieux cerner les nuances, les finesses et les aspérités de certains concepts qui aujourd’hui se traduisent avec une légèreté que nous devons condamner et réviser le plus rapidement possible. Milan Kundera dans Les testaments trahis parlait du “sens presque toujours faux, et à chaque fois différent”. C. S. Peirce dans la théorie sémiologique, évoque la “semiosis” ou semiose avec l’interprétante dynamique d’un sens toujours en fuite. Ce sens véhicule à la fois du notionnel et de l’émotionnel, car les mots disent aussi ce qu’ils ne doivent pas dire, ou ne disent plus du tout : c’est pourquoi “l’enveloppe de sens” est à réinterpréter à chaque fois : c’est ce que le traducteur efficient saura (ou non) rendre correctement dans sa traduction.

Et pour conclure, il est évident que ces réflexions nous interpellent tous – didacticiens, spécialistes et étudiants en traduction – et nous invitent à une remise en question permanente, car nous sommes tous quelque part “piégés” dans cette terminologie galopante. Le défi est passionnant, et nous devons œuvrer pour une traductologie proactive qui aille dans ce sens évolutif du monde actuel. Les Académies devraient aussi œuvrer pour s'inscrire dans ce travail terminologique de façon très intensive afin d’être dans l'air du temps avec tout ces nouveaux concepts émergents qu’il faut nommer et mettre à la portée des locuteurs selon des normes scientifiques. 

 

 


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER