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Culture / Culture

Il avait commencé sa carrière dans les années 1940

Arezki Rabah, dit Abou Djamel, l’artiste qui souffrait en silence

© D. R.

Il portait avec noblesse et assiduité le théâtre, le cinéma et la culture en général dans son chagrin, sa susceptibilité et son radicalisme qui confluaient droit dans le fleuve de sa rage de vivre, d’aimer, de servir et d'égayer ses admirateurs.

Quatre années sont déjà passées depuis qu’Arezki Rabah, connu sous le nom artistique d’Abou Djamal, quittait cette vie fugace pour l'Éternel alors qu'il s'apprêtait à fêter ses 79 ans.

C'était à l'hôpital de Zeralda que son destin s'est arrêté durant la nuit du 12 janvier 2017, en quittant son univers qu’il avait peint avec tant de talent ainsi que ses nombreux amis et admirateurs qui ont vécu des moments d’enthousiasme et de générosité avec lui.

Lui qui avait lutté contre la maladie et la solitude des années durant était un artiste pétri de vocables et de palindromes, un héritier de Mahieddine Bachtarzi, Mohamed Touri, Rouiched… Son humour, parfois proche du gag ou de la gauloiserie, a pu être pris à tort pour de la légèreté. Travailleur acharné, il aimait se donner des airs de faux connaisseur.

Il endurait une lassante solitude durant des années, avec une maladie chronique et un pied amputé, en souffrant silencieusement d’une ingratitude imparable, tant des pouvoirs publics que de l’autorité culturelle du pays, qu’il supportait avec une incommensurable amertume. Alors qu’il n’avait que 10 ans, l’artiste tenait déjà au tube de sa carrière.

Natif de la Casbah en date du 14 mars 1938, de parents originaires d’Aït Abdelmoumen, près des Ouadhias, à Tizi Ouzou, il est, en effet, monté sur les planches dès l’âge de 10 ans quand il rejoint la troupe de Kelthoum, auprès de Rouiched, Nouria, Fadhila Dziria, Latifa… Deux ans plus tard, soit en 1950, il obtient des rôles avec Mohamed Touri et joue dans les sketchs de Rouiched Quelle Toupie.

En 1952, Arezki Rabah rejoint la troupe Fernandez, et à partir de 1953 il intègre la troupe communale alors dirigée par Bachtarzi. Il fait ensuite de la radio et de la télévision dès 1956, avant de rejoindre le Front de libération nationale pour se faire arrêter à maintes reprises et torturer par l’armée coloniale.

Au lendemain de l’indépendance, Arezki Rabah rejoint la troupe de Boubagra, avec, entre autres, Omar Ouhada et Mustapha El-Anka, et ce, avant de regagner en 1964 la troupe du Théâtre national algérien, où il joue dans de nombreuses pièces, notamment celles de Rouiched dans Hassen Terro, El-Ghoula (l’ogresse), El-Mach’hah (l’avare) et Les Concierges.

En 1970, Arezki Rabah participe à l’émission télévisée pour enfant “Hadiqati Essahira”, produite par Zoheïr Abdelatif. Il a en outre tourné dans de nombreux films $étrangers, notamment avec l’acteur français Jean Gabin (Pépé le Moko), ou encore Vittorio Gassman (Broncaleone s’en va-t-aux croisades).

Ainsi, Abou Djamal a pu, depuis le 12 janvier 2017, enfin se reposer loin des tracas de cette vie ici-bas, pas toujours juste. L'artiste ne meurt pas car ses œuvres le rendent immortel. 
 

Salem REMANE 


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