Culture “Les dupes” d’Ahmed Benzelikha

Aux frontières du monde réel et du virtuel

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Souhila HAMMADI Publié 11 Mai 2021 à 19:08

© D.R
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Sous le couvert d’une histoire d’amour inaboutie et une intrigue policière, l’auteur explore la dualité entre le bien et le mal, la bonté et la vilenie, la candeur et le cynisme, l’évanescence et le matérialisme, la cupidité et la prodigalité…

Le dernier roman d’Ahmed Benzelikha, Les Dupes, semble être, à la lecture de ses premiers chapitres, un mélange de genres. Il apparaît à la fois comme un roman policier, une histoire d’amour inconventionnelle, une réflexion sur un monde aseptisé et déshumanisé et un pamphlet contre les médias sociaux, l’opium du XXIe siècle. L’auteur projette les événements dans l’après-épidémie de coronavirus, dont il fait furtivement allusion, sans s’appesantir outre mesure sur ses causes et ses effets. Il présente sombrement ses personnages, qu’il affuble de prénoms européens : Narta, la sulfureuse adultérine ; Matt, l’artiste peintre paumé ; Gustav et Carlos, les trafiquants d’œuvres d’art ; et enfin Rep, le policier enquêteur. Pour mettre ses lecteurs en condition, il amorce son roman par un premier contact virtuel entre Narta et Matt. 

Dire plutôt un fantasme mutuel sur une photo de profil. Ils provoquent une rencontre sous des prétextes captieux… s’engagent dans une relation amoureuse intense, paradoxalement platonique. L’artiste est éperdument épris de sa dulcinée, ignorant qu’elle est déjà l’épouse d’un autre homme. La jeune femme, capricieuse, joue de ses sentiments, tantôt aguichante, tantôt distante. Mettant cette idylle complexe et sans issue en toile de fond, l’écrivain construit une intrigue policière : vol d’un tableau de grande valeur : recel dans l’atelier de Matt à son insu, l’œuvre prise par inadvertance par une jeune journaliste venue l’interviewer… Un inspecteur de la police, au crépuscule de sa carrière, mène l’enquête, brutalement interrompue par des interférences en haut lieu. On se croirait devant une œuvre insipide, sans prétentions, jusqu’à ce que l’auteur démontre qu’il ne l’a guère forgée aussi simplement autour de cette affaire. 

De chapitre en chapitre, se dévoile une critique de la société contemporaine, obnubilée par la quête de biens matériels. Il met en scène une organisation secrète, dont les membres s’échinent à débarrasser le monde des “bons” et des “dominés”. L’intérêt est porté alors sur la description morale des personnages principaux, qui deviennent peu à peu secondaires avant de disparaître complètement du texte. 

Matt, quadragénaire célibataire s’accrochant à son amour contrarié pour se mouler dans le stéréotype aux gens de son âge, déjà en couple et souvent parents de plusieurs enfants, est assassiné prématurément. Narta, cherchant à pérenniser son pouvoir de séduction sur les hommes et à échapper, de temps à autre, à la routine de son mariage arrangé, se repentit dès qu’elle apprend que son mari est condamné par une maladie incurable. Rep, radié du corps de la police car il s’avère encombrant pour ses supérieurs, s’entête à achever sa dernière enquête, puis retrouve une sérénité auprès de son amante. Gustav, l’homme-Dieu, disposant du privilège de vie et de mort, sera victime de son avidité et de sa suffisance. 

Puis surgissent des personnages jusque-là invisibles. Ahmed Benzelikha explore dans Les Dupes la dualité entre le bien et le mal ; la bonté et la vilenie ; la candeur et le cynisme ; l’évanescence et le matérialisme, la cupidité et la prodigalité… Il s’aventure à décrypter la réalité de ce monde tel qu’il le perçoit. Dans l’esprit du scénario de la trilogie de Matrix, il suggère que nous sommes tous “dupés” par ce que nous voyons, ce que nous ressentons, ce que nous voulons… “La vérité n’est jamais celle que l’on avait”, décrète-t-il, sentencieux. Il ne va toutefois pas au bout de la pensée rigoriste, à la lisière du manichéisme. Il laisse pointer, dans la fin du récit, une once d’espoir, celle d’un renouveau possible sous l’aune de “la beauté et des valeurs” de l’âme.  

Souhila H. 
Ahmed Benzelikha, Les Dupes, 
éditions Casbah, 102 pages. 700 DA. 2021

 

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