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Culture / Culture

Il y a 39 ans, l’“ÉDITH PIAF KABYLE” disparaissait

Hnifa, une vie d’exil et de passion

© D.R.

Entre précarité, exil et divorces, la vie de la chanteuse Hnifa aura été des plus tumultueuses. Sa planche de salut, seront la musique et la chanson pour lesquelles elle se passionne très jeune.

Voilà un peu plus de trente-neuf ans déjà, le 23 décembre 1981, que nous a quittés à jamais celle que certains appelaient “l’Édith Piaf de la Kabylie”. 
Aujourd’hui, alors qu’elle devait fêter son 97e anniversaire, ce n’est pas une apologie funèbre que nous écrivons sur la chanteuse Hnifa, mais un témoignage modeste et un souvenir combien fugitif d’une femme fière de son identité et de son authenticité, habillée de courage et d’endurance durant tout son vécu émaillé de moments stériles et de tourments. 

Issue du village d’Ighil M’henni à Tizi Ouzou, où elle naquit le 4 avril 1924, Hnifa, de son vrai nom Zoubida Ighil Larba, a connu, dès son jeune âge, les frissons de la précarité puisqu’elle vivait dans une famille nombreuse qui arrivait difficilement à surmonter les affres de l’inconstance sociale.

Après un séjour dans la capitale, contrainte par la fragilité économique de la région, la famille devait retourner en Kabylie où, adolescente, Hnifa, comme la plupart des filles de l’époque fut mariée à 15 ans à un commerçant qui n’était autre que l’ami de son père. Une alliance qui ne durera pas longtemps puisque, moins d’une année après, elle s’est résolue à quitter le foyer conjugal pour retourner au bercail. 

Ainsi, commencent ses péripéties accentuées par la mort, dans un accident, de l’un de ses frères et la répudiation de sa mère. Du pareil au même, son second mariage ne sera qu’éphémère puisqu’elle divorce encore une fois en moins d’une année avec une fillette sur les bras. Devant cette triste situation, et alors qu’elle était passionnée de poésie et de chanson féminine kabyle (Urar el khalath), elle fut contrainte à se prendre en charge en s’affairant à de petits travaux domestiques chez des femmes nanties.

À 27 ans, le destin met sur son chemin Lala Yamina, qui faisait partie de la chorale féminine que dirigeait Madame Lafage et qui regroupait d’autres femmes à l’image de Cherifa, Ourida, El-Djida… Elle lui servira d’intermédiaire pour intégrer le groupe qu’elle avait côtoyé six ans auparavant, avant de rencontrer Cheikh Nordine qui lui facilitera l’accès à la chaîne 2 de la Radio algérienne où elle animait une émission hebdomadaire.

Après un troisième échec matrimonial, Hnifa quitte le pays pour Paris, en France, où elle s’est installée durant deux ans en donnant des spectacles de chansons kabyles dans des cafés et bistrots maghrébins avant de rencontrer Kamal Hammadi, une ancienne connaissance, qui a chanté avec elle Yidhem Yidhem. 

Ce dernier, inspiré par le vécu de Hnifa, compose pour elle une douzaine de tubes qui font la fierté de son répertoire, durant son vécu ou à titre posthume. Au lendemain de l’indépendance, elle signe son retour en Algérie où elle persistera dans son élan de chanteuse en exprimant généralement les difficultés sociales et sentimentales qui rongeaient la femme.

En 1975, prenant son destin en main, Hnifa repartira encore une fois en France où, après les retrouvailles avec Chikh Nordine, elle conjuguera la chanson au cinéma, et ce, jusqu’au 23 décembre 1981 quand elle a tiré sa révérence dans un hôtel de fortune parisien. Rapatriée en Algérie et inhumée au cimetière d’El-Alia, à Alger, Hnifa rejoint l’au-delà, emportant avec elle toute la souffrance que la vie lui avait réservée 57 ans durant. 

Elle laissera derrière elle un répertoire riche de pas moins de 200 tubes dont 64 sauvegardés dans les archives de la Chaîne 2 de la Radio nationale. Sers thavalizth (Pose la valise), Ayafroukhiw (Mon oiseau), Ezzahriw anda thedidh ? (Mon destin où es-tu parti ?), Machi dhleghna aratsghenigh (Je ne suis pas en train de chanter, je raconte ma vie stérile)… tels sont les titres de quelques chansons du répertoire de Hnifa. 
 

SALEM REMANE


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