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Culture / Culture

L’engagement révolutionnaire du célèbre écrivain

“La face cachée de Mammeri”

© D. R.

Les éditions Koukou rééditent, à l’occasion du 32e anniversaire de la disparition de l’écrivain, l’ouvrage “La Face cachée de Mammeri”. Ce recueil d’articles, d’entretiens et d’archives de Tassadit Yacine, à paraître jeudi prochain, dévoile un côté méconnu de l’“amusnaw”, celui de son engagement pour l’indépendance algérienne, ses pamphlets contre le colonialisme dans le journal des Libéraux et sa cavale durant la guerre de Libération.

C’est à l’occasion du 32e anniversaire de la disparition de l’amusnaw que les éditions Koukou rééditent un ouvrage intitulé La Face cachée de Mammeri. À paraître jeudi prochain, ce livre, d’abord publié en France et au Maroc, est un recueil de textes, d’entretiens et d’archives inédites de Tassadit Yacine, anthropologue et cofondatrice avec l’auteur de La Colline oubliée de la revue Awal.

Et c’est Hafid Adnani, journaliste et président de l’association Tamusni, qui a recueilli et annoté les écrits de Yacine, publiés du vivant et après la disparition de Mammeri.  La liberté, l’identité et la transmission ont été les socles de son œuvre et de sa vie. Souvent, la figure de l’intellectuel venait se confondre avec celle de l’homme, dans le long chemin que fut celui de la revendication de la culture berbère, en général, et kabyle, en particulier.

De Mammeri, nous connaissons en effet le long combat identitaire, mais qu’en est-il de son côté moins médiatisé ? Son engagement par exemple auprès du FLN, pour lequel il rédigeait des rapports adressés à l’ONU, ses pamphlets – sous pseudonyme – contre le colonialisme dans le journal des Libéraux et sa cavale durant la guerre de Libération. L’entretien de Tassadit Yacine avec Tahar Ousseddik montre bien l’engagement sans borne de Mammeri pour l’indépendance algérienne.

Un fait méconnu, celui de l’implication directe de l’écrivain lors de la guerre, est relaté en présence de l’anthropologue en 1988, à la terrasse d’un café d’Alger. Ousseddik, qui s’était porté volontaire pour combattre le nazisme à la Seconde Guerre mondiale, rejoint le PPA-MTLD puis le FLN pour combattre cette fois-ci les Français. Il fit pour la première fois la connaissance de Mammeri, qui était alors dans la Fédération des Libéraux. “Mammeri habitait juste au-dessus de Saïd, un de mes parents, C’est là qu’on s’est connu pour la première fois (…).” “Le FLN avait besoin alors de réaliser l’unité, dit-il.

J’avais pensé à Mammeri que je connaissais personnellement. En ce temps-là, le parti voulait noyauter les Libéraux.” Mammeri avait pour mission de rédiger des rapports accablant la France, pour le compte de M’hamed Yazid, alors porte-parole du FLN à l’ONU. Oussedik sera arrêté le 4 février 1957. Il avoue la complicité de Mammeri qui s’était réfugié entre-temps chez des amis français.

Les textes de Yacine relatent, par ailleurs, L’Affaire Mammeri, enclenchée par le Comité national des écrivains, qui demandait au gouvernement français des comptes à propos du sort réservé à l’anthropologue. Pourtant, Mammeri ne mettra jamais en avant, comme l’explique Yacine, ce pan ô combien crucial de sa vie.

Pour lui, la question politique se vivait par des actes et des réflexions. Elle relevait “de convictions profondes”, que rien ni personne ne pouvait ébranler. “Engagé sans être militant”, pressentant peut-être la tournure qu’allaient prendre les choses après l’indépendance, il tenait à rester dans l’ombre, loin de l’embrigadement systémique ou partisan qui allait happer bon nombre de militants de sa génération.

La même prévoyance marquera son œuvre d’ailleurs, face au devoir qui allait être le sien, celui de la sauvegarde de sa langue et de sa culture. Le romancier porta haut, face à deux prédominances que furent celles du colonialisme et du système post-indépendantiste, la réalité de son peuple, en l’extirpant du folklore et de l’oubli qui lui étaient prédestinés. Aussi, chez Mouloud, fils de Salem, aheddad l fetta (forgeron de l’argent) et amusnaw, la prise de conscience du “fait” berbère commence très tôt.

À 19 ans, relate Tassadit Yacine dans l’entretien inédit avec Adnani, il écrit l’article fondateur, La Société berbère, à la demande de son professeur de philosophie, Jean Grenier. L’article sera publié en 1938-39 dans la revue Aguedal, dirigée alors par Henri Bosco, à Rabat.

Ce texte, d’une grande maturité, sera le gouvernail de sa riche carrière à venir. Mammeri dira, rétrospectivement dans un entretien accordé en 1988 à Yacine, que ce texte était une façon de dire : “Nous sommes toujours vivants, mais pourquoi n’avons-nous pas été pleinement nous-mêmes puisque l’histoire s’écrit sans nous ? Ce sont les autres qui la font même quand c’est avec nous.”

Sa précocité, son érudition et “sa grande connaissance des lettres classiques” lui font réaliser le danger qui menace sa culture, “dans un monde où il n’était pas aisé de résister précisément au temps et au jeu inéluctable des rapports de force”, note Yacine.

Son environnement et sa culture forgeront son caractère : libre et insoumis. Il était également, et c’est ce que les textes et les archives de Yacine mettent en lumière, un rassembleur qui fédérait autour de lui des personnes qui défendaient, comme lui, la cause de toute une vie.

Fût-elle pour l’indépendance de l’Algérie dans sa jeunesse avec ses compagnons d’infortune, la sauvegarde dans son pays, au Maroc et même au-delà (Le Mexique avec la pièce Le Banquet ou la mort absurde des Aztèques) d’une culture millénaire menacée.  
 

Yasmine AZZOUZ


Tassadit Yacine « La face cachée de Mammeri » textes recueillis par Hafid Adnani, éditions Koukou, 187 pp 800DA, 2021.


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