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Culture / Culture

…SOUFFLES…SOUFFLES…SOUFFLES…

La rentrée littéraire en Algérie : réchauffer la peau du tambour !

© D. R.

Réchauffer la peau du tambour ! Fermer une salle de cinéma ou la rouvrir, qu’importe, cela ne change en rien le quotidien algérien. Le citoyen lambda s’est habitué à vivre comme ça, sans film dans une salle de projection publique, sans livre et sans galerie d’art… 

Depuis 20 ans, un peu plus, on n’a pas arrêté de chanter, de rechanter, la chanson connue et reconnue. La même chanson rouillée qui tourne sur un ancien phonographe enrhumé : la restauration des salles de cinéma. La rénovation des salles de cinéma. La récupération des salles de cinéma par le ministère de la Culture. L’équipement des salles de cinéma avec des appareils adéquats. Les APC doivent céder les salles de cinéma au ministère de la Culture. Qui va gérer ces salles de cinéma récupérées par le ministère ? Les APC ne veulent pas céder leurs salles de cinéma au ministère de la culture. Il faut prévoir un budget pour la prise en charge de ces salles de cinéma. Il faut privatiser ces salles de cinéma. Non, plutôt il faut les donner à des jeunes cinéphiles pour les gérer. Pour des associations des cinéphiles. Créer des coopératives culturelles cinématographiques. Il nous faut un nouveau statut pour ces salles de cinéma. Il faut rectifier la restauration des salles de cinéma déjà restaurées en plusieurs fois. Il faut une restauration selon les normes. Le plafond s’est effondré. Les sièges déjà achetés ne sont pas conformes. Et le temps passe. Et les générations passent. Et le discours ronronnant demeure.  

Au moins, deux générations d’Algériens, hommes comme femmes, n’ont jamais mis les pieds dans une salle de cinéma. Deux générations n’ont jamais connu le plaisir de l’obscurité en regardant un film dans une ambiance de groupe. La magie de l’écran. Ceux et celles qui ont 30 ans aujourd’hui, même un peu plus, n’ont jamais vu un film dans une salle de cinéma, à Alger, à Oran, à Constantine, à Annaba, à Béjaïa, à Tlemcen, à Saïda, à Biskra, à Jijel, à Skikda, à Bouira, à Sidi Bel-Abbès, à Témouchent… et j’en passe. C’est fou. Cela se passe dans un pays qui jadis possédait le plus riche patrimoine en Afrique et un des meilleurs dans la Méditerranée, plus de 700 salles de projection. Des bijoux architecturaux.    

Le cinéma n’est plus le souci de l’Algérien d’aujourd’hui. Il n’a jamais connu son plaisir et sa poésie. Et son économie, bien sûr. La France, à titre d’exemple, enregistre plus de 800 000 entrées du cinéma par jour.
Le Salon international du livre (Sila), qui d’habitude se tenait annuellement à la fin octobre à Alger, personne n’en parle. Dans l’oubliette ! Et c’est normal. Un peuple qui vit avec “normal” son anormalité culturelle. Qui vit avec “ça va” dans un pays où rien ne va, culturellement. Dans notre pays, fermer une bibliothèque ou une librairie ou les rouvrir cela ne change en rien le comportement d’un Algérien. Le livre n’a de place que le coin de la table, le coin de la vie quotidienne. 

Des villes, nos villes, les grandes et les moyennes, et les villages n’ont jamais connu une librairie, une véritable librairie ! La librairie est devenue l’espace où se vend les cigarettes, quelques journaux, les shampoings contrefaits, les bonbons et flexy mobile… Le livre dans l’imaginaire du citoyen de la cité se résume dans l’image du parascolaire. Lire c’est apprendre la leçon demandée par son maître d’école.
Fermer une bibliothèque ou la laisser ouverte, peu importe, cela ne va pas bouleverser la vie d’un Algérien. Et c’est triste ! Le livre n’est qu’une plus-value.      

Quelques milliers d’Algériens lisent encore, heureusement. Ils attendent la rentrée littéraire française qui chaque année nous présente quelques écrivains algériens. En cette rentrée littéraire 2021, par exemple, on trouve Azouz Begag avec son nouveau roman L’arbre ou la maison, Salim Bachi avec La peau des nuits cubaines, Anouar Benmalek avec L’amour au temps des scélérats… 

Chez nous, bien que nous ayons de belles plumes en arabe, en tamazight et en français nos maisons d’édition sont muettes. Frappées par la crise, elles meurent à petit feu. Rien à proposer aux lecteurs ou presque. Et c’est normal ! Le silence mortifère.
La situation est catastrophique, triste. Mais aucun bilan économique du secteur culturel. Aucun bilan culturel. La situation est alarmante. Aucune analyse courageuse de cette crise structurelle. La situation est chaotique. Aucun programme d’urgence concret de la part de l’État, proposant une aide fiable et nécessaire au secteur sinistré de l’édition et de la chaîne du livre en général.

Il est impossible de faire de la politique sans la culture libre. Impossible d’assurer la santé publique sans la culture créative. Impossible de créer un bon citoyen positif sans la culture des lumières. La culture critique est l’investissement durable pour un futur rayonnant.

 


A. Z.
[email protected]


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