Culture LA CHRONIQUE LITTÉRAIRE DE BENAOUDA LEBDAI

Les écrivaines algériennes au-delà du 8 Mars

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Benaouda LEBDAI Publié 07 Mars 2022 à 14:27

© D. R.
© D. R.

La Journée de la défense des droits de la femme ne devrait pas être une journée anodine, car les femmes ne bénéficient pas des mêmes droits que les hommes dans de nombreux pays africains, du Nord au Sud, même s’il y a des femmes présidentes, des femmes ministres.

En effet, le quotidien de la majorité des femmes africaines reste difficile à cause du machisme agressif ambiant. De l’Afrique du Nord à l’Afrique du Sud, de l’Est à l’Ouest, les femmes luttent pour conquérir une place active dans la société, grâce à leur scolarité et grâce aux associations. La question de la place des Algériennes dans le domaine littéraire est aujourd’hui une réalité, même si les Algériennes ne sont pas nombreuses à s’imposer dans un milieu occupé par les hommes comme le prouvent les statistiques.

Toutefois, il faut rappeler que les écrivains hommes ont toujours défendu la cause des femmes, dans leurs écrits et leurs prises de position publiques. Néanmoins, dans leurs textes, les romanciers créent des personnages féminins selon leur vision du monde en soulignant que le plus féministe d’entre eux reste pour moi Rachid Boudjedra qui a su donner au personnage féminin toute la dimension qu’il mérite comme celui de la sublime et indépendante Selma dans Le Démantèlement. 

Chez d’autres écrivains, la femme algérienne est dépeinte avec toute la force qui la caractérise comme par Boualem Sansal, Yasmina Khadra. Les prises de position en faveur des femmes de Kamel Daoud ou Amine Zaoui sont fortes et significatives. Mais les écrivaines sont celles qui décrivent le mieux la situation des femmes. Force est de constater qu’une dizaine de romancières se sont imposées dans le paysage culturel et qui ont produit des œuvres. La plus prolifique est, sans conteste, Assia Djebar qui a été élue à l’Académie française en 2005, une reconnaissance méritée. Elle a publié sans discontinuer depuis 1958, apportant aux lettres algériennes leurs lettres de noblesse.

De La soif aux Femmes d’Alger dans leurs appartements, de La Femme sans sépulture à La maison de mon père, Assia Djebar publia 17 romans dans lesquels elle aborde le rapport de la femme à l’histoire ; à ce propos, elle avait eu cette formule : “En Algérie, même une pierre serait féministe”. Malika Mokkadem est une romancière également prolifique. Elle publie à un rythme soutenu où l’écriture de l’intime prédomine et où la révolte gronde. Nina Bouraoui brise les tabous avec son écriture intimiste où le “je” prend toute sa place ; le lecteur est pris alors dans un charivari de mots et d’association d’idées qui le happe et ne le lâche pas tant les phrases s’enchaînent sans fin.

Taos Amrouche avec Le grain magique avec des contes et proverbes berbères, ainsi que des romans comme L’amant imaginaire un titre qui défie les tabous dans un texte de bonne tenue. Yamina Mechakra qui a marqué les lettres algériennes avec La grotte éclatée. Aïcha Lemsine publia dans les années 1980 La Chrysalide et Ordalies des Voix où la femme en devenir s’exprime. Maïssa Bey est, sans conteste, celle qui a su s’imposer ces dernières années avec une écriture riche et littérairement de bonne tenue.

Elle met en récit des vies de femmes toujours en action, décrivant leur témérité et leur détermination à vouloir gérer leur vie comme elles l’entendent, y compris les violences faites aux femmes comme dans Nulle autre voix. Leila Marouane, au talent de conteuse, dérange à travers ses écrits contre l’intolérance. Zineb Laouedj, Ghania Hammadou ou Hafsa Zinaï-Koudil se sont exprimées lors de la décennie noire, car les Algériennes furent celles qui ont le plus publié, car victimes d’un système d’un autre âge. 

Lorsque Hafsa Zinaï-Koudil dépeint les “sans voix” elle démontre qu’elle en a une, pour dire que toutes les Algériennes doivent être audibles. Toutes ont réagi avec force pour dénoncer l’intégrisme en offrant au monde une image moderne, positive de l’Algérie. Fadéla M’rabet, première féministe algérienne, écrit des récits de vie sans concession.

D’autres encore, Zehira Houfani, Leila Aslaoui, Myriam Ben, Malika Allel, Hawa Djabali, Nadia Ghalem, Nina Hayat, Leila Nekachtali, Ratiba Naït-Sâada, avec Le sang de la face, publié en 2001, Nadia Sebkhi, Zhor Zerari ou Latifa Benmansour publient également selon leur rythme pour pousser des cris de colère et se raconter de l’intérieur. Les Algériennes expriment un mal-être dans une société souvent sclérosée, mais dans le même temps, elles disent une société qui avance grâce à la ténacité des femmes.

De nouvelles voix se font entendre comme Amina Mekahli, Salima Mimoun, Lynda Chouiten qui a reçu le Prix Assia-Djebar, Djamila Abdelli-Labiod, Hadjer Bali, Meriem Guemache, Keltoum Defous, Samira Negrouche, Leïla Hamoutène, Leïla Mallem ou encore Hedia Bensahli. Les Algériennes conversent et mettent en scène leurs frustrations, leurs désespoirs, leurs espoirs aussi, de par le fait qu’elles décrivent leurs désirs et leurs rêves à travers leurs exigences d’une Algérie ouverte au monde et véritablement moderne. Leur écriture est celle de la mémoire, du présent et de l’avenir. 

Les récits sont fictionnels, autobiographiques ou autofictionnels. Ce qui est sûr, c’est que le “je” y est fortement présent, démontrant la volonté de s’affirmer, de dire qu’elles forment la moitié de la population algérienne, qu’elles ont droit au chapitre. L’écriture des femmes dénonce les traditions étriquées et le fondamentalisme religieux qui relègunt la femme au second plan. 

Elles placent au centre de leurs récits une identité volontairement moderne et complexe en accord avec le 21e siècle. La littérature écrite par les femmes démontre leur présence dans une société qu’elles veulent faire bouger. Les Algériennes sont celles qui s’expriment avec force en Afrique, abordant sans tabou tous les sujets, car toutes savent ce qu’est l’horreur de l’enfermement et du mépris. Elles savent ce que pouvait être le fanatisme religieux et c’est dans ce sens qu’elles se battent avec élégance et finesse contre toute société coercitive. 

D’un mot, elles refusent d’être des éternelles mineures, d’être infantilisées, muselées, d’où le foisonnement et l’énergie d’une production littéraire de haute tenue à la hauteur de leurs attentes et de leurs souhaits et, pour cela, leurs textes doivent être lus.
 

B. L.

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