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Culture / Culture

Nina Bouraoui, romancière

“L’exil de soi est pire qu’un exil politique”

© D.R

C’est lors d’une rencontre littéraire organisée par la librairie Kléber que Nina Bouraoui est revenue sur son dernier roman, “Satisfaction” (J.-C. Lattès, 2021). À travers le personnage de Mme Akli, mariée à un Algérien au sortir de la guerre de Libération, l’écrivaine (ré)explore les espoirs déçus, l’amour qui se défait, le déracinement. Elle y évoque aussi “l’exil de soi”, vécu par sa narratrice comme un déchirement.

La romancière franco-algérienne Nina Bouraoui et la sociologue et écrivaine Kaoutar Harchi étaient les hôtes de la librairie Kléber (Strasbourg) dans le cadre de ses “Bibliothèques idéales”. Ce programme de rencontres littéraires, débats, projections et récitals s’étalant sur une dizaine de jours a vu défiler, du 2 au 12 septembre dans trois lieux différents (Cité de la musique et de la danse, médiathèques et librairies de Strasbourg) plusieurs grands noms de la littérature française et francophone, de la philosophie et des arts. Après David Diop, Raphaël Glucksmann et Azouz Begag, l’autrice de La Voyeuse interdite a pris part, aux côtés de l’écrivaine Kaoutar Harchi, à une rencontre autour de leurs écritures respectives et de leurs dernières publications : Comme nous existons (Actes Sud, 2021) de la sociologue, et Satisfaction (J.-C. Lattès, 2021) de Bouraoui.

Cette dernière plante le décor de son œuvre dans l’Alger des années 1970, ses plages, l’immeuble Shell et, à travers le personnage de Mme Akli, les espoirs déçus, l’amour qui se défait, le déracinement, le rejet de l’Autre... Bien que s’éloignant quelque peu de ses repères autofictionnels comme dans Avant les hommes ou Mes mauvaises pensées, les thèmes obsédants de Bouraoui persistent. L’identité ambiguë de l’un de ses personnages et ami du fils de Mme Akli, l’homosexualité, la culture de l’entre-deux rappellent sa période Poupée Bella ou Garçon manqué. De Satisfaction, l’écrivaine dit aussi qu’“il est un théâtre, une scène. Il dit la fragilité et la mélancolie de ces années algériennes qui se préparent au pire, dit comment une communauté française ne peut s’intégrer dans un pays juste après une guerre”. 

La fascination de Bouraoui pour ce qu’elle appelle “l’exil de soi” est vécu ici par Mme Akli, qui laisse derrière elle toute une vie en France pour s’installer en Algérie. Mais, dans sa terre d’accueil, elle se perdra elle-même : “Dans tous mes livres je suis fascinée par les gens qui renoncent. Ce n’est pas un acte de passivité, c’est une sorte de révolution inerte.” Il y est aussi question des années 1990 et des changements qui commencent déjà à poindre en cette fin des années 1970-début 1980 : “Dans le livre, l’Algérie est très marquée par la guerre d’Indépendance, mais une autre guerre, sournoise, se prépare, ce qu’on a nommé la décennie Noire. Je crois que Mme Akli incarne l’inconscience ou peut-être la conscience de ce pays.” Au sujet de son parcours littéraire, durant lequel elle a publié plus de vingt romans traduits dans une quinzaine de langues, Nina Bouraoui note : “Je ne regarde jamais en arrière, je suis toujours tendue vers l’avenir. J’ai toujours peur du prochain livre. Pour moi, le but et l’expérience de l’écriture sont qu’elle ne s’arrête jamais, qu’elle se renouvelle et qu’elle soit novatrice, en dépit de la permanence des obsessions, des sujets et des lieux, parce qu’on se réécrit à chaque fois.” Dans un autre registre, Kaoutar Harchi, dans une entreprise à mi-chemin entre le travail sociologique et littéraire, tente de transcrire et comprendre sa place et celle des jeunes Maghrébins et musulmans dans la société française. 

Pour l’autrice, la littérature est une intervention sur le réel, à partir de sa propre expérience et de celle de sa communauté. “Le surgissement de l’expérience est lié à quelque chose qu’on peut nommer ordre social, patriarcal, les structures racistes ou le mépris de classes. C’est en cela que la frontière entre le ‘Je’ et le ‘Nous’ est une frontière extrêmement poreuse que j’ai aimée traverser. Je n’ai jamais vécu ces choses-là seules, il y avait une forme de répétition dans l’expérience, dans le cadre de l’insulte sexiste ou raciste, c’est quelque chose qui forge ce que peut signifier être une femme, féminisée ou identifiée comme une personne arabe”, a-t-elle affirmé. 

 


Yasmine Azzouz 


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