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Culture / Culture

Il a consacré une partie de sa vie à la recherche sur la culture et la langue amazighes

L’œuvre de Haddadou revisitée par les universitaires

© D.R

Le Centre de recherche en langue et culture amazighes (CRLCA) de Béjaïa a célébré Yennayer 2972 par un hommage au défunt professeur Mohand Akli Haddadou, décédé le 19 novembre 2018. La journée d’étude, intitulée “Mohand Akli Haddadou : une œuvre, un apport, un repère”, a réuni des enseignants chercheurs en littérature et culture amazighes, qui ont connu et travaillé avec le défunt.

Mohand Akli Haddadou était professeur de linguistique amazighe, reconnu par ses pairs. Il était reconnu pour son apport, indéniable, à la préservation du patrimoine amazigh. L’ensemble des conférenciers, intervenus lors de la journée d’étude dédiée à ses travaux, étaient unanimes en effet à dire la place qu’il occupe dans le domaine de la recherche en langue et culture amazighes, plus singulièrement en linguistique.

Pour le Pr Imarazène Moussa, enseignant chercheur de langue amazighe à l’université de Tizi Ouzou, le défunt a laissé une œuvre importante et pluridisciplinaire : “Il a touché à la lexicographie, à la toponymie, à la littérature, à la civilisation, etc. Il a publié deux dictionnaires (le premier va paraître cette année 2022, confirmera son fils Mehdi, présent lors de cette journée d’étude, le deuxième un peu plus tard). Comme il s’agissait d’un travail inachevé à 100%, ses enfants et sa défunte épouse Nadia, décédée il y a six mois, sont venus me voir en vue de le finaliser.” Un travail qu’il a entrepris avec “un immense plaisir. Mohand Akli était un collègue et surtout un ami de longue date. Et qui m’a soutenu lorsque j’en avais besoin”.

Le Pr Imarazène en parlait d’ailleurs avec beaucoup d’émotion. Quant à ses autres travaux – dictionnaires, guides, articles et ouvrages académiques, “c’était un touche-à-tout” –, ses enfants ont décidé, a indiqué le Pr Imarazène, de les rendre accessibles sur le Net. C’est ainsi qu’ils envisagent de pérenniser l’œuvre de leur défunt père.Une autre intervenante, qui a connu et travaillé avec le défunt, le Dr Lydia Guerchouch, enseignante en linguistique amazighe et vice-doyenne de la faculté des lettres et des langues de Tizi Ouzou, dira d’emblée : “C’était surtout un enseignant chercheur qui était très proche de ses étudiants.” Elle en parle en connaissance de cause.

Il a été son directeur de thèse. Forcément, elle l’a connu et a eu sans doute à le subir. Mais ce n’est pas le cas. “Contrairement aux autres directeurs de thèse, lui, il n’était pas du tout dirigiste. Il était à l’écoute de ses doctorants. Mais ceux-ci doivent savoir défendre leur point de vue. Il était ouvert, certes, mais le doctorant ou l’étudiant doit argumenter s’il veut que son idée soit acceptée.”

Une chose est sûre, poursuivra-t-elle avec insistance, “il savait transmettre ses connaissances en donnant l’essentiel de lui-même. Ce n’est pas par hasard, ajoutera-t-elle, que la plupart des étudiants préféraient taper à sa porte afin qu’il dirige leurs thèses. Il était tellement débordé qu’il était obligé de refuser de diriger certaines thèses”. L’universitaire Lydia Guerchouch a eu à faire l’analyse critique d’un de ses dictionnaires, à savoir le Dictionnaire des racines berbères communes. Celui-ci a révélé le travail de fourmi qu’il avait élaboré, en allant chercher dans plusieurs dialectes, y compris les moins étudiés, qu’il avait regroupés dans cinq zones. “La zone 1, dialecte du Sud touareg (Ahaggar, Touat, Ghat, Niger, Mali…) ; la zone 2, dialectes orientaux (Siwa, Égypte, Libye) ; la zone 3, dialectes Nord saharien (M’zab, Ouargla, Gourara) ; la zone 5, Zenaga (Mauritanie). Ce dictionnaire regorge de secrets et de surprises lorsqu’il nous fait découvrir combien elles sont fines les frontières colossales que nous avons tracées entre les dialectes de la langue berbère. 1 023 racines appartenant à un lexique fondamental présentent ces rapprochements et que le professeur a dû déceler à partir d’un travail minutieux.”

La journée d’étude a regroupé en outre de nombreux chercheurs qui ont saisi cette opportunité pour revisiter l’œuvre du professeur Haddadou, dans sa pluridisciplinarité et sa diversité. Les objectifs de cette journée d’étude sont : “L’apport du Pr Haddadou pour la valorisation et la préservation du patrimoine amazigh et son importance dans le domaine des études amazighes” ; “Lecture et relecture critique des travaux du Pr Haddadou” ; “Haddadou, un scientifique pluridisciplinaire” et enfin “Des hommes et des témoignages”.

 

 


M. OUYOUGOUTE


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