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Culture / Culture

DAHO DJERBAL, HISTORIEN

“On n’écrit pas l’Histoire avec une gomme”

© Archives Liberté

C’est  avec  la  satisfaction  du  devoir  accompli  que  l’historien Daho Djerbal s’est présenté à la conférence-débat, animée mardi 23 novembre à la bibliothèque El-Chihab, à Bab El-Oued (Alger), pour présenter son ouvrage “Lakhdar Bentobbal. Mémoires de l’intérieur”.

L’historien venait, enfin, mettre entre les mains de tous ceux qui s’intéressent au mouvement national un document historique précieux et exceptionnel, pour reprendre le mot du journaliste Nordine Azouz, modérateur des débats, écrit sur la base des témoignages d’un acteur de premier plan de la révolution algérienne et, à l’époque, dernier survivant des trois membres du Comité interministériel  de  guerre (CIG), composé  de  Lakhdar  Bentobbal, de Abdelhafid Boussouf et de Belkacem Krim.

Ensuite, cet ouvrage est le fruit de six années de dur labeur et qui n’a pu voir la lumière que trente-cinq ans après sa rédaction. “Pendant six ans, on a enregistré puis transcrit les témoignages. Aucune ligne n’a été omise dans le document soumis à l’autorité de Lakhdar Bentobbal”, a-t-il assuré.

Ce volumineux ouvrage contient donc les témoignages et la vision du dernier survivant du Comité interministériel de guerre (CIG), qui était alors une sorte de boîte noire de la révolution algérienne.

Le premier tome parle du mouvement national, du PPA/MTLD, de la guerre de Libération, mais aussi des purges et des luttes intestines qui ont émaillé la révolution algérienne, des divergences entre ses acteurs, du congrès de la Soummam, du sort de Chihani Bachir et de celui des chefs des Aurès, etc.

On a eu un point de principe : aucune omission et aucune dérobade par rapport aux faits. “Ce que je peux attester, c’est que tout a été dit de ce qui pouvait être dit à ce moment-là”, a soutenu Daho Djerbal, avant de préciser : “C’est le politique qui parle et non pas le porteur d’arme.”

Le livre devait être édité par l’ancienne maison d’édition Sned qui avait demandé à Lakhdar Bentobbal d’effacer certains noms pour pouvoir le sortir. “On n’écrit pas l’histoire avec une gomme”, avait alors rétorqué Lakhdar Bentobbal. Qu’en est-il de l’assassinat de l’architecte du congrès de la Soummam, Abane Ramdane, à savoir les fameux “3 B” (Lakhdar Bentobbal, Abdelhafid Boussouf et Krim Belkacem) ?

“Il y a des termes que je refuse d’utiliser, comme les ‘3 B’. C’est une notion produite par la presse étrangère, Yves Courrière notamment. Si on écrit notre histoire à travers une grille de lecture étrangère, nous sommes à côté de notre histoire”, a-t-il remarqué, avant de préciser que l’affaire de l’enfant de Azouza sera abordée dans le second tome, puisque le premier ne retrace qu’une partie du parcours de l’ancien ministre de l’Intérieur du GPRA, à savoir de sa naissance jusqu’à son départ à Tunis à l’été 1957. 

Comment avait-il eu l’idée d’écrire les mémoires de Lakhdar Bentobbal ? Deux faits importants ont poussé Daho Djerbal à aller à la rencontre de cet acteur de l’histoire. “D’abord, la mort de l’ancien président Houari Boumediene. L’opinion publique algérienne était opposée au coup d’État et à Boumediene. Mais à la mort de celui-ci, des centaines de milliers d’Algériens avaient suivi son cercueil à El-Alia. C’est un phénomène de bascule, un moment historique qui nécessitait une traduction. C’était une remise en cause de tout ce qu’a été pensé ou écrit avant ce moment-là”, a-t-il expliqué. “En tant qu’universitaire, on s’était complètement trompé, on ne connaissait pas notre société. D’où la décision d’aller vers ceux qui ont affronté le terrain et les militants du mouvement national, surtout indépendantiste. C’était le premier point de rupture dans le regard qu’on avait sur la politique, la société et le peuple algérien”, a-t-il ajouté. 

Deuxième fait à l’origine de cet ouvrage : la divergence fondamentale, voire le moment de rupture qu’avait eu Daho Djerbal, en 1980, à l’occasion d’un séminaire tenu à Oran, avec ses maîtres Charles-Robert Ageron, René Gallissot, etc., au sujet de l’écriture de l’histoire.

Pour ces derniers, on ne pouvait écrire l’histoire qu’à travers l’archive écrite qui devait être utilisée par l’historien. Ce qui n’était pas l’avis de Daho Djerbal, qui défendait l’importance de recueillir la parole jusqu’ici inaudible des acteurs de la révolution algérienne pour faire, en quelque sorte, contrepoids aux documents de l’administration et des officiers militaires coloniaux.

“On a ouvert une brèche. On a accumulé un document oral qu’on peut confronter au document écrit. On lui a appliqué la même méthode critique”, a précisé l’historien. C’est ainsi que ce dernier a commencé à recueillir les témoignages de beaucoup d’acteurs politiques (Ali Kafi, Ahmed Bouda, etc.). 

“Je m’étonne que des universitaires et intellectuels algériens n’aient pas fait l’effort d’aller recueillir les témoignages des acteurs qui sont encore vivants”, a glissé Daho Djerbal. Nuance : nombre d’intellectuels ont écrit sur certains grands acteurs de la révolution algérienne. Le journaliste Abdelaziz Boubakir a écrit les mémoires de l’ancien président et officier de l’ALN Chadli Bendjedid ; ou encore Belaïd Abane a écrit plusieurs livres sur son oncle Abane Ramdane. 

Pour revenir aux mémoires de Lakhdar Bentobbal, l’historien a reconnu avoir bénéficié du précieux concours de l’anthropologue Slimane Benoune, agent de liaison de Bentobbal avec le CEE pendant la révolution, qui lui avait facilité l’accès au chef de la Wilaya II historique. Précision : l’historien a un différend avec la famille de Lakhdar Bentobbal, qui ne voulait pas que le nom figure dans le livre, puisqu’il s’agit du récit de la vie du révolutionnaire. L’affaire est en justice. 
 

Arab C.

 

 

Vente dédicace
La librairie du Tiers-Monde reçoit
DAHO DJERBAL
pour la signature de son ouvrage
«Lakhdar Bentobbal»
Mémoires de l’intérieur

Editions Chihab
Jeudi 25 novembre 2021 à partir de 14h.

Soyez les bienvenus(es)

 

 

 


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