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Culture / Culture

Conversation

Tassadit yacine et Tahar Oussedik

Tahar Oussedik / Tassadit Yacine © D. R.

Cet entretien a été réalisé en mai 1988 à Alger à la terrasse d’un café en présence de Mouloud Mammeri qui a tenu à ce qu’il n’en soit relaté que l’essentiel.

Tassadit Yacine : Je sais que vous connaissiez depuis longtemps Mouloud Mammeri... Pouvez-vous relater pour les lecteurs d’Awal l’épisode de Mammeri pendant la Guerre de libération ? Si mes souvenirs sont bons, Mammeri était alors dans la Fédération des Libéraux, tandis que vous vous étiez au FLN.

Tahar Oussedik : Mammeri habitait juste au-dessus de Saïd, un de mes parents. C’est là qu’on s’est connus pour la première fois, chez Saïd. Mais deux ou trois jours après, je me suis rendu chez lui. On a parlé des Libéraux... Il y avait parmi eux des gens que nous connaissions. Le FLN avait besoin alors de réaliser l’unité. J’avais pensé à Mammeri que je connaissais personnellement. En ce temps-là, le parti voulait noyauter les Libéraux.

T. Y. : Mammeri était connu dans votre organisation ?
T. O. : Oui, puisqu’on m’a donné un mot de passe lors de mon passage chez lui, et c’est pour cette même raison que j’ai tout de suite accepté.
T. Y. : Le mot de passe avait alors une telle importance ?
T. O. : Oui, c’était un signe de reconnaissance, d’adhésion.
Mammeri a eu quand même un peu d’émotion. Il a d’abord souri en me voyant... puis, quand j’ai donné le mot de passe, il a ouvert de grands yeux et m’a fait entrer... Je lui ai demandé s’il voulait qu’on lui change de nom. Il a dit qu’il en avait déjà un...
T.  Y. : Brahim Bouakkaz ?
T. O. : Oui, c’est bien ça... On le lui a gardé.
À l’époque, j’avais le Nord (depuis Bouzarea jusqu’à Bab El-Oued).
T. Y. : Comment perceviez-vous les Libéraux ?
T. O. : Je n’avais pas à les percevoir.
T. Y. : Il ne s’agit pas de vous individuellement, mais du Parti...
T. O. : Nous les respections parce qu’ils faisaient un travail utile.
Ils gagnaient à la cause algérienne les Européens. Nous avions besoin de cette force. Il ne faut pas croire que le FLN était composé de gens obtus, fermés.
T. Y. : Mammeri était le seul parmi les Libéraux à être avec vous ?
Et les autres ?
T. O. : Je le connaissais en tant que Libéral.
T. Y. : Il y avait aussi Roblès, Bonjean...
T. O. : Mais le parti a décidé de faire une opération réelle de noyautage.
T. Y. : Je crois que les Libéraux le savaient. Dans une discussion avec Roblès, j’ai appris qu’il avait proposé à Camus d’entrer dans la fédération. Camus refusa en disant qu’il y avait des gens du FLN.
Roblès dit alors : “FLN ! Mais ils le sont tous !” Roblès conclut en (me) disant que les Libéraux étaient entièrement acquis au FLN. Je voulais en venir à l’affaire Mammeri. Vous avez été arrêté et que s’est-il passé pour Mouloud Mammeri ?
T. O. : Lorsqu’un responsable est “pris”, il doit résister 48 à 72 heures... Moi, j’ai été arrêté le 4 février 1957 à 21h. C’étaient alors les bérets rouges... Au début j’étais inconscient puis ils m’avaient jeté en cellule. Je disais “Mouloud que Dieu te protège ! ak-k-yesser Rebbi a Lmulud !” J’avais résisté tant que je pouvais jusqu’à jeudi (midi) ; et je dis alors : Mouloud Mammeri me payait 5 000 f par mois. L’alerte fut alors donnée : “Rassemblement immédiat !” 

Les escaliers vibraient, ça courait dans tous les sens... Ils se rendirent d’abord à la villa de son oncle. En arrivant, ils trouvèrent la maison ouverte et le sol jonché de papiers. Ils revinrent et me conduisirent tout de suite à la salle de tortures. (Pages 75-76).


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