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Culture / Culture

“Sekoura” du Théâtre régional de Souk Ahras

Un réquisitoire contre le machisme

© D. R.

Consacrée à une autre œuvre distinguée par le jury du dernier Festival national du théâtre professionnel, la deuxième soirée du Printemps théâtral de Constantine, qui revient après une éclipse de quatre années, a permis au public de découvrir la pièce Sekoura du TR de Souk Ahras.

Titillant avec hardiesse des tabous entretenus par un ordre établi, on ne peut plus doctrinaire et médisant, la pièce Sekoura offre une palette de transpositions qui vont au-delà des supplices subis par les femmes. 

Belle et rebelle, Sekoura incarne non seulement le combat résolu d’une héroïne meurtrie par les stigmatisations et le fanatisme de son entourage, mais aussi l’affront que doit surmonter une société en proie à la déliquescence. Effritement multiforme dénoncé haut et fort à un moment phare de la pièce par l’indocile Sekoura revendiquant ni plus ni moins que la lumière.

Une réplique qui renoue avec le genre théâtral avant-gardiste. Habilement interprété par la comédienne Loubna Noui, Sekoura, un nom qui évoque la beauté de la perdrix mais aussi le gibier prisé par les chasseurs, est en soi expressif.

Comme l’est d’ailleurs l’accoutrement élégant, tout en rouge, de la belle divorcée décidée d’en découdre avec les clichés – négatifs dans le langage photographique – au rabais que lui collent son entourage. Un combat acharné mené contre et envers son entourage pour pouvoir disposer de son destin et de s’émanciper.

Elle défend sa liaison comme on défend un amour propre. Liaison amoureuse avec un ressortissant d’un pays lointain, impensable et récusée d’emblée par sa société. “Chercher l’amour même en Chine”, répondit-elle. Tant qu’à faire, puisque l’on y cherche le savoir et... les bâtisseurs.

Sa perte ne sera pas moins significative que celle d’une société machiste et celle d’une nation qui marginalise ses propres ressources. Harcelée par sa belle-famille, Sekoura résiste et s’empêche de divulguer les raisons de sa rupture, quitte à subir l’opprobre jeté sur elle par cette dernière.

Dans un accès de colère, l’héroïne finit par céder et ô combien sera grande la stupéfaction de ce beau monde à la découverte de l’indignité de leur progéniture, le conjoint adulé et défendu par sa propre mère. D’autres facettes sont illustrées dans la pièce Sekoura, adaptée faut-il le rappeler du roman El-Malika (la reine) d’Amin Zaoui par Moulay Meliani Mourad Mohamed et mise en scène par Ali Djebbara.

Elles ont trait aux inquisitions policières ou encore aux sévices subis par des femmes enlevées et violées dans les maquis terroristes durant la décennie noire. Histoire dans l’histoire performée par Chaïma Ourad (la servante) qui contera son calvaire et son acceptation de l’enfant né du viol collectif qu’elle a enduré et dont elle a perdu la trace, mais qu’elle continuait de rechercher éperdument.

Une pléiade d’artistes a participé à cette production du TR de Souk Ahras, en compagnie de Loubna Noui, Michou et Chaïma Ourad, à savoir Ali Achi (le père), Riad Djefaflia (Abderrahmane), Brahim Helaïmia (Abdelkader), Samir Zafour (l’officier de police) et Zohir Atrous (le maire). Sekoura a, pour rappel, reçu au dernier FNTP pas moins de quatre prix pour Riad Djefaflia (meilleur espoir masculin), Chaïma Ourad (meilleur espoir féminin), Ali Djebbara (meilleure mise en scène) et Mohamed Zami (meilleure création musicale).
 

Kamel GHIMOUZE


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