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Culture / Culture

Jean El-Mouhoub Amrouche

Une vie dédiée à la poésie, la radio… et la politique

© D.R

Si le monde de la communication et du journalisme a célébré, en ce mois de mai la Journée mondiale de la liberté d’expression ; le devoir de mémoire interpelle néanmoins la corporation pour rendre hommage à ces grandes figures qui ne sont plus de ce monde. Jean El-Mouhoub Amrouche est l’un de ces hommes d'art et de plume à qui nous devons notre devoir de mémoire. Natif du village Ighil Ali, à Béjaïa, le 7 février 1906, il est connu pour son statut de journaliste littéraire, écrivain et homme de radio d'expression française. De confession chrétienne qu’il a héritée de ses parents, Belkacem Amrouche (1880-1958) et Fadhma Aït Mansour Amrouche (1882-1967), élevés par des catholiques qui les ont adoptés jusqu’à leur mariage vers 1898, il devait quitter la Kabylie en 1910 en compagnie de sa famille qui s’était résolue à s’installer dans la capitale Tunisienne, au sein du Protectorat français. Alors adolescent, El-Mouhoub montrait déjà des signes de dévotion pour ses études quand, en 1921, après de flamboyants résultats au collège Alaoui, il fut admis à l’École normale d’instituteurs de Tunis qu’il côtoyât durant trois années avant sa nomination, en 1924, en qualité d’instituteur à Sousse. En 1925, il intégra l’École normale supérieure de Saint-Cloud (Tunisie) pour une formation de trois années à l’issue de laquelle il décrocha le diplôme de professeur de lettres.

Durant les débuts de sa carrière professionnelle, avec le statut de professeur de lettres, il a sillonné trois établissements du palier secondaire respectivement à Sousse, Bône et Tunis où il s’est lié d’amitié avec le grand poète Armand Guibert qui l’a encouragé dans le domaine de la poésie, d’où la publication de plusieurs poèmes entre 1934 et 1937. C’est aussi durant cette période qu’il rencontre sa collègue Suzanne Molbert, professeure de lettres classiques dont la famille était installée à Alger depuis 1840, et qui deviendra, plus tard, son épouse. Entre 1938-1939 il intègre la station-radio Tunis-RTTD pour laquelle il avait réalisé  des diffusions littéraires. Vers la fin de la deuxième guerre mondiale, il revient en Algérie où il a travaillé pour Radio France, station qui succède à la vichyste Radio Alger, durant la période 1943-1945 à Alger et de 1945 à 1947 à Paris. Parallèlement à son activité au sein de cette station, Jean El-Mouhoub Amrouche a eu un rôle prépondérant au sein de la Radio nationale française (RTF)durant une quinzaine d’années, de 1944 à 1959, où il a eu à inviter des penseurs de renom à l’image de Gaston Bachelard, Roland Barthes, Maurice Merleau-Ponty, Edgar Morin, Jean Starobinski, Jean Wahl…, des poètes, romanciers et peintres comme  Claude Aveline, Georges-Emmanuel Clancier, Pierre Emmanuel, Max-Bol Fouchet, Jean Lescure, Kateb Yacine et Charles Lapicque. Cependant, Jean Amrouche a eu l’honneur d’inventer, durant la même période, un nouveau genre radiophonique caractérisé principalement par des entretiens de haut niveau.

À titre indicatif, on cite les trente-quatre entretiens avec l’écrivain André Gide quarante-deux entretiens avec le poète-dramaturge Paul Claudel, quarante entretiens avec l’écrivain François Mauriac et douze entretiens avec le poète Giuseppe Ungaretti. S’agissant du domaine littéraire, Jean Amrouche avait occupé le poste de directeur de la revue L'Arche, une revue mensuelle qu’il avait lui-même créée à Alger en 1944 avec Jacques Lassaigne, sous la houlette d’André Gide. Éditée par Edmond Charlot, elle était consacrée aux grands auteurs de la littérature française, dont Pierre Jean Jouve, Jean Lescure, Henri Michaux, Jean Paulhan, Francis Ponge, Antonin Artaud, Maurice Blanchot, Henri Bosco, Joé Bousquet, Roger Gaillois, Albert Camus, René Char, Jean Cocteau, André Gide, Julien Green… Sa carrière à la Radio nationale française a connu une interruption politique en 1959 quand Michel Debré, alors Premier ministre français, l’avait viré pour ses accointances avec les dirigeants du Front de libération nationale (FLN) pour lesquels il servait de médiateur avec le Général De Gaulle. Frère aîné de l’artiste-écrivaine Marguerite Taos Amrouche (1913-1976) et père de l’écrivain et antiquaire spécialisé en art africain, art primitif et art populaire, Pierre Amrouche, né en 1948 en France, Jean El-Mouhoub Amrouche, rongé par un cancer, tire sa révérence le 16 avril 1962, à l’âge de 56 ans, à Sargé-Sur-Braye en France, où il fut inhumé, à peine un mois après l’accord du cessez-le-feu du 19 mars 1962.

SALEM REMANE


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