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Culture / Culture

La question des harraga au centre du nouveau roman de Djamila Abdelli-Labiod

“Voir Ibiza et mourir”

© D. R.

Au-delà des questions matérielles qui poussent les harraga à jouer leur vie comme à la roulette russe, le roman de Djamila Abdelli-Labiod tente une introspection dans la psychologie complexe de ces aventuriers des temps modernes.

Survivre  pour  Ibiza.  C’est  sous  cet  intitulé que l’écrivaine Djamila Abdelli-Labiod vient de sortir, chez les éditions  Aframed, un nouveau roman traitant de la question de la  migration  clandestine, un sujet d’une  actualité brûlante. Tout au   long  de  ses 215 pages, le  livre  donne  à  lire  un  récit  des  plus fascinants qui met en lumière un phénomène devenu un fléau, tant il constitue un véritable piège pour une jeunesse abandonnée.

Entre rêve et mirage, espoir et désespoir, ambition et déception, Mourad, le héros  malgré  lui  d’une  histoire  dans  laquelle  peuvent  facilement  se reconnaître tant de jeunes comme lui, vogue au gré d’un destin sur lequel il n’a guère d’emprise. À l’image des jeunes de son âge, il tente de s’extirper d’une vie qui n’en est pas une. Décrochage scolaire, mal-être et absence de perspectives, de loisirs et de liberté, il broie du noir.

Jusqu’à ce qu’une étincelle vienne lui miroiter de flamboyants lendemains qui, en réalité, ne sont que le trompe-l’œil d’une vision fallacieuse de l’avenir. Ibiza. Il est vrai que l’île, située dans l’archipel espagnol des Baléares, renvoie l’image de l’Eldorado promis. Ce territoire, point de chute de la jet-set européenne et d’ailleurs, concentre, dans l’imaginaire de nos jeunes, l’estampe fantasmique du paradis sur terre, rêvé.

C’est donc pour “survivre pour Ibiza” que le jeune est prêt à tout. Même à mettre sa vie en danger dans les flots scélérats d’une Méditerranée devenue au fil des ans un tombeau ouvert qui engloutit impitoyablement les nouveaux aventuriers, avant de rejeter leurs cadavres sur les rivages comme de vulgaires carcasses.

Au-delà de l’histoire aux contours de drames racontée par Djamila Abdelli-Labiod, l’éditeur insiste, dans la quatrième de couverture du livre, sur le fait que l’auteure tend, en brossant le portrait de ces jeunes, à “engager le lecteur dans une réflexion sur les raisons de la migration et ses retombées pour l’avenir de son pays”.    

Au-delà des questions matérielles qui poussent les harraga à jouer leur vie comme à la roulette russe, le roman de Djamila Abdelli-Labiod tente une introspection dans la psychologie complexe de ces aventuriers des temps modernes. Mais, contrairement à ce qu’on pourrait penser, la harga est loin d’être le monopole des personnes en difficulté matérielle. Bien que pour la grande majorité les harraga viennent davantage de milieux populaires et populeux. Toutefois, tous les candidats à l’émigration clandestine ont un point commun : celui d’envie d’ailleurs.

Cet ailleurs censé leur ouvrir grands les bras et leur offrir vie confortable, liberté et épanouissement, que leur propre pays n’a pas pu leur assurer. Et ce sont ces rêves, qui ne sont souvent qu’illusions, qui guident le harrag, à l’image de Mourad, le personnage principal du roman de Djamila Abdelli-Labiod. Les Mourad, il en existe sans aucun doute des centaines, des milliers… Juste que certains d’entre eux arrivent à poser pied à terre dans cet Eldorado promis de l’autre côté de la Méditerranée, alors que beaucoup finissent engloutis dans l’insensible froid du large.
 

H. SAÏDANI     

Djamila Abdelli-Labiod, Voir Ibiza et mourir, éditions Aframed, 215 pages, 2020. 


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