Des Gens et des Faits 111e partie

“LE SERMENT”

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Taos M’HAND Publié 31 Juillet 2021 à 17:00

Résumé : Djamila ne vivait que dans l’attente des nouvelles du pays. Maître. B et Amel ne répondaient plus au téléphone. Elle commençait à délaisser ses enfants. Les remarques de sa belle-mère la mirent hors d’elle. Fayçal finit par lui apprendre que Maître. B était gravement malade. Djamila, bouleversée par la nouvelle, décida de rentrer au pays sans même prendre un congé, confiant ses enfants à sa belle-mère. Elle pria Djamel de ne pas la retenir. C’était plus fort qu’elle, elle devait rentrer au pays.

Djamila prit le premier vol le lendemain. Elle trouva le voyage très long et épuisant. En fait, elle n’avait pas fermé l’œil de toute la nuit, impatiente de voir l’aube arriver. Djamel aussi n’avait pas dormi. Même si ce voyage lui déplaisait, il n’avait pas tenté de la retenir. Il avait compris que c’était vital pour elle. Dès qu’elle sortit de l’avion, elle respira profondément l’air du pays. Il lui avait manqué. Elle le refit plusieurs fois. Un bien être s’empara d’elle. Elle ne se rendit pas compte tout de suite qu’elle pleurait. 
-Vous vous sentez mal ?
-Non, je vais bien… Je suis émotive, dit-elle au chauffeur de taxi qui l’emmenait à Alger-Centre. Emmenez-moi à l’hôtel Albert. 
De là, elle pourrait se rendre à pied chez Amel. Le temps de déposer ses affaires, de prendre un petit déjeuner et d’appeler sa belle-mère pour lui dire qu’elle était bien arrivée et afin de prendre des nouvelles de ses enfants. Elle sortit. Elle avait aussi appelé chez Amel, mais personne ne répondit. Elle décida de se rendre chez elle. Peut-être même que les voisins lui diront à quel hôpital se trouvait Maître. B ? Elle l’espérait de tout cœur. 
Lorsqu’elle arriva, elle tomba sur Amel qui raccompagnaient des visiteurs dehors. 
-C’est toi ? C’est vraiment toi ?, demanda-t-elle, n’en croyant pas ses yeux. Tu es revenue ? Quelqu’un t’a dit ?
-Non…
Djamila fondit en larmes, en devinant que Maître. B est décédé. Elles se firent un câlin dans l’entrée. Amel plus courageuse qu’elle, la réconforta. 
-J’ignorais… Je n’ai appris pour sa maladie qu’hier. Je voulais vous proposer notre aide, j’ai tant de peine. 
-Qu’il repose en paix. Qu’Allah me pardonne, mais il a fini de souffrir. Mon père priait pour quitter ce bas-monde. Prions pour son repos. 
-Inchallah, qu’il repose en paix. Quand est-il décédé ?
-Cela fait près de deux mois, lui apprit-elle. Nous avions loué un appartement près de la mer, loin de toute connaissance. Il avait fait ces adieux avant qu’on ne parte, avant que la maladie n’ait raison de lui. Il ne voulait pas que la famille, les amis le voient dans cet état, il avait sa fierté. Mon pauvre père s’est laissé mourir. Il n’aurait jamais supporté qu’on dise de lui “meskin” ni les regards de pitié, ni les mauvaises langues. Quelqu’un aurait pu le blesser, en disant que c’était bien fait pour lui. Comme tout le monde, il avait ses différents… Rebi yerehmou, il avait bon cœur, mais aussi du caractère. Il disait des vérités pas faciles à entendre, et cela créait des tensions.
-Moi, j’ai connu l’homme bon, humain et fidèle à ses amis, dit Djamila. Il a tant fait pour nous. Nous le regretterons toute notre vie. Si seulement nous l’avions su plus tôt. 
-Je sais. Mais comprenez-moi, j’ai respecté sa dernière volonté. Djamila, merci pour ton empathie. Après tout ce que tu as vécu, tu es restée sensible, fit remarquer Amel. Mais dis-moi, comment va ta famille ? 
-Ma famille ? Je l’ignore… Ah, tu parlais de ma belle-famille, dit la jeune femme en essuyant ses larmes. Ils vont bien, ils vous passent le bonjour. Ils vont être très tristes lorsqu’ils apprendront pour ton père. 
-Allah l’a rappelé à Lui comme nous tous, un jour, cela nous arrivera.
-Inchallah le plus tard possible. Je voudrais retrouver ma famille, avoir la chance que tu as eu de prendre soin d’eux, souhaita Djamila. Mais je crois que cela n’arrivera jamais. Va savoir où ils sont et ce qu’il est advenu d’eux. Ils peuvent être en vie tout comme morts et enterrés quelque part dans notre grand pays.
-Mon père avait lancé les recherches, mais ta famille proche et éloignée n’était pas revenue dans votre région. Allah yerehmou, il s’y était rendu avec Mounir et avait rencontré d’autres familles. Personne ne les avait revus depuis l’exode. Inchallah ils vont bien. C’est tout ce que nous pouvons souhaiter. 
Des cris, des slogans parvinrent depuis la Grande-Poste. Djamila alla à la fenêtre et y vit une foule sur les marches d’escaliers avec des pancartes, des photos.
-Qu’est ce qui se passe là-bas ? Qui sont ces gens ? Que veulent-ils ?
Amel s’approcha de la porte-fenêtre.
-Ce sont les membres de familles de disparus. Comme tu le sais, durant la décennie noire, il y a eu beaucoup de disparitions. Chaque semaine, ces familles se rassemblent ici et espèrent obtenir des informations sur leurs maris, leurs fils, leurs filles.
Djamila sentit son cœur se serrer, et cette fois, elle pleura de nouveau. Le cœur serré, elle s’excuse auprès de son amie.
-Tu permets ? Je vais sortir un peu m’approcher d’eux. Je partage la même douleur qu’eux.

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