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Économie / Actualités

pas moins de 11 000 microentreprises en faillite

La bataille perdue de l’Ansej

© D. R.

Présenté comme un dispositif pour absorber le chômage des jeunes, l’Ansej s’est avérée une contre-performance économique sans commune mesure. En plus des milliards qu’elle a coûtés au Trésor, l’État doit supporter encore les dettes qu’elle a “générées”.

Les dettes des entreprises Ansej se posent à nouveau et, comme à l’accoutumée, le gouvernement semble prendre option pour les solutions de facilité. La piste de l’effacement des dettes des microentreprises “défaillantes” est à nouveau privilégiée. Le fardeau de la dette a précipité 11 000 microentreprises vers la faillite.

Le chiffre a été communiqué, lundi, à Tissemsilt, par le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des Microentreprises, Nassim Diafat. Le ministre a annoncé, par la même occasion, que l’Agence nationale d’appui au développement de l’entrepreneuriat (Anade), anciennement Ansej, a examiné, la semaine écoulée, près de 500 dossiers introduites en vue de l’effacement des dettes des entreprises défaillantes n’ayant pas pu honorer leurs créances.

Il a été décidé, a-t-il soutenu, l’effacement de 250 dossiers de ces entreprises, alors que plus de 230 dossiers ont été différés et 6 autres rejetés. Les coûts pour les finances publiques comme pour les banques dus à la prise en charge des créances des entreprises “défaillantes” est évident.

Il y a quelques semaines, la Cour des comptes a, à juste titre, sonné le tocsin quant à la dette des microentreprises de l’Ansej qui s’accroissait dangereusement depuis 2011. La dérive des impayés des entreprises créées dans le cadre des dispositifs Ansej, Cnac et Angem affolait, en effet, les magistrats financiers.

Ceux-ci, dans le rapport 2020 de la Cour des comptes, ont écrit que la croissance des créances compromises à partir de 2015 était due à la mortalité élevée des projets, “particulièrement pour ceux dont la décision d’octroi des crédits ne relève pas, exclusivement, des organes de prise de décision de la banque”.

Dans la dette des entreprises Ansej, la Cour des comptes y voyait une source de préoccupation pour les banques, notamment pour celles dont la décision d’octroi des crédits ne relève pas, exclusivement, de leurs organes de prise de décision.

Les mauvaises créances des banques dues aux crédits Ansej étaient pour le moins prévisibles, notamment après la mise en place, dès 2011, de la nouvelle version de l’Ansej, réduisant l’apport personnel des demandeurs de crédits à 1%.

Plutôt que de demander une enquête sur la gestion et la pratique du microcrédit à la fois par l’Ansej et les banques, l’État acquiesce au vœu des bénéficiaires des crédits en effaçant leur  ardoise. 

Une mesure électoraliste 
Pour Mohamed Saïd Kahoul, consultant en management, “l'État se comporte, aujourd’hui, avec les microentreprises comme il l'a toujours fait avec les EPE ; effacement de dette et refinancement dans l'iniquité totale vis-à-vis des autres entreprises privées de différentes tailles qui rencontrent des problèmes financiers dus, notamment, à la pandémie.

En recourant à cet assistanat, l’État encourage, par là même, la dévalorisation de l'investissement et de l'effort du travail”. Mohamed Saïd Kahoul soutient que par ce procédé, à savoir l’annulation des dettes, d'autres microentreprises seront tentées de se laisser aller à la faillite juste pour bénéficier de l'effacement des dettes.

“L'État providence tue l'économie et la richesse par l'effort du travail”, estime notre interlocuteur, suggérant sur sa lancée que “plutôt que de pratiquer l’économie politicienne à l’approche de chaque échéance électorale, l’État doit assumer et mettre en place une politique économique responsable où la faillite est prévue aussi par le code de commerce”.

Il aurait fallu, selon lui, restructurer les dettes de ces entreprises et permettre un différé de paiement des échéances. Autrement, “effacer des dettes ou les services des dettes est une décision irresponsable”, car engageant l'argent public que l'État est censé dépenser dans la transparence et l'équité totale, soutient Mohamed Saïd Kahoul.

Driss Reguieg Issâad, professeur et consultant, y voit, quant à lui, “une mesure préjudiciable à terme”, estimant que cette action “aura indéniablement des répercussions sur les agrégats du calcul économique et macroéconomique”.

“D'abord, comme ces dettes n'ont aucune valeur contrepartie en biens et services sur le marché, l'inflation risque à coup sûr de croître. L'effet domino ne se fera pas attendre. Le taux de change de notre monnaie, les coûts de production réels, la compétitivité des produits et services... tout cela sera impacté à terme par une telle mesure”, explique notre interlocuteur, qui suggère qu’un rééchelonnement de la dette accompagné d'un redéploiement des projets et un recentrage autour de regroupements d'intérêt économique aurait été recommandé.

“Notre économie est déjà désavantagée par le recours excessif aux mesures administratives pour pallier les déficits cumulés dans presque tous les secteurs de l'économie réelle. Cette mesure aura un coût. Et comme en comptabilité publique rien ne s'efface, les dettes Ansej seront transférées et différées.

Les générations futures auront à s'acquitter des dettes dont ils n'ont nullement été les responsables”, estime Driss Reguieg Issâad. Pour ainsi dire, les économistes s’accordent à dire que ce type de programmes massifs a été pour le moins budgétivore et dont le retour sur investissement était pour le moins maigre.
 

Ali TITOUCHE


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