Économie Mahfoud Kaoubi, expert en économie et finances

“La réforme financière ne peut se limiter à des actions épisodiques”

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Youcef SALAMI Publié 15 Mai 2021 à 22:26

© D. R.
© D. R.

L’expert en finances, Mahfoud Kaoubi, estime, dans cet entretien, qu’il y a nécessité de “renforcer l’indépendance des banques”, en mettant fin aux “injonctions externes…”. 

Liberté :  Les  banques  publiques  seront  désormais dirigées par un conseil d’administration et un directeur  général.  Pour beaucoup, ce système risque de rendre la procédure de prise de décision encore plus compliquée. Êtes-vous de cet avis ?
Mahfoud Kaoubi :  Le  dernier  réaménagement  opéré  au  niveau  de l’organisation de la gouvernance des banques publiques dissocie la fonction du président du conseil d’administration de celle du directeur général. Il faut rappeler que cette mesure a souvent été au centre des recommandations formulées par les experts du secteur bancaire dans l’objectif de mettre fin à la confusion entre les prérogatives de l’organe d’administration et celles de gestion.
À ce titre, il est clair que ce réaménagement est le bienvenu et constitue un premier pas dans le processus de réforme de la gouvernance des banques publiques, car il permettra de renforcer les capacités de pilotage stratégique de ces banques d’une part et permettra plus de possibilités de contrôle et de responsabilisation de l’équipe de direction en matière d’atteinte d’objectifs, d’autre part. Seulement, comme toute réforme, le schéma organisationnel adopté ne peut produire de résultats satisfaisants que si un contenu clair est élaboré en matière de procédures, de détermination d’objectifs, de mise en place d’outils de pilotage et de choix de ressources humaines.
S’il n’y a pas de contenu pertinent, l’on ne pourra pas mettre en corrélation les moyens mis en place et les objectifs définis. Et du coup, la nouvelle organisation dont il est question ne serait qu’une énième tentative de changement qui ne produira pas les résultats escomptés. 

Pourquoi, selon vous, les réformes financières nécessaires n’ont jamais été réellement mises en place ?
La réforme bancaire devait constituer un axe primordial des réformes de seconde génération qui devaient être amorcées en 2007-2008. L’amélioration de la situation financière du pays suite à l’augmentation des prix du pétrole que les marchés ont connue avant 2014, et les échecs de la gestion de quelques banques privées à l’époque (Khalifa banque, BCIA ), ont vite remis en cause tout le processus de libération et de modernisation du secteur bancaire aussi bien public que privé. L’embellie financière a créé une situation de surliquidité bancaire qui a cachée toutes les insuffisances du secteur aussi bien sur le plan de l’organisation que du management.

Quelle approche faut-il adopter aujourd’hui en matière de réorganisation et de modernisation des banques ?
L’opération de réorganisation et de modernisation des banque ne devrait pas se limiter à des actions épisodiques, mais s’inscrire dans une politique de réforme beaucoup plus profonde, devant permettre de s’attaquer aux différentes causes qui rendent le secteur public bancaire peu efficace et faiblement rentable. Parmi lesactions à mener, nous citerons entre autres : la clarification des objectifs des banques publiques et de leurs relations à l’État en matière de prise en charge de certaines missions non commerciales confiées par les pouvoirs publics ; le renforcement de l’indépendance de ces banques, en mettant fin aux injonctions externes venant d’individus ou d’institutions représentants ou agissant au nom de l’État, puissance publique ; le renforcement et l’élargissement du conseil d’administration à des administrateurs, élus ou désignés, par des compétences avérées dans le domaine bancaire pouvant apporter une contribution dans l’amélioration de la gouvernance ; la réorganisation et la modernisation des outils de management, la mise en place de systèmes d’information et de contrôle de gestion performants et l’innovation et la diversification de produits, la formation, la valorisation et le développement des ressources humaines. Le secteur bancaire privé devrait aussi être encouragé, en mettant fin à la discrimination, de fait, dont il fait l’objet et qui réduit sérieusement ses chances de développement. Pour ce faire, les règles de la concurrence loyale devraient être respectées par tous les acteurs du système bancaire dans le but de contribuer à la création d’un environnement financier compétitif pouvant mobiliser toutes les possibilités dont dispose un pays aux potentialités multiples.
 

Entretien réalisé par : Y. SALAMI

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