Économie LUTTE CONTRE LA CORRUPTION

LES PREMIERS BILANS

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Dr MOURAD GOUMIRI Publié 30 Mai 2021 à 23:05

© Archives Liberté
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Par : DR MOURAD GOUMIRI
        PROFESSEUR ASSOCIÉ

Ce  bilan  aurait  dû  faire l’objet d’une  conférence  de presse trimestrielle, ouverte des représentants du pôle financier en charge de ces dossiers de corruption, avec tous les égards dus à l’événement.  Cela aurait  eu pour conséquences,  non  seulement  de  crédibiliser  les  engagements  du président de la  République mais  également sa  volonté de mener cette politique jusqu’au bout, vis-à-vis des pays étrangers récipiendaires des fruits de la corruption !

Dans un communiqué laconique et complètement inaudible, le ministère de la Justice (simple petit encadré dans la presse écrite) dresse un premier bilan et nous informe que les juridictions pénales, à travers le territoire national, ont procédé à la saisie et à la confiscation de plusieurs biens meubles et immeubles.
Ce bilan aurait dû faire l’objet de plus d’attention et de solennité et d’une communication à la hauteur de l’événement ! En effet, l’une des revendications légitimes qu’a scandées la population au cours de ses manifestations de rue hebdomadaires n’étaient-elles pas la récupération des biens spoliés ? Mieux encore, le président de la République ne s’est-il pas engagé, publiquement, à recouvrer les biens mal acquis, par tous les moyens de droit, sur le territoire national et à l’étranger ? C’est donc dire que le sujet est sensible, à un moment où certaines voix populistes s’élèvent pour dire “que rien n’a changé et que finalement ont été mieux sous l’ère Bouteflika” ! Qui est en charge de la communication au ministère de la Justice et au-delà, à la présidence de la République ? Une information capitale, de ce type, “passée en perte et profit” de l’appareil informatif, est tout simplement de l’amateurisme, voire de l’incompétence ! Ce bilan aurait dû faire l’objet d’une conférence de presse trimestrielle, ouverte à tous les médias, nationaux et étrangers, des représentants du pôle financier en charge de ces dossiers de corruption, avec tous les égards dus à l’événement. Cela aurait eu pour conséquences, non seulement de crédibiliser les engagements du président de la République mais également sa volonté de mener cette politique jusqu’au bout, vis-à-vis des pays étrangers récipiendaires des fruits de la corruption, ainsi que des ONG qui œuvrent dans le domaine !   
Le même communiqué précise, qu'en dinar algérien, “le montant global, mis sous séquestre, s'élève à quelque 53 milliards de DA (52 723 779 807, 49), dont 39 milliards de DA (39 394 008 150,33), ayant fait l'objet de décisions de confiscation”.
Alors qu'en euro, “le montant global, mis sous séquestre, s'élève à quelque 2 millions d’euros (1 958 759,31) dont 678 993,84 euros confisqués”. En ce qui concerne le dollar américain, le communiqué indique que “le montant mis sous séquestre s'élève à quelque 213 millions d’US$ (213 536 809,15), dont 198 millions d’US$ (198 472 171,49) ont fait l'objet d'une confiscation”. Le communiqué fait état également “d'autres saisies de moindre importance, en d'autres monnaies”. Les sommes susmentionnées représentent, notamment, des liquidités et des avoirs en comptes bancaires. Cette présentation du bilan nous paraît non explicite, pour le commun des mortels, dans la mesure où elle ne met pas en parallèle le nombre d’affaires traitées, ce qui la minimise et le fait paraître comme dérisoire, compte tenu de l’ampleur de la corruption qui a gangréné notre pays ces vingt dernières années. En effet, un listing exhaustif, de chaque affaire traitée, accompagné des décisions de séquestration et de confiscation, aurait été plus parlant pour la compréhension générale de l’action de lutte contre la corruption.   
En outre, et en ce qui concerne les autres biens meubles, le communiqué évoque leur mise sous séquestre, sans une évaluation minimale (cadastrale par exemple). En effet, que signifie la “séquestration de 4 766 véhicules, dont 4 689 confisqués” ? Sachant qu’un véhicule d’occasion coûte au minimum 1,5 million de DA, la valorisation des séquestrations et des confiscations n’est pas évidente. La même remarque est à faire pour les “six bateaux ayant tous fait l'objet de confiscation”. Une évaluation, même approximative eut été plus salutaire pour la compréhension de la vox populi. Plus grave encore, s'agissant de l'immobilier, la même source indique que “301 parcelles de terrain ordinaires et agricoles ont été mises sous séquestre, dont 214 confisquées”. De quel terrain s’agit-il et de quel prix au mètre carré ? A cet endroit également, une évaluation cadastrale approximative eut été la bienvenue pour avoir une idée relative du préjudice.
Evoquant également les séquestres et les confiscations, le communiqué fait état de “119 résidences et 27 magasins, sous séquestre, dont 87 résidences et 23 magasins confisqués… et de 21 autres bâtisses saisies ou confisquées”. Connaissant les prix pratiqués sur le marché immobilier dans notre pays, les indications quantitatives sont pratiquement muettes sur leurs valeurs marchandes et ne nous donnent aucune explication fiable sur les préjudices induits. 
Enfin, pour plus de transparence et de cohérence, dans la gestion des dossiers de corruption, un compte spécial du Trésor public doit être ouvert pour abriter et centraliser tous les fonds récupérés, au niveau national et à l’étranger, par cette opération, en attendant une décision politique du président de la République, de leur affectation dans des actions de salubrité publique comme par exemple pour le financement des zones d’ombre, qui va certainement nécessiter des ressources financières importantes, dont personne pour l’instant ne sait d’où elles vont provenir.
Tant au niveau de l’information que de la valorisation et du traitement des dossiers, de graves lacunes sont enregistrées et risquent de se retourner contre les pouvoirs publics et sa crédibilité, à mener à bien cette opération cruciale.
Il faut espérer que lors de la prochaine conférence de presse informative, les services de communication, des différents niveaux, soient professionnels, exhaustifs et surtout capables de valoriser le plus précisément possible cette action sensible aux yeux de la population toute entière.

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