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Économie / Actualités

L’économiste Farouk Nemouchi à propos de la crise de liquidités

“Nous sommes dans une impasse monétaire”

Siège de la Banque d’Algérie. © Liberté

Malgré les artifices monétaires auxquels a recouru la Banque centrale courant 2020, le pays reste confronté à de graves problèmes de liquidités qui, de l’avis de Farouk Nemouchi, sont loin d’être “un fait  de  conjoncture”, mais  une crise dont la dimension est plutôt structurelle.

Intervenant, lundi soir, lors  d’un webinar organisé  par  l’École  supérieure de comptabilité et des finances de Constantine, l’expert en finances a estimé que les mesures de la Banque centrale “n’ont pas amélioré la situation monétaire” et qu’il est désormais “impossible de continuer à solliciter la Banque d’Algérie pour financer nos déficits”. “Sur le court terme, nous avons épuisé l’ensemble des moyens  dont  dispose  la  Banque  centrale  pour  faire  face  à  la  crise monétaire.

Que peut-on faire de plus si ce n’est solliciter à nouveau la planche à billets, dont 70% des tirages consommés ont servi à rembourser des dettes ?”, s’interroge  le  conférencier,  estimant  que  cette  attitude  est  plutôt “irresponsable”. “Nous sommes coincés !

Le pari sur l’espoir d’une reprise des prix du pétrole est improbable car cette hausse ne peut offrir qu’un répit de courte durée, alors que s’impose l’impératif de lancer urgemment des réformes de grande ampleur”, suggère Farouk Nemouchi. 

Selon lui, la révision des anticipations en matière  de déficit budgétaire, avec de moindres progrès au chapitre des  recettes, pose  un  sérieux  problème quant à son financement, d’autant plus que les artifices de la Banque centrale, destinés à atténuer ce déficit, n’ont été que d’un faible impact en 2020. Selon le conférencier, la Banque d’Algérie a mis à la disposition de l’État quelque 3 500 milliards de dinars sous forme de dividendes entre 2010 et 2020, dédiés essentiellement à alléger le déficit.

Cette  politique, combinée  à  d’autres  artifices  monétaires, à  savoir, entre autres, la baisse du TRO (taux des réserves obligatoires) et une dépréciation de la monnaie nationale, dont l’objectif était d’augmenter les recettes libellées en  dinars, “n’ont  pas  amélioré  la  trajectoire   monétaire”, car  la  crise de liquidités “ne peut être expliquée par des facteurs conjoncturels”. 

Elle  est, néanmoins, “révélatrice  des  limites  d’un  système  financier  et monétaire dont le mal et profond et  les  causes  ont  par conséquent une dimension structurelle”, estime l’économiste. Pour expliquer les origines de la crise de liquidités, Farouk Nemouchi a recensé trois facteurs autonomes, à savoir les réserves  de  changes  converties  en  monnaie  nationale, les dépenses publiques et le mouvement des billets.

C’est ainsi que, d’après lui, les premiers signaux de la crise sont apparus en 2016, simultanément avec la baisse des réserves, alors qu’en 2017, bien que le stock en devises se rétrécît davantage, la liquidité a augmenté sous l’effet de la planche à billets  avant  de  ressurgir, ensuite, dès  fin  2019, quand les tirages de monnaie ont été suspendus.

“Même si l’État tentait de quêter d’autres ressources et de libérer la liquidité en 2020 au moyen d’artifices monétaires que l’on connaît, nous sommes toujours dans l’esprit de la planche à billets étant donné qu’une augmentation des ressources sans contrepartie en valeur est une création monétaire ex nihilo”, estime le conférencier.

Face à cette impasse, Farouk Nemouchi estime qu’il est urgent de réformer le système financier et monétaire, de dégripper la machine économique par des mesures fortes et d’emprunter une “troisième voie” qui consiste à développer l’intermédiation bancaire et l’inclusion  financière pour drainer  les capitaux de l’informel vers les banques. 
 

Ali TITOUCHE

 


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