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Économie / Actualités

Francis Perrin, directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques

“On attend beaucoup de la nouvelle loi algérienne sur les hydrocarbures”

© Archives/Liberté

Liberté : Le gouvernement vient d’examiner les quatre derniers textes d’application de la nouvelle loi sur les hydrocarbures. Au bout d’un processus long de plusieurs mois, l’Exécutif dit avoir défini tous les garde-fous et mécanismes juridiques en vue d'une activation à part entière de la loi sur les hydrocarbures. D’après vous, quelle serait la prochaine étape ? L’État va-t-il lancer un nouvel appel d’offres à l’adresse des investisseurs internationaux ou bien faut-il privilégier le B to B et les discussions bilatérales Sonatrach-majors ?
Francis Perrin :
Ce sont effectivement les deux options possibles pour un État qui entend développer l'implication des compagnies pétrolières étrangères dans l'exploration, le développement et l'exploitation de ses hydrocarbures. Il est d'ailleurs possible de combiner ces deux options qui ne sont pas exclusives l'une de l'autre.

Ce qui est certain, c'est que les négociations bilatérales entre Sonatrach et les compagnies étrangères vont se poursuivre et s'intensifier. Je ne sais pas si les autorités algériennes envisagent le recours à un appel d'offres international, comme cela a été le cas à plusieurs reprises dans le passé. C'est un peu plus risqué que des négociations bilatérales car, si les résultats de l'appel d'offres ne sont pas bons (pas ou peu de permis attribués), cela peut avoir un impact négatif sur l'image du pays. Il est donc parfois préférable de tester le terrain avant de s'aventurer sur cette voie, mais il ne faut certainement pas l'écarter a priori. 

Quelles sont les contraintes majeures auxquelles font face les compagnies activant dans le secteur des hydrocarbures en Algérie et pensez-vous que la nouvelle loi apporte enfin des réponses aux requêtes soulevées par les investisseurs étrangers ?
La nouvelle loi sur les hydrocarbures, qui a été adoptée fin 2019 et qui est entrée en vigueur début 2020, est considérée comme intéressante dans les milieux pétroliers internationaux, notamment pour ce qui concerne les activités en mer (offshore), les hydrocarbures non conventionnels, les gisements petits et moyens et certains aspects fiscaux. Elle est donc de nature à inciter des compagnies étrangères à contacter Sonatrach pour entreprendre des négociations ou pour les poursuivre et les intensifier. Bien sûr, une loi n'apporte jamais toutes les réponses. La nouvelle loi constitue une partie de la réponse aux attentes de l'industrie pétrolière et gazière, mais c'est une partie significative. 

Dans son dernier rapport sur les perspectives d’investissements énergétiques dans la région Mena, Arab Petroleum Investments Corporation a carrément conditionné la reprise des investissements dans le pétrole et le gaz en Algérie par la capacité de la nouvelle loi à capter les investisseurs. Qu’en pensez-vous ?
L'acteur national, Sonatrach, investit beaucoup dans les hydrocarbures et prévoit un plan d'investissements de 40 milliards de dollars sur les cinq prochaines années. Mais le potentiel de l'Algérie est important et il est souhaitable que les risques et les coûts de l'activité hydrocarbures soient plus partagés avec d'autres acteurs, les compagnies pétrolières étrangères, en vue de développer l'exploration dans le pays et de valoriser encore davantage son potentiel en hydrocarbures.

On attend donc beaucoup de cette nouvelle loi, même s'il ne faut pas non plus en attendre trop. Mais, selon moi, il est incontestable que des adaptations à la loi de 2013 sur les hydrocarbures étaient une condition nécessaire, sinon suffisante, pour accroître le rôle des compagnies étrangères dans l'exploration-production en Algérie car il s'est passé beaucoup de choses dans l'environnement international depuis 2013, dont la forte chute des prix du brut entre 2014 et 2016. Je n'évoque pas ici la chute des prix en 2020 du fait de la pandémie de Covid-19 car elle est postérieure à l'adoption de la loi.

La nouvelle loi sur les hydrocarbures arrive dans un contexte international extrêmement changeant ; les majors, les banques et les États accélèrent dans la transition énergétique et se désengagent progressivement des énergies fossiles. Quelles sont les chances de succès de cette nouvelle loi ?
Vous avez tout à fait raison de souligner que le contexte mondial évolue de façon importante avec la lutte contre le changement climatique et la transition énergétique. Plusieurs compagnies pétrolières, notamment européennes, veulent devenir à terme des groupes énergétiques en se lançant dans les énergies renouvelables et l'électricité. Cela dit, ces mêmes compagnies n'ont pas décidé d'abandonner les hydrocarbures, mais de diversifier leur portefeuille d'activités, ce qui est fort différent. J'observe d'ailleurs que, depuis fin 2019 ou début 2020, de nombreuses compagnies étrangères ont exprimé leur intérêt pour le potentiel de l'Algérie en hydrocarbures (et, parfois en même temps, pour les renouvelables). Sans donner une liste exhaustive, on peut évoquer des sociétés déjà bien implantées dans le pays, telles qu'Eni, Total, Equinor (Norvège), Sinopec (Chine), Wintershall (Allemagne), Repsol (Espagne), et des entreprises non présentes actuellement en Algérie, telles qu'ExxonMobil et Chevron. Eni, Total, Equinor et Repsol sont très engagées dans des stratégies de diversification énergétique mais cela ne les empêche pas de s'intéresser aux hydrocarbures en Algérie.

De plus, cette stratégie de diversification énergétique n'est pas le fait de toute l'industrie pétrolière internationale. Les compagnies américaines et les sociétés pétrolières nationales restent encore largement focalisées sur le pétrole et le gaz naturel qui vont demeurer des sources d'énergie-clés pour le monde pendant encore pas mal de temps. La nouvelle loi reste donc pertinente même si l'Algérie elle-même devra s'engager résolument sur la voie de la transition énergétique.

Propos recueillis par : A. Titouche


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