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A la une / Reportage

DÉSERTÉE PAR LES ESTIVANTS À CAUSE DU COUVRE-FEU SANITAIRE

CORNICHE JIJÉLIENNE IL ÉTAIT UNE FOIS L’ÉTÉ

© D. R.

À  quelques  pas  de  la  plage  Kotama, en  cette fin juillet, le rivage transformé en un port de pêche et de plaisance. En pareille période, ce port servait de lieux d’animation nocturne. Mais plus rien de tout cela désormais : la Covid est passée par là, imposant un couvre-feu nocturne à Jijel et à sa corniche.

L’image est saisissante. Des mouettes, ces oiseaux de mer, en grand nombre qui envahissent la place Kotama, à l’entrée de Jijel, l’une des plus fréquentées d’ordinaire par les vacanciers en période estivale. C’est que les temps ont bien changé et la Covid-19 en a décidé autrement. À la formule désabusée “bssahathoum (à leur santé)”, lancée par une résidente de la ville de Jijel à la vue de ces mouettes, Hocine se remémore son enfance : “Enfants, c’était l’image que nous donnait le rivage de Boudis.” 
À quelques pas de la plage Kotama, en cette fin juillet, le rivage est aujourd’hui transformé en un port de pêche et de plaisance. Jusqu’ici, en pareille période, ce port servait de lieux d’animation nocturne. Il recevait des milliers d’estivants qui passaient la nuit dans une ambiance de fête, de musique, de théâtre et de chant, jusqu’aux premières heures du jour. Mais plus rien de tout cela désormais : la Covid est passée par là, imposant un couvre-feu nocturne à Jijel et à sa corniche. À ses ports et à ses esplanades aussi. À l’esplanade du front de mer de Bordj Echetti, plus à l’ouest du centre-ville, plus rien ne bouge. Ni ne circule. 
Du moins la nuit. Les patrouilles de police veillent au respect de ce couvre-feu, décrété en temps de paix ! Quel paradoxe quand on sait que c’est la guerre qui impose son couvre-feu. Pas la paix. Achevée juste avant l’ouverture de la saison estivale, la façade maritime de Bordj Echetti est, elle aussi, tristement déserte. Le couvre-feu sanitaire a encore voulu que la saison estivale soit terne, morose, la réduisant à néant. Aucune activité ni ambiance. Pour les initiés aux recoins de cette façade, aménagée et réhabilitée, son espace est propice à la méditation. Il est un lieu de pêche à la ligne pour certains. D’autres s’y aventuraient pour des baignades à risques dans les eaux fraîches d’une mer si belle, mais souvent cruelle. Des familles s’y rassemblaient pour des nuits estivales et d’autres y venaient pour se rafraîchir et humer cet air marin. Jijel est privée de cette ambiance conviviale. Pour la seconde année consécutive, elle subit, à l’instar des autres régions côtières du pays, la mort dans l’âme, cette fermeture sanitaire. 

Bordj Echetti, l’expression d’amour 
Si Kotama a été investie par des mouettes, profitant du calme qu’elles retrouvent sur cette parcelle d’un littoral qu’elles reconquièrent l’espace d’un confinement, le front de mer de Bordj Echetti avait, lui aussi, ses impénitents adeptes. Ils sont nombreux à venir contempler l’étendue d’une magique grande bleue, inspirant toujours méditation et bonheur sur un air de senteurs marines iodées. 
C’est ici qu’on s’isole pour appeler sa “complice” ou tenter de soulager un chagrin d’amour. Téléphone collé à l’oreille ou doigt concentré sur le clavier de son Smartphone, c’est sur le rythme du flux et du reflux des vagues qu’on titille ce chagrin. Bordj Echetti, c’est l’expression d’un amour ou d’une solitude. C’est aussi l’ambiance nocturne des vacances. Mais en ces temps de crise sanitaire majeure, elle symbolise l’autre face d’une corniche qui rate son été. Qui tourne le dos à sa saison estivale. Plus à l’Ouest, l’image est encore plus parlante. 
Elle est frappante. En ce dernier jeudi d’un mois de juillet qui s’achève sur la fin précoce d’une courte saison estivale, des commerçants tentent quelques reflexes pour signifier que la vie continue quand même. Que leur commerce n’est pas mort. La mort dans l’âme, ils ne perdent toutefois pas l’espoir de voir surgir d’hypothétiques clients. Au village d’Ouled Bounnar, un bourg touristique, très en vogue en pareille période, des restaurateurs allument leurs barbecues. Mais les juillettistes boudent toujours. L’ombre de la Covid a plongé dans la crise ces commerçants qui s’étaient préparés pour la fête estivale. 
Une fête gâchée par cette ambiance de mort d’une activité commerciale qui s’est mise en berne. Et pas seulement, puisque la mort ne cesse de frapper des citoyens qui auraient pu avoir un destin de vacances en bord de mer avant d’être emportés par ce maudit Delta. Mais on continue de croire à la vie, comme en témoignent ces nombreux véhicules immatriculés dans d’autres wilayas. Malgré la mesure d’interdiction et de fermeture des plages, on continue d’affluer, et de partout, à Jijel. On vient de Sétif, d’Ouargla, de Constantine et d’ailleurs. “Peut-être que c’est juste pour fuir la grande chaleur de ces wilayas et venir sentir la fraîcheur de la mer”, lance un commerçant à Ouled Bounar. À la plage du Grand Phare, c’est la solitude du sable rougeâtre, antre des grands rendez-vous estivaux, qui semble crier sa détresse. Pas l’ombre d’un baigneur. Le célèbre rivage s’offre à un soleil brûlant. Des parasols, des chaises et des tables sont rangés à l’entrée de la plage. Mais aucun estivant ne se manifeste. La plage est vide et les baigneurs ne s’y aventurent pas au risque d’être pourchassés par les services de sécurité encore plus vigilants à faire respecter le mot d’ordre d’interdiction d’accès aux plages. 
D’habitude postés là et prompts à réagir avec zèle à la face du moindre conducteur d’un véhicule se manifestant dans les zones qu’ils délimitent, les squatteurs des parkings brillent par leur absence. Pris au dépourvu par cette fermeture qui les prive de l’argent qu’ils empochent, souvent sous la menace, à de paisibles citoyens, ils se sont éclipsés. La corniche peut enfin se débarrasser de leur zèle. “Ça sert au moins à quelque chose cette fermeture, elle nous a épargné les dépassements de ces jeunes oisifs et arrogants”, assène un homme descendant de sa voiture pour retirer de la route une corde abandonnée par ces squatteurs avec laquelle ils délimitaient leurs espaces. 
“Dès qu’il y aura la réouverture, ils reviendront”, avertit-il. L’éternel et mythique grand phare ne peut que partager avec ces familles circulant à bord de leurs véhicules ce sentiment de dépit, nourri par le regret de rater toute une saison de gaieté et de baignade. Quel dépit de voir ces familles privées de ce bonheur de se mettre en bord de mer en cette période de canicule ! Et ce n’est pas ce jeune tenant un fast-food sur la corniche qui nous dira le contraire. Celui-ci contemple avec un dépit encore plus prononcé ces quelques véhicules traversant la RN43 dans un sens ou dans un autre sans s’arrêter. “Derrmad ! (c’est de la cendre)”, lâche-t-il sur le ton d’une célèbre formule en parler jijélien pour signifier que rien ne va. Que tout est brûlé. 

Le désert au “Ghaba parc”
Rien ne va plus aussi au “Ghaba parc”, un site forestier aménagé en un espace de détente et de loisirs qui a connu une exceptionnelle affluence à son ouverture. Des agents de sécurité s’affairent à arroser l’entrée d’un site totalement déserté pour s’occuper. D’habitude encombré de véhicules, il est totalement vide, ce jeudi 29 juillet. Même décor et même ambiance au rond-point du sens giratoire d’El-Aouana, à l’entrée du parc animalier de Kissir. 
Des agents de sécurité sont, à leur tour, contraints à un repos forcé devant le portail de ce parc, qui a connu sa énième fermeture depuis l’installation de la fâcheuse crise sanitaire de Covid-19. Pourtant, leurs salaires dépendent de l’activité que génère ce parc. Le paiement de ces salaires risque d’être compromis si cette fermeture perdure. C’est du moins ce qu’on appréhende dans ce parc zoologique, dont la gestion est toutefois intégrée à l’établissement public de gestion des espaces verts, de loisirs et d’éclairage public de la wilaya de Jijel. Et cette crise n’est pas le seul apanage de ces espaces de loisirs. 
Elle concerne aussi le centre de vacances de Bordj Blida (ex-ferme Andreu), qui connaît un calme inhabituel en cette période d’été. Toutes les sessions de colonies de vacances y ont été annulées avant même que ce confinement partiel de 10 jours ne soit décrété par les pouvoirs publics. Très engorgée lors de la haute saison estivale, la circulation au rond-point du parc animalier est quasiment à l’arrêt. À quelques encablures de là, les restaurateurs, dont les terrasses longent la route, guettent désespérément le passage d’un client. 
Ils scrutent son mouvement dès qu’il met en branle les clignotants de son véhicule. La crise qui frappe leur activité les a réduits à quémander l’arrêt de ce client qui ne se manifeste pas. Tout au long de la corniche, d’El-Aouana jusqu’à la plaque signifiant l’entrée dans le territoire de la wilaya de Béjaïa, c’est le même spectacle d’une morosité estivale qui anime l’activité commerciale. Cette morosité s’est installée dans ces villages en berne, le temps d’un confinement qui vient juste d’être entamé. Et le comble, ce sont ces feux qui ont ravagé plusieurs espaces près d’Oued Sghir, aux Aftis, autre haut lieu prisé des estivants. 
“Je n’en crois pas mes yeux, mais ce ne sont plus les étés d’antan”, balance un jeune visiblement dérouté par l’ampleur du vide créé par ce virus dans son monde estival. Les mouettes peuvent continuer à jouir de la quiétude sur les plages qu’elles ont reconquises. La calamité sanitaire du variant Delta peut les rassurer !
 

Par : AMOR ZOUIKRI


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