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A la une / Reportage

Biskra attire de plus en plus d’agriculteurs du nord

Entre Eldorado et désillusion...

© D.R

Motivés par une passion débridée pour le travail de la terre et animés de bonnes intentions de faire de Biskra — où tout ce que l’on sème est abondamment récolté — une véritable référence en termes d’agriculture moderne pouvant assurer au pays l’autosuffisance alimentaire. Ils sont venus nombreux du nord du pays s’installer aux portes du désert pour cultiver la terre et transformer des terres marginales en un immense tapis de verdure.

La plupart sont originaires de Tipasa ou de Tizi Ouzou, présents quasiment aux quatre coins de la région. Pour certains d’entre eux, qui se sont lancés dans la filière datte, arboriculture fruitière et horticulture maraîchère, l’agriculture offre de nombreuses opportunités de réussite en dépit des difficultés, tandis que pour d’autres, l’expérience tentée en la matière est un véritable fiasco, et ce, pour diverses raisons. 

Recours à la location...
D’aucuns, à défaut de possession de périmètres de terre, n’ont de solution que de recourir à l’exploitation pour une durée déterminée de superficies agricoles auprès des propriétaires, lesquels en tirent profit. Hafoudh Sidaoui est l’un d’eux. Rencontré en train de cueillir de la tomate sous de nombreuses serres qu’il entretient soigneusement, ce quadragénaire de Gouraya (Tipasa), père de deux enfants, exploite, dans le cadre de la location de terres cultivables, une superficie évaluée à quelque 20 ha, au lieudit Dar Aârousse, situé à une vingtaine de kilomètres au nord de la ville de Biskra.

La culture sous serre constitue, pour lui, une passion à laquelle il s’adonnait depuis son plus jeune âge. Hafoudh, modeste producteur de fruits et légumes, revient sur son parcours d’agriculteur et explique le choix de Dar Aârousse. “Je n’ai pas fait d’études poussées, j’ai quitté l’école à 10 ans, et depuis, je travaille la terre. Je ne rencontre aucune difficulté majeure en construisant une serre, une technique des plus simples que j’ai apprise dans les exploitations familiales, étant encore enfant. Ici, où je me suis installé depuis une bonne dizaine d’années, je cultive différents types de fruits et légumes. Maintenant, tout comme la plupart des exploitants agricoles, la culture la plus courante dans cette région, c’est en particulier la tomate et la fève.

À Dar Aârousse, la nature des sols et la qualité des eaux d’irrigation permettent même de planter des cailloux, allusion à la fertilité du sol, et c’est justement en raison de cela que j’ai opté pour cette région. Ici, tout ce que vous planterez, vous le récolterez en grandes quantités, il suffit juste d’avoir du courage et de la patience.” Hafoudh, ne disposant pas d’un moindre pouce de terrain à son nom, espère un jour bénéficier de quelques hectares de terre arable pour mettre fin à sa souffrance. “Il est vrai que plusieurs fellahs, qu’ils soient investisseurs ou producteurs en herbe, se plaignent de beaucoup de soucis, dont l’absence d’électricité et de l’insuffisance des eaux destinées à l’irrigation, ce qui risque de compromettre leur activité. Me concernant, outre les difficultés citées, je n’ai même pas de terre, je cultive des espaces qui ne m’appartiennent pas. À quand la régularisation de ma situation ? Octroyez-moi un foncier agricole, et vous verrez ce que j’y ferai en un temps record !”

Pour la commercialisation de ses récoltes, l’interlocuteur souligne : “Il y a des mois, les pertes enregistrées étaient énormes, nous éprouvions un sentiment de panique quant aux prix qui ont atteint leur plus bas niveau à cause de la fermeture des marchés. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les marchés ont rouvert, mais il faut quand même dire que malgré la reprise du mouvement commercial, nos produits sont proposés à des prix dérisoires. Sur le marché de gros de M’ziraa, je cède, par exemple, mes tomates qui sont de qualité irréprochable à 30 DA le kg, ce qui fait le bonheur du commerçant aux dépens du consommateur.”

Le cas d’Aïssa Benziane 
Aïssa Benziane, entrepreneur de son état lui aussi venu de Tipasa s’investir dans l’agriculture dont il est attaché par tant de liens, dit-il. Rencontré sur ses exploitations sises à Sareg, aux environs d’Ourlel, à une quarantaine de kilomètres au sud du chef-lieu de la wilaya, ce quinquagénaire, père de famille, a opté pour le travail de la terre pour de multiples raisons,notamment les facilitations que l’ancien maire d’Ourlel lui a accordées. Il y a trois ans, Aïssa a acheté une superficie globale de 51 ha pour pas moins de 1 milliard de centimes. “Je suis parti avec l’idée de faire des terres laissées en jachère, que j’ai acquises, un véritable paradis. J’ai donc commencé mon travail avec mes propres moyens. J’y ai planté 300 palmiers dattiers de type Deglet nour, 1 000 oliviers, 200 figuiers et un nombre important d’autres arbres fruitiers.

Je suis également éleveur d’ovins. Une grande partie des produits agricoles récoltés, je l’ai distribuée à des familles dans le besoin, le reste a été mis sur le marché. Il faut dire, à ce propos, que le mouvement commercial connaît un recul foudroyant du fait des mesures restrictives instaurées par les pouvoirs publics. La pandémie de coronavirus a eu son impact dévastateur sur le secteur de l’agriculture dans la région.” Outre les difficultés de commercialisation, Aïssa rencontre aussi de nombreux soucis, surtout d’ordre administratif. “Je suis confronté à des problèmes judiciaires.

Des parties dans la région ont toujours œuvré pour tuer mon projet au stade embryonnaire, et ce, pour des raisons que j’ignore. Ils ont, entre autres, essayé de me déposséder d’une quarantaine d’hectares, que j’ai heureusement pu récupérer.” Nonobstant les obstacles entravant la réalisation de ses rêves, cet investisseur garde toujours l’espoir de rendre toute verte cette partie sud de Biskra. D’autres ennuis préoccupent ce dernier : l’insuffisance en eau d’irrigation, l’absence d’un guide agricole, les tracas bureaucratiques, entre autres. “Le puits que j’ai, et qui est l’unique source d’eau d’irrigation, ne suffit pas à irriguer tous ces hectares et il commence déjà à se tarir. Je demande aux responsables chargés du dossier de l’exploitation agricole dans la wilaya de m’octroyer un autre puits…

Les soucis bureaucratiques auxquels nous faisons face au quotidien ne nous encouragent pas à continuer notre activité. J’ai commencé avec mes propres moyens, et je continue, je n’ai bénéficié d’aucune aide des services concernés. Travailler la terre requiert, entre autres, l’accompagnement d’un guide agricole, et c’est ce qui fait défaut, du moins pour moi. Le guide agricole est un élément-clé dans toute réussite dans ce domaine.” 

Le calvaire de Rabah Amezdat, venu de la Californie
Même situation pour Rabah Amezdat, ce quadragénaire de Tizi Ouzou, installé en Californie (USA) depuis le début des années 1990, qui souffre le martyre, raconte-t-il. “J’ai quitté le pays à l’âge de 20 ans, j’étais en 1re année universitaire à cette époque-là, je me suis installé en Californie où j’ai poursuivi mes études universitaires interrompues en Algérie. Après l’obtention de mon diplôme et avec un budget modeste, j’ai réussi à lancer une modeste start-up. Je me suis dit : pourquoi ne pas rentrer et investir dans le domaine agricole dans mon pays ? Mon entourage le plus immédiat m’a conseillé Biskra, j’y suis donc allé. Sur place, j’ai négocié le prix d’achat de parcelles de terres arides dans la même région (Sareg), susceptibles d’être transformées en terres fertiles. Je suis revenu avec l’idée de travailler, d’essayer de bien faire, pour le bien de mon pays avant tout… Je regrette franchement ce que j’ai fait, je n’aurais pas dû agir de la sorte.

Ce qui m’est arrivé est un vrai cauchemar dont je subis encores les effets néfastes. J’ai, en fait, payé 800 millions de centimes pour des parcelles sans certificat de possession. Après un véritable parcours du combattant, j’ai réussi à relativement régulariser ma situation avec quelques documents glanés çà et là. Ensuite, j’ai confié le travail à une personne  prétendant être compétente dans le domaine, je lui ai fourni tout ce dont elle avait besoin pour se mettre au travail. Cette personne m’a dit avoir planté 1 010 palmiers dattiers. Me rendant sur les lieux, je n’ai trouvé qu’un travail bâclé, effectué négligemment, et c’est le moins que je puisse dire. Au total, pas moins de 1 milliard 500 millions de centimes se sont évaporés sans aucune contrepartie. Des superficies agricoles de 40 ha, ne m’appartiennent toujours pas jusqu’à l’heure actuelle. Je ne referai plus jamais cette erreur”, nous révèle-t-il. 

Nos interlocuteurs soulignent à l’unisson la nécessité de l’intervention de l’État en leur faveur, de façon à remédier à leurs situations, ô combien difficiles. Une aide financière serait la bien venue pour ces personnes qui ambitionnent de changer les choses, en développant le secteur agricole dans la wilaya de Biskra. Auprès de la DSA qui a consacré pour l’investissement un montant de pas moins de 1 200 milliards de centimes finançant au moins 9 000 exploitations agricoles qui s’étendent sur des milliers d’hectares de la totalité des superficies agricoles estimées à plus de 1 652 751 ha, soit 77% de la superficie globale de la Wilaya. 

L’on nous indique que parmi quelque 30 000 demandes de soutien de l’État dans le cadre de l’investissement, ceux qui s’intéressent réellement à l’agriculture sont une minorité. Les mêmes services font savoir que toutes les facilitations, dont l’autorisation de réalisation des forages pour l’irrigation des périmètres agricoles exploitées ainsi que l’aide en matière de machinerie et d’équipements adaptés sont mises à la disposition des producteurs.

 

 

Réalisé par : H. BAHAMMA 

 


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