Reportage ATH DOUALA (TIZI OUZOU)

La commune aux sept zones d’ombre

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Hocine TAÏB Publié 23 Février 2022 à 22:25

© D. R.
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Dans ces zones  plutôt  “sombres”, certains  villages  ne disposent pas des moyens les plus élémentaires nécessaires  à la survie, tels que des routes  carrossables,  des  réseaux  d’alimentation en  eau  potable et en électricité ainsi que des infrastructures de santé.

Perchée au sommet d’une colline, en amont du barrage Taksebt, faisant face à la chaîne montagneuse du Djurdjura, la région d’Ath Douala, au sud de la wilaya de Tizi Ouzou, est en marge du développement. En effet, à travers le territoire de cette commune de 13 villages et de 22 000 habitants, sept zones d’ombre sont recensées par les autorités locales. 

Dans ces zones plutôt “sombres”, certains villages ne sont pas dotés des moyens les plus élémentaires à la survie : routes carrossables, réseaux d’alimentation en eau potable et en électricité, infrastructures de santé. À ce sujet, le nouveau préssident de l’APC d’Ath Douala, M’hamed Nabour, a dressé un triste constat, en commençant par énumérer l’ensemble des zones d’ombre. “Au niveau de notre commune, nous avons recensé sept zones d’ombre, à savoir Tamaghoucht, Ath Mesbah, Ath Bouali, Tala Khelil, Taddert Oufella, Ath Bouyahia et Amane Iwraghen.

Ces villages et hameaux manquent de tout. Ils souffrent surtout du mauvais état des routes dont certaines n’ont jamais été revêtues, à l’image de l’accès à Tamaghoucht vers la RN30. Si seulement cet axe était pris en charge, le tiers de notre commune serait désenclavé”, a expliqué M. Nabour, ajoutant que ces villages connaissent aussi des manques de réseaux d’électricité, d’eau, de gaz et de fibre optique. “Nous avons, bien entendu, répertorié toutes les carences et nous les avons transmises aux autorités concernées. Seulement, à ce jour, nous ne voyons rien venir”, a-t-il déploré. 

Sur le plan développement, le président de l’APC d’Ath Douala a expliqué que pour combler les manques et le reste à réaliser dans sa commune, cela nécessite des apports financiers importants. “Notre commune est pauvre. Elle ne fonctionne que grâce aux subventions de l’état. Elle est sans autres ressources et sans assiettes foncières”, a-t-il relevé. “Les quelques projets lancés ne sont pas achevés à ce jour. Il nous faudrait au moins 14 milliards de centimes pour dépasser cette situation qui nous étouffe”, a-t-il poursuivi. 

En effet, à Ath Douala, l’état des lieux n’est pas reluisant. Le chef-lieu ressemble à un centre urbain abandonné. Des infrastructures attendent toujours leur achèvement. À commencer par le nouveau siège de l’APC, inscrit en 2008 et lancé en 2010. Après 12 années, le taux d’avancement des travaux n’est que de 65%. Trois enveloppes financières totalisant 40 millions de dinars ont été attribuées pour son achèvement, puis plus rien. Depuis 2016, aucun autre financement n’a été débloqué alors que le reste à réaliser est estimé à 6,2 milliards de centimes.

Quand au siège actuel de l’APC, construit au début des années 1980, il ne répond plus aux normes. Il est exigu, l’administration communale y étouffe. “Cela se répercute sur les conditions de travail du personnel et bien sûr sur la qualité du service fourni. Nous demandons à l’administration de la wilaya (DAL) de nous octroyer les financements manquants pour achever le nouveau siège de l’APC dont les travaux traînent depuis 2010”, a déploré le président de l’APC.

Secteurs de l’éducation et de la jeunesse : les maillons faibles 
Le secteur de la jeunesse et des sports dans la commune d’Ath Douala – qui, pourtant, compte 5 écoles de football dont la plus célèbre est l’USB – est aussi en difficulté malgré l’existence d’un centre sportif de proximité (CSP). Le stade est quasiment inexploitable puisque une bonne partie du terrain a connu un affaissement qui a réduit le stade de moitié. Du coup, le stade n’est pas homologué et les équipes d’Ath Douala n’exploitent que la moitié du terrain.

Bien qu’achevées, la salle omnisport et la piscine semi-olympique butent sur un problème de taille : l’absence d’un réseau d’assainissement pour évacuer les eaux usées. “Notre CSP est presque paralysé par l’affaissement d’une partie du stade et par l’absence d’un réseau d’évacuation des eaux bloqué à cause d’une opposition. Pour ce qui est du stade, notre APC ne peut pas lancer sur ses fonds propres les travaux de réhabilitation. En 2021, une fiche technique à hauteur de 4,2 milliards de centimes a été établie par la DJS, mais nous ne voyons rien venir”, a expliqué M’hamed Nabour. 

Pour ce qui est du secteur de l’éducation, le chef-lieu communal, qui compte près de 400 élèves, ne dispose pas... d’une école primaire. Pour scolariser les enfants, les autorités locales ont dû se rabattre sur les deux bibliothèques communales, dont la plus ancienne n’est qu’un hangar aménagé. Ce qui engendre la surcharge des divisions pédagogiques.

Pour la restauration scolaire, les responsables communaux ont réquisitionné un véhicule pour faire parvenir les repas aux élèves, qu’ils prennent dans leur salle de classe ! “Pour éviter cette situation malencontreuse, nous demandons à la direction de l’éducation de transformer le collège Iboud - occupé actuellement par les collégiens de la commune voisine d’Aït Mahmoud dont le CEM est en voie de finalisation - en école primaire”, préconise le vice-président de l’APC, Merzouk Sam.

L’eau… une fois par semaine 
Dans les 13 villages et le chef-lieu d’Ath Douala, l’eau n’arrive dans les foyers qu’une fois par semaine, et ce, quand tout va bien ! Car lorsqu’une panne ou un éclatement de conduite se produisent, il faut attendre deux semaines, voire plus, pour enfin voir l’eau arriver. À cause de la vétusté du réseau d’AEP, les fuites et les pannes sont récurrentes. Au village d’Ath Mesbah, par exemple, l’eau manque, même en hiver.

En été, les citoyens sont contraints d’acheter l’eau, la citerne de 1 000 litres coûtant jusqu’à  3 000 DA. “Chez nous, l’eau potable est une denrée rare et onéreuse. Nos robinets sont toujours à sec, même en hiver !”, a regretté Amar, un citoyen de ce village. “Pour étancher notre soif, nous n’avons d’autre choix que d’acquérir des citernes  au prix de 3 000 DA”, a-t-il poursuivi. “Le plus affligeant est de constater les multiples fuites d’eau sur le réseau. L’eau coule sur la chaussée et rarement dans nos robinets”, a dénoncé Ahmed, un autre habitant. 

S’agissant du réseau d’assainissement, bien que les villages en disposent, les nouvelles constructions et les habitations éparses n’y sont pas raccordées. Il est clair que les eaux usées du flanc nord d’Ath Douala se déversent dans la nature et finissent souvent leur course dans le barrage de Taksebt, alors que les deux stations d’épuration prévues dans cette commune, pour justement protéger cet ouvrage hydrique, sont gelées. 

À Ath Douala, si le réseau de distribution de gaz a atteint un taux appréciable qui avoisine les 98%, le programme d’électrification rural, lui, accuse un énorme retard. “Plusieurs groupes d’habitations à travers de nombreux villages ne sont pas raccordés au réseau d’électricité. Nous avons recensé au moins 700 foyers non branchés”, a expliqué Nabour M’hamed. “Nous n’avons reçu aucun programme d’extension depuis au moins 5 ans. Nous demandons à la direction des mines et de l’industrie et à Sonelgaz de nous accorder des programmes d’extension et d’inscrire de nouveaux postes maçonnés pour raccorder ces foyers. 

Ce qui va aussi régler le problème des coupures et des chutes de tension”, a conclu le président de l’APC d’Ath Douala, tout en espérant voir également la fibre optique atteindre les 10 villages sur les 13 de sa commune, qui attendent cette commodité qui commence à devenir vitale. 
 

Par : Hocine TAÏB

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