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A la une / Reportage

15 ans après son lancement, le nouveau stade de tizi ouzou toujours en chantier

Le joyau embourbé

© D.R.

Réalisé par : MOHAMED HAOUCHINE

Le projet a déjà consommé la bagatelle de 54 milliards de dinars, soit l’équivalent  d’environ  320 millions  d’euros,  alors  que  le  taux  de réalisation n’est que d’à peine 80%.

Décidément, c’est à croire que les projets de réalisation des grands stades de football en Algérie sont poursuivis par une malédiction qui ne dit pas son nom. En fait, tout se sait et se banalise chez nous, car il faut bien admettre que l’incompétence des uns et la voracité des autres auront engendré tant de ratages et de convoitises à n’en plus finir. Sinon, comment expliquer que les projets annoncés en grande pompe des deux grands stades de Sétif et de Constantine, par exemple, sont tombés à l’eau lors des années d’opulence où, pourtant, l’argent coulait à flots au niveau du Trésor public ?

Peut-on savoir aussi pourquoi les quatre grands stades de Douéra, de Baraki, de Tizi Ouzou et d’Oran ont eu bien du mal à sortir de terre ? Encore que le dernier nommé est la seule arène sportive qui a pu échapper au naufrage, tout cela, par la grâce de cette 19e édition des Jeux méditerranéens que la capitale de l’Ouest algérien devait abriter initialement du 25 juin au 5 juillet 2021 mais qui ont été finalement – et fort heureusement – reportés à l’été 2022 à cause de la propagation de la pandémie de coronavirus.

C’est dire que, par la force des choses, l’État algérien a été contraint de sortir les gros moyens à Oran pour permettre à notre pays de relever un tel gros défi, comme il l’a déjà fait pour les JM de 1975 à Alger et les Jeux africains de 1978 et 2007, sans oublier la CAN de football de 1990. Constat amer, les deux nouveaux projets de stade d’Alger continuent de s’embourber malheureusement à Douéra et à Baraki, alors que le sort du nouveau stade de Tizi Ouzou agonise toujours dans les marécages de Boukhalfa, alors que son taux de réalisation est pourtant évalué à… 80% ! 

Le Groupe ETRHB-FCC avait raflé le marché 
En fait, l’histoire du nouveau stade de Tizi Ouzou mérite bien d’être contée, car elle fut malheureusement parsemée d’obstacles et de zones d’ombre qui ont fait qu’au fil des années un tel projet, pourtant favorablement accueilli par toute la population et la jeunesse de Kabylie, aura traîné en longueur et ce, au grand dam des sportifs de la région.

Si son acte de naissance remonte au début des années 2000 alors que les travaux d’étude et de suivi, qui avaient été confiés au BET Dune-Architecture d’Alger, ont débuté en 2006, il faut savoir que les travaux de réalisation de ce mégaprojet n’ont été entamés qu’en 2010 ! Et pour cause, les travaux de déblaiement avaient buté sur la rudesse d’un terrain très accidenté et fortement vallonné, alors que le choix de l’entreprise de réalisation fut quelque peu difficile à trancher.

Cinq grosses cylindrées avaient soumissionné au départ, soit les deux entreprises portugaises Abrantina et Teixeira, le groupement chinois MCC, ainsi qu’une entreprise irlandaise et enfin le Groupement d’entreprises algéro-espagnol ETRHB Haddad-FCC Barcelone. Et ce fut sans surprise aucune que le duo algéro-espagnol remporta aisément le marché du fait que la firme espagnole, qui était le chef de file du projet, s’était targuée d’avoir réalisé plusieurs stades d’envergure en Europe, dont le fameux Aréna-Stadium de Munich qui fut confié à sa filiale autrichienne dénommée Alpine. 

L’on pensait alors que l’expérience du célèbre constructeur catalan allait peser de tout son poids pour la réalisation un tel projet dans les délais impartis qui étaient de quarante mois au départ. Finalement, il n’en fut rien, car les Espagnols n’avaient pas mis les gros moyens humains et matériels au chantier de Boukhalfa, et cela avait abouti à des conflits incessants avec les responsables du partenaire algérien ETRHB et du BET Dune-Architecture chargé des études et surtout du suivi rigoureux du projet.

Les Espagnols ont plié bagage en 2014 
Il faut dire que le projet initial portait sur la réalisation d’un stade de 40 000 places sur un terrain de 19 ha pour une première enveloppe de cinq milliards de dinars. Finalement, avec les grands travaux de nivellement du terrain, le projet a été revu à la hausse, puisque le stade de football avait pris l’ampleur d’un véritable complexe omnisport s’étalant sur une assiette impressionnante de 60 ha comportant un stade de football de 50 000 places ainsi que des terrains de réplique, le tout agrémenté d’un stade d’athlétisme de 6 000 places et surtout d’un hôtel de haut standing qui fut malheureusement jeté aux oubliettes.

Et si les travaux avaient débuté timidement du fait que l’approbation des plans avait enregistré un certain retard au niveau du CTC, les premiers coups de pioche n’ont débuté, en fait, qu’en 2011, mais la cohabitation entre les Espagnols du FCC Barcelone et les Algériens de l’ETRHB-Haddad fut souvent conflictuelle, à un tel point que, malgré les rappels à l’ordre incessants du MJS et de la wilaya de Tizi Ouzou, le chantier avançait à pas de tortue tout en engloutissant des sommes colossales souvent dues à des avenants et à de fréquentes revalorisations de marchés à vous couper le souffle.

Finalement, le chantier de Boukhalfa buta sur de nombreux arrêts de travail qui donnèrent lieu à de grandes fissures entre le FCC et l’ETRHB, avant d’aboutir au divorce inévitable entre les deux entreprises espagnole et algérienne, qui fut officiellement acté en 2014. 

Plus cher que ceux de Turin et Munich 
Résultat des courses, les Espagnols avaient plié bagages et l’Etrhb-Haddad se retrouva seule aux commandes, puis fit appel à un sous-traitant étranger, en l’occurrence le Groupe turc “MAPA” qui, il faut bien le souligner, aura mis les bouchées doubles, notamment depuis octobre 2014 jusqu’au mois de février 2015, pour rattraper, quelque peu, le temps perdu et donner ainsi âme et forme au nouveau complexe sportif de Tizi Ouzou. Malheureusement, ces dernières années, la crise politico-financière qui s’est abattue sur le pays a fait que de gros problèmes de trésorerie ont alors surgi et les coûts de réalisation tout comme les prix des matériaux avaient flambé entre-temps sur le marché international.

Et si le vieil adage nous fait souvent rappeler que “le temps, c’est de l’argent”, voilà que tous ces aléas ont malheureusement joué contre l’évolution du chantier et le coût du projet. Et pour preuve, d’une enveloppe initiale de (5 milliards de dinars en 2005 pour un stade de 40 000 places, le projet fut ensuite réévalué à hauteur de 6,25 milliards de dinars pour une capacité de 50 000 places assises et couvertes avant d’atteindre, de nos jours, la bagatelle incroyable de 54 milliards de dinars algériens, autrement dit 5 400 milliards de centimes, soit l’équivalent de 320 millions d’euros, ce qui relève tout simplement de la folie, alors que le taux de réalisation du projet n’est encore qu’à 80% à peine.

De tels chiffres donnent le tournis puisqu’ils représentent pratiquement le double du coût de réalisation du nouveau stade emblématique de la Juventus de Turin, un chef-d’œuvre plus connu sous le nom commercial d’“Allianz Stadium”, qui fut réalisé pour la somme globale de 155 millions d’euros pour une capacité de 41 000 places et un délai de réalisation de trois ans bien bouclés, soit de 2009 à 2012. Autre comparaison de taille, le coût du majestueux stade “Allianz-Arena” du Bayern de Munich est de l’ordre de 346 millions d’euros pour une capacité de 75 000 places clés en main et réalisé, lui aussi, en l’espace de trois ans à peine, soit de 2005 à 2008.  

À l’agonie depuis 2019 
N’est-ce pas que le projet du nouveau stade de Tizi Ouzou aura connu une véritable fortune au Trésor algérien, alors que sa réception finale fut reportée à plusieurs reprises durant ces dernières années qui ont vu défiler de nombreux ministres de la Jeunesse et des Sports de Djiar jusqu’à Khaldi en passant par Tahmi, Khomri, puis Ould-Ali, Hattab et Bernaoui, sans pour autant voir le jour. 

Finalement, les travaux du stade ont été interrompus le 5 mai 2019 et le projet est à l’agonie depuis cette date, ce qui a amené l’actuel ministre de la Jeunesse et des Sports, Sid-Ali Khaldi, à prononcer la résiliation définitive du contrat de l’ETrhb-Haddad depuis le 17 juillet 2020 et à charger, de ce fait, la société “Dune Architecture” d’Alger et son architecte principal, Omar Malki, concepteur et chargé du suivi du projet, d’élaborer un cahier des charges pour procéder au parachèvement de ce chantier à l’arrêt depuis presque deux ans. “C’est quand même dramatique qu’un tel projet se trouve à l’arrêt depuis deux ans, alors que le plus dur a été déjà réalisé, puisque le taux d’avancement du projet est évalué à 80% et que les 20% restants peuvent être achevés pour peu qu’on choisisse une entreprise spécialisée en réalisation d’infrastructures sportives qui a de gros moyens humains et matériels”, nous dira l’architecte bien connu, Omar Malki, qui estime que le reste de la cagnotte financière allouée au stade peut suffire aisément pour terminer le projet.

“En fait, il reste à terminer les travaux d’électricité, d’étanchéité et de finition des vestiaires, des bureaux administratifs, des buvettes, du Salon VIP et des sanitaires sans oublier l’hôtel de 40 chambres attenant au stade, le système de drainage de la pelouse qu’il faut rénover complètement du fait qu’il s’est malheureusement détérioré et enfin, procéder à l’installation des 50 000 sièges prévus qui doivent être solides et confortables, car il faut dire que ceux qui ont été déjà importés sont malheureusement de mauvaise qualité et ne répondent guère aux normes internationales exigées par la FIFA”, dira encore Omar Malki, qui espère, de tout cœur, que l’État renouvelle le contrat du bureau d’études pour élaborer un cahier des charges susceptible de fixer les modalités de reprise des travaux de ce mégaprojet et donner son avis et ses conseils pour le choix d’une entreprise expérimentée et capable de terminer tous les lots techniques et les finitions susceptibles d’être réalisés en l’espace d’une année au maximum. Tout cela contribuera certainement à achever les travaux de ce grand stade que la population et les sportifs de Kabylie attendent éperdument depuis près de deux décennies déjà.


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