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Sport / Sports

Ali Fergani, ex-entraîneur national

“L’état de la pelouse de Tchaker catastrophique et honteux”

© Archives Liberté

L’ex-capitaine et entraîneur de l’équipe nationale Ali Fergani apporte un éclairage objectif sur le rendement des Verts, mardi, contre le Burkina Faso et analyse ce qui n’a pas fonctionné dans l’équipe. 

Liberté : L’équipe nationale s’est qualifiée difficilement pour les barrages du Mondial 2022. Comment analysez-vous la dernière sortie des Verts contre le Burkina Faso ? 

Ali Fergani : Il faut d’abord féliciter la sélection nationale pour sa qualification méritée au match barrage arrachée au bout d’un parcours presque sans faute et après avoir remporté une CAN en Égypte. Sur le plan de la performance donc, l’EN reste sur une bonne et régulière dynamique. Et ce n’est pas parce qu’aujourd’hui notre sélection nationale a raté son match, sans doute le plus mauvais depuis la venue de Belmadi, qu’il faut remettre tout en cause. Dans le football, ce genre de jours sans arrivent. Cependant, nous avons obtenu un nul heureux. Nous avons vécu des moments difficiles sur les nerfs. Personnellement, même avec le second but de Feghouli, je suis resté inquiet. Nous avons poussé un grand ouf de soulagement. Désormais, il faut analyser tout cela avec le maximum de recul et détecter ce qui n’a pas fonctionné contre cette bonne équipe du Burkina Faso qui m’a franchement impressionné. Il faut surtout tirer les enseignements afin de rectifier le tir avant la CAN qui va bientôt commencer. Vous savez, parfois, ce genre de ratages vous aident à vous remettre en cause. Nous étions un peu sur un nuage depuis quelques mois avec des réussites à tout bout de champ et cette série de plus de 30 matchs sans défaite. Là, nous redescendons un peu sur terre avec néanmoins aucun dégât, puisque nous sommes qualifiés. Ma foi, je pense que cela intervient au bon moment afin que le staff technique relance la concurrence au sein de l’équipe. Il faut donner la chance à d’autres éléments du groupe. J’espère que c’est un mal pour un bien. Nous avons le temps pour nous ressaisir avant la CAN. 

En tant que technicien, vous avez sans doute détecté les lacunes auxquelles vous faites d’ailleurs allusion, n’est-ce pas ? 

Avant tout, je pense que nous avons assisté à trop de défaillances sur le plan individuel. Trop de joueurs sont passés à côté du sujet. Cela a évidemment impacté le rendement collectif de l’équipe. Il y a eu aussi l’état de la pelouse du stade Tchaker franchement catastrophique et honteux. Il est inadmissible qu’un pays comme l’Algérie ne possède pas une pelouse à la hauteur de son football. C’est inexplicable et frustrant. Je me demande d’ailleurs pourquoi la FAF zappe à chaque fois le stade du 5-Juillet alors qu’il était notre temple avec une pelouse visiblement en bon état. Il y a aussi le nouveau stade d’Oran qui peut être exploité. 
La pelouse du stade Tchaker était impraticable, gorgée d’eau ; elle a beaucoup gêné l’évolution de nos joueurs. Certains peuvent répondre que les Burkinabés n’ont pas tellement souffert pour leur part de l’état de la pelouse. C’est vrai, ils ont développé leur jeu, ils ont eu la maîtrise, mais cela nous renvoie justement à la troisième explication : le mental. Les Algériens ont été submergés par l’enjeu de la rencontre. Ils ont eu peur de mal faire. Là aussi ce sont des choses qui arrivent dans le sport de haut niveau. C’est normal. Dans ce genre de match couperet, c’est le résultat qui prime. En revanche, les Burkinabés semblaient plus zen, plus décontractés ; il savaient que la pression était du côté algérien. Ils ont tout donné sans calcul. C’est une différence importante. 

Le fait d’avoir opté pour un schéma tactique en 4-4-2 au coup d’envoi du match était-il un bon choix ? 

Il est vrai que jouer avec deux pointes en attaque avec Slimani et Bounedjah, deux avant-centres qui ont pratiquement le même profil, n’a pas permis à l’EN de se produire à son avantage. Cependant, je dois dire que si sur l’action entre Mahrez et Bounedjah, l’EN avait tué le match avec un second but à la 33e minute de but, soit quatre minutes avant l’égalisation de l’adversaire, nous ne serions pas là en train de tenir ce genre d’analyse. C’est aussi cela le football. C’est dire que le rendement individuel pèse sur le cours du match. Prenez par exemple Zerouki et Benacer : ils étaient très loin de leur niveau habituel. Ils nous ont habitués à beaucoup mieux. 
Notre flanc droit avec Benayada était absent, alors que Bensebaïni était timide en première mi-temps avant de se rebiffer après la pause. Il a plus participé aux attaques des Verts. C’est ce qui est demandé dans le football moderne : bien défendre et surtout apporter du dynamisme et de la percussion dans les couloirs. Il faut relever aussi le match très moyen de Mahrez qui, souvent, constitue le moteur de l’équipe. Il n’a pas brillé comme d’habitude. L’état de la pelouse n’explique pas tout. 

Le duo Benlamri-Mandi a également régressé, n’est-ce pas ? 

Oui, cela fait partie des défaillances individuelles dont je parlais. Benlamri n’est pas au top de sa forme. Il l’avoue lui-même. Le choix d’être parti la saison dernière à Lyon n’a pas été judicieux. Le club français ne l’a pas utilisé. Il n’a pratiquement pas joué. Cela a influé sur son rendement, surtout qu’il a été ensuite blessé pendant un bon moment. Il en est de même pour Mandi qui ne joue pas beaucoup dans son nouveau club à Villarreal. Ce sont là des paramètres importants. Belmadi le sait très bien. 

Cependant, il y a eu un certain Belaïli…
Belaïli a été incontestablement l’homme du match. Il sort du lot et de loin. C’est lui qui était derrière les deux buts. Un véritable poison pour l’adversaire. C’est une chance pour les Verts d’avoir récupéré un tel talent, lui qui est passé par une période difficile. C’est une valeur sûre de l’équipe qui peut faire la décision à n’importe quel moment du match. 

À un mois et demi de la CAN, pensez-vous que la prestation peut inquiéter ? 

Écoutez, je pense que le coach national Djamel Belmadi a ressenti la même chose que nous, c’est-à-dire qu’il va falloir rectifier le tir et apporter des solutions avant la CAN. Il sait mieux que quiconque que le doute peut s’installer. Il va relancer la concurrence et peaufiner les compartiments de jeu. Ce match contre le Burkina Faso peut servir de référence pour relancer la machine et voir ce qui n’a pas fonctionné comme d’habitude. Il faut rappeler d’ailleurs que même lors du match aller nous avons été dominés en seconde période. Lors du match retour, c’est toute la rencontre que nous avons ratée. Cela peu être inquiétant en effet à l’approche de la CAN, où nous sommes attendus par toutes les équipes. Nous serons l’équipe à battre en raison de notre statut de tenant du titre. Nous allons observer les matchs amicaux avant la CAN.

Quel sera pour vous l’objectif de l’Algérie dans cette CAN ? 

Pour moi, si nous atteignons le stade des demi-finales, la mission sera accomplie. Ca sera une autre belle performance qui nous mettra dans des conditions favorables en perspective des barrages. C’est pour moi la meilleure façon de préparer les barrages. 

Justement, avez-vous une préférence pour les barrages ? 

Vous savez, avec le Mali, le Cameroun, le Ghana, la République du Congo et l’Égypte comme adversaires potentiels, vous êtes sûr de tomber sur un gros morceau. Nous aurons néanmoins l’avantage de recevoir au match retour. Ce sera dur, mais notre équipe a les moyens de faire bonne figure à la CAN et de se qualifier en Coupe du monde, qui reste notre principal objectif.

 

Entretien réalisé par :  Samir Lamari

 


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