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Comme une résonance à l’appel de février 2019

Deuxième vague

© Louiza Ammi/Liberté

Plusieurs  villes  du  pays  ont  renoué, en  ce 22 février, avec  les grandes mobilisations populaires comme pour signifier que la marche entamée il y a  deux  ans n’a  pas encore  abouti.  Dans  un  pacifisme  légendaire, les Algériens continuent d’exprimer avec force leur désir démocratique. Dans la capitale, la mobilisation était exceptionnelle.

“Nous ne sommes pas venus pour faire la fête , mais pour que vous partiez !” Un slogan scandé tout au long de la journée d’hier, au centre-ville d’Alger, par des milliers de manifestants qui renouent ainsi avec le mouvement citoyen insurrectionnel du 22 Février 2019.

À la place Audin, au cœur d’Alger, Hamid, la quarantaine, drapé dans l’emblème national, explique, un tantinet fougueux : “Je crois que ce slogan résume tout. C’est une réponse tranchante à la voix officielle qui tente de récupérer le Hirak, en lui donnant le cachet ringard d’une célébration folklorique.”

“Les Algériens ne sont pas dupes. Rien ne les fera reculer dans leur quête d’un changement sérieux et radical”, ajoute-t-il. Midi passé, sous une pluie fine et au milieu d’un dispositif sécuritaire impressionnant, jeunes, moins jeunes, hommes, femmes… affluent de tous les quartiers de la capitale vers la rue principale, Didouche-Mourad, haut lieu de manifestations populaires historiques depuis 2019.

Sourire aux lèvres, le regard admiratif, Nacéra, la cinquantaine, ne cache pas sa joie de renouer avec les marches populaires. “Je ne me sentais pas bien ce matin. J’avais mal à la tête. Mais quand j’ai entendu les clameurs des premiers manifestants à Didouche-Mourad, j’ai appelé une amie et lui ai demandé de me rejoindre pour manifester”, relate cette habitante du centre d’Alger et qui jure n’avoir jamais raté aucune marche depuis le début de la révolution. “Nous devons maintenir la pression de la rue. C’est ici que tout se joue. Non… mieux… c’est ici que se joue l’avenir de nos enfants…”, précise-t-elle en promettant d’occuper encore la rue aussi longtemps que la situation l’exigera.

Son amie qui habite à un jet de pierre du domicile de Nacéra enchaîne : “Tant que les revendications essentielles du Hirak — Un État de droit, une justice libre, des représentants légitimes, l’ouverture du champ politique et médiatique — ne sont pas satisfaites, nous devons continuer de sortir dans la rue. C’est le seul rapport de force”, soutient-elle, avant que les deux dames ne rejoignent la foule compacte qui n’a rien oublié des chants et slogans du Hirak.

“État civil et non militaire”, “Les généraux à la poubelle, l’Algérie aura son indépendance”, “Libérez la justice”, “Algériens unis contre la mafia”, “Nous ne nous arrêterons pas” sont autant de slogans scandés à tue-tête par les milliers de manifestants, les uns arborant l’emblème national, d’autres des pancartes à l’effigie des figures historiques du mouvement national, tandis que d’autres encore déploient l’emblème amazigh, présent, d’ailleurs, en force hier.

Une façon de signifier peut-être que l’ère des arrestations violentes liées aux drapeaux berbères, du temps du défunt Gaïd Salah, est bel et bien révolue ! Le caractère pacifique du Hirak a été également maintenu. Si parfois, quelques échanges virulents éclataient entre jeunes, ils seront vites circonscrits par d’autres manifestants qui appellent au calme.

“Il faut préserver le caractère pacifique de ce mouvement”, rappelle l’avocat et figure emblématique du Hirak, Mustapha Bouchachi, présent à la marche. “La violence ne mènera à rien. Nous devons être vigilants. Le Hirak a forcé l’admiration du monde entier par son pacifisme. Il faut maintenir cet aspect important”, explique-t-il aux nombreux jeunes qui l’entouraient.

Un manifestant l’interpelle et l’interroge sur le remaniement ministériel effectué par le chef de l’État, la veille. “Le régime est aux abois. Il tente encore de se recycler, mais visiblement, sans succès. Dos au mur, Il n’est même pas capable de proposer aux Algériens des figures sérieuses. Le régime est finissant. Le Hirak doit continuer et maintenir le rapport de force”, dit-il. 

À 14h passées, toute la rue Didouche-Mourad était déjà noire de monde. Du Sacré-Cœur jusqu’à la place Audin, la procession humaine avançait sous les youyous des femmes depuis leurs balcons.  Mais cette vague humaine qui a déferlé sur le centre d’Alger n’a pas contraint les commerçants à baisser rideau. Les cafés et restaurants ont maintenu leurs services. Et il y avait même des clients qui devisaient alors que le foule ne cessait de grossir.

Attablé dans une cafétéria, à la rue Charras, attenante à la rue Didouche, Toufik, la trentaine consommée, discute avec deux de ses amis. Au menu de leur échange : le dernier discours du chef de l’État. “J’espère que les dirigeants comprendront cette fois que les Algériens ne reculeront plus jusqu’à la satisfaction des revendications du Hirak”, dit Toufik.

Pour un de ses amis, les marches d’aujourd’hui, à travers tout le pays, sont un message cinglant contre l’entêtement des décideurs à maintenir leur feuille de route sans prendre en considération la voix des Algériens. “Nous ne pouvons pas aller à contre-courant de l’histoire qui est en marche”, affirme-t-il. Non loin de là, des voix s’élèvent et promettent : “Demain (aujourd’hui, ndlr), ce sera la marche des étudiants.”
 

Reportage réalisé par : KARIM BENAMAR

 


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