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Walid Nekkiche revient sur son séjour carcéral

“J’ai vécu l’enfer à Ben Aknoun”

Walid Nekkiche chez lui à Ath Messaoud en Kabylie. © Liberté

Cinq jours après la libération du jeune étudiant, Walid Nekkiche, son domicile  familial, à  Ath  Messaoud, aux  confins  de  la  commune de M’kira, dans la daïra de Tizi Gheniff, à l’extrême sud de Tizi Ouzou, ne désemplit pas.

C’est un garçon encore affaibli qui dissimule à peine son traumatisme que nous avons rencontré dans son village reculé de la  basse  Kabylie. Cinq jours après  sa  libération, Walid  Nekkiche tente  de reprendre difficilement une vie ordinaire au milieu des siens, entouré de ses camarades.

Son  domicile  familiale, une  vieille habitation  de  deux  pièces  en  terre battue, à Ath Messaoud, aux confins de la commune de M’kira, dans la daïra de Tizi Gheniff, ne désemplit toujours pas. Ils viennent lui témoigner soutien et 
solidarité. 

Il n’est plus ce jeune étudiant plein de fougue, d’espérance et de rêves, lui qui aime tant la mer et son immensité. Sa vie à basculé pour sombrer dans un interminable cauchemar depuis ce maudit 26 novembre 2019 où il fut arrêté lors d’une marche des étudiants à Alger avant d’être jeté au cachot. 

Il passe quatorze longs mois de détention à la maison d’arrêt d’El Harrach. Faisant face à des accusations qui feront trembler le plus redoutable des robins des bois. Durant près de 420 jours, Walid a vécu dans le silence, dans sa cellule, une lourde souffrance. Dans sa solitude carcérale, il devait puiser de ses ressources pour ne pas craquer. Pour ne pas devenir fou. 

Dur de rester debout après avoir subi un traitement aussi dégradant qu’inhumain. Comment peut-on survire à la torture ? Comment peut-on continuer à vivre normalement lorsqu’on a subi des sévices sexuels dans un endroit censé protéger ! L’ex-détenu, visiblement toujours affaibli, dit avec sa voix à peine inaudible se souvenir douloureusement du calvaire qu’il a vécu dans les locaux des services de sécurité en ce novembre 2019.

“J’ai d’abord été conduit au commissariat de La Casbah, puis  à  celui de Bab El-Oued où on m’a accablé de procès-verbaux d’audition. Jusque-là, c’était pour moi tout à fait normal. Car  je  m’attendais  à  être  relâché  au terme de ces deux auditions. Malheureusement, ce ne fut pas le cas. J’ai été transféré à la caserne  de  Ben Aknoun où j’ai passé  six jours  où  j’ai vécu l’enfer. Il y avait beaucoup  de  pression  sur  moi.  Après  ce  long passage angoissant dans  ce  sinistre  lieu,  j’ai  été  présenté  au  juge d’instruction du tribunal de Bab El-Oued avant d’être incarcéré à la prison d’El-Harrach”, dit-il en se rappelant ce sinistre épisode. Le jeune homme, qui a fêté son 25e anniversaire en famille, a vécu le pire : la torture ! “J’ai beaucoup enduré durant ces quatorze mois de prison et surtout les six jours passés à Ben Aknoun.”

Accueilli en héros dans son village, célébré partout dans le pays et au-delà pour son courage d’avoir dénoncé les sévices qu’on lui a infligés devant un tribunal qui a failli le condamner à la perpétuité, Walid ne nourrit pas de haine. Quelle grandeur ! Quelle leçon d’humanité face à la barbarie !  

“Maintenant, je suis quand même réconforté de voir tant de personnes venir me soutenir. Je savais que la mobilisation pour ma libération et celle de tous mes codétenus n’allait pas s’estomper”, se console-t-il.

“Le jour de mon procès, le réquisitoire du procureur général m’avait abattu. Heureusement, je ne me suis pas effondré parce que j’étais confiant que les avocats étaient décidés et bien outillés pour faire tomber les accusations fallacieuses retenues à mon encontre. Pour mes parents, il fallait que je tienne le coup”, raconte-t-il, le regard hagard lorsqu’il se rappelle ces moments cruels. Il s’arrête quelques instants avant de continuer son récit.

“J'ai été arrêté le mardi 26 novembre 2019 à la place des Martyrs tout juste avant le début de la marche. Il y avait beaucoup de policiers ce jour-là. Il ne faut pas oublier que quelques jours seulement nous séparaient de l’élection présidentielle du 12 décembre 2019 rejetée par le peuple algérien. Je ne m’attendais pas à être arrêté. Mes camarades avaient fait de la résistance pour me libérer. En vain”, a-t-il continué, la gorge nouée.

Passée la forte émotion, Walid poursuit : “Je n’avais rien compris, je n’avais rien fait d’illégal. Nous marchions tous les mardis depuis le début de la Révolution du sourire.” Il y a eu des arrestations. Mais nombreux sont les marcheurs qui étaient relâchés juste après avoir été entendus.

Il ne s’attendait pas  du tout  à  suivre  le  reste  des  événements derrière les barreaux. Il ne se doutait pas  un instant  qu’il allait  passer de  longs mois en prison. Walid estime juste avoir assumé sa citoyenneté sans porter atteinte à personne et à aucune institution.

“Il ne peut pas faire de mal à une mouche.  Je  l’ai rencontré plusieurs  fois à Alger en compagnie  d’étudiants de notre  village. Il  participait  à  toutes  les marches du mardi. Il aspirait à plus de liberté et de démocratie”, assure à de ses amis. “Nous souhaitons que ses tortionnaires soient jugés et condamnés pour leurs actes inhumains. Il faudra l’accompagner pour qu’il reprenne une vie normale et poursuive ses études”, enchaîne un autre.

En effet, les appels à l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur ce qu’il a enduré se multiplient. L’opinion publique nationale et internationale s’est emparée de son affaire. En attendant, le jeune étudiant, qui a enfin retrouvé son écrin familial, espère surtout être innocenté. 

“J’espère que je serai définitivement acquitté pour terminer ma troisième année et prendre la mer pour une année de formation pratique, car je suis étudiant dans la filière navigation”, clame-t-il. 

Mais avant de le quitter, Walid n’a pas oublié d’avoir une pensée pour les autres détenus du Hirak et a lancé un appel pour leur libération.
 

O. Ghilès

 


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