L’Actualité Abdelbaki Benziane, ministre de l’Enseignement supérieur

"L’université Algérienne doit s’ouvrir sur le monde"

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Karim BENAMAR Publié 17 Mai 2021 à 00:35

© Yahia Magha/Liberté
© Yahia Magha/Liberté

L’université algérienne est en crise. C’est un fait. Si l’État a investi massivement dans les infrastructures, au plan pédagogique, une formation de qualité demeure le parent pauvre de la réforme universitaire. En l’absence d’une stratégie globale, pérenne et performante, nos établissements ont cumulé les mauvais points des années durant. Dans les classements mondiaux, l’Algérie n’a presque plus droit de cité, alors que le pari de l’employabilité, jonction entre l’université et le monde du travail, reste un rêve lointain, un énorme défi à relever. Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, même s’il partage ce constat, refuse, cependant, de céder à la fatalité. Installé dans ses fonctions en juin 2020, il tente de donner un autre souffle à l’université algérienne en mettant en place une stratégie à même, selon lui, de guérir l’université algérienne de ses éternels maux.

Liberté : Quel bilan d’étape faites-vous de l’année universitaire dans un contexte de crise sanitaire mondiale ? 
Abdelbaki Benziane :
La priorité, dès mon installation, en juin 2020, était de faire face à la pandémie mondiale liée au coronavirus. Le défi qui s’imposait à nous, dans ces conditions, était double : d’une part, gérer l’année universitaire qui tirait à sa fin (les cours ayant été suspendus, dès le 12 mars 2019, pour 1 million six cent cinquante mille étudiants) et, d’autre part, préparer les meilleures conditions pour entamer l’année universitaire 2020-2021, en accueillant la nouvelle population estudiantine. Un dispositif d’urgence répondant autant aux préoccupations sanitaires nouvelles qu’au volet pédagogique a, par conséquent, été mis en place.
Avec un peu de recul et après évaluation, je peux dire que c’est un dispositif qui présente des points forts et des points faibles. Je peux citer, à ce propos, la forte et salutaire mobilisation de nos enseignants qui se sont adaptés aux nouvelles exigences de l’heure consistant en la réorientation de nos enseignements vers un modèle d’enseignement hybride ou à distance permettant ainsi de libérer 400 000 nouveaux diplômés. Un succès, sachant que la plupart de nos établissements (109) n’y étaient pas préparés, hormis quelques exceptions comme les instituts de communication et des nouvelles technologies où l’enseignement à distance était déjà très avancé. Les points faibles, quant à eux, ont été recensés au niveau de la plateforme mise en place et dont la performance a, quelque peu, été décriée en raison notamment de la faiblesse du débit internet. Des étudiants se sont plaints de ne pas avoir pu y accéder. 

Avec cette contrainte du débit internet, comment allez-vous généraliser l’enseignement hybride que vous appelez de vos vœux ? 
Lorsque nous avons entamé la nouvelle année 2020-2021, nous avons mis en place un autre dispositif plus cohérent et qui tient compte de notre évaluation de l’ancien dispositif de 2019 sans lequel, je précise, nous n’aurions pas terminé l’année et encore moins entamé la nouvelle. Sur la question de l’enseignement hybride, les avis divergent. Il y a, d’un côté, ceux qui prônent sa généralisation considérant que c’est un investissement d’avenir, et je le pense aussi. Mais cela exige deux types de moyens ; humains d’abord, puisqu’il faut former nos enseignants pour pouvoir assurer des cours à distance en tenant compte des exigences pédagogiques.
Matériels, ensuite, et là je veux parler de tout ce qui a trait aux équipements pouvant répondre à cette ambition. Nous avons signé une convention avec le ministère de la Poste et des Télécommunications pour pouvoir améliorer le débit internet avec l’option de le multiplier par dix au niveau de nos établissements. Nous sommes actuellement en phase d’élaboration des cahiers des charges avec ce ministère pour mettre en place les équipements nécessaires pour augmenter ainsi le débit internet et permettre aux établissements du Grand Sud notamment d’en bénéficier. C’est tout un chantier qui est actuellement ouvert dans une démarche participative (enseignants, chercheurs et étudiants). Nous envisageons également de solliciter le savoir-faire des Algériens porteurs de ce type de projet à l’international, en plus de capitaliser notre propre expérience dans ce type d’enseignements du futur.  

Quel est l’avantage de l’enseignement hybride ? 
C’est un dispositif qui permettra, dans un premier plan, d’être prêts en temps de crise, comme celle que nous vivons actuellement. Dans un second plan, il permettra une utilisation rationnelle de nos infrastructures, particulièrement dans le contexte actuel de crise financière : nous avons plusieurs projets d’infrastructures et d’équipements déjà gelés. L’enseignement hybride, une tendance mondiale en ce moment, peut également s’avérer efficace et avantageux pour faire face au nombre de plus en plus croissant des nouveaux bacheliers qui franchissent les portes de l’université. Nous nous inscrivons, comme je l’ai dit, dans une démarche participative de moyen et long termes. Il s’agit, en outre, d’un dispositif qui prend en considération l’enseignement des modules fondamentaux qui, eux, demeurent dans un format d’enseignement présentiel.
Les résidences universitaires continuent de faire parler d’elles avec les problèmes liés aux conditions de vie et à l’insécurité qui y prévalent.

Une étudiante est décédée en février dernier, à la Cité U d’Ouled Fayet, à Alger. Quelles solutions envisagez-vous dans ce contexte ?
La question des œuvres universitaires est un problème ancien qui date de 1962. Le dossier n’a jamais été ouvert. Les quelques fois qu’on a tenté d’ouvrir ce dossier se sont limitées à faire des études et des expertises. J’ai pris, depuis mon installation, l’engagement d’aller au fond du problème en allant voir ce qu’il se passe au niveau des résidences universitaires, considérant que les œuvres universitaires sont l’accompagnement de la pédagogie.
Si cet accompagnement pose problème, l’impact est tout de suite ressenti au niveau du fonctionnement pédagogique. Preuve en est, la majeure partie des grèves qui ont lieu sont liées aux prestations des œuvres universitaires. C’est un dossier que j’ai ouvert. Lors de ma présentation d’un exposé en Conseil des ministres, des orientations ont été données pour lancer une réforme globale des œuvres universitaires, en les adaptant au contexte actuel du développement mondial.
Concrètement, nous avons installé un groupe de travail composé d’experts en économie, en sociologie, de gestionnaires et de représentants d’œuvres universitaires au mois de décembre dernier. Nous avons également travaillé sur une approche comparative avec d’autres pays arabes, africains et européens pour voir comment la question des œuvres universitaires est traitée outre-mer. Un document détaillé a été préparé et remis récemment aux plus hautes autorités de l’État avec des propositions concrètes. Un premier état des lieux des œuvres universitaires a été dressé avec le constat que nous avons été un peu dur avec les œuvres universitaires, en ce sens qu’on a pris quelques exemples des villes où les résidences universitaires présentent des lacunes et on les a généralisées à tout le pays. Après le décès malheureux de l’étudiante Nacéra Bekkouche à la Cité U d’Ouled Fayet 2, nous avons immédiatement entamé un état des lieux de toutes les résidences universitaires, plus de 400, à travers tout le pays. 

À quels résultats êtes-vous arrivés ? 
Le bilan de cet état des lieux a montré que nous avons un quart de nos résidences universitaires qui sont dans une situation plus ou moins déplorable et qui nécessitent, par conséquent, une réelle prise en charge. Une stratégie a été mise en place pour pallier ces lacunes.
Elle consiste à déplacer les étudiants vers de nouvelles résidences - l’État a mis le paquet pour de nouvelles infrastructures - lorsque nous avons cette possibilité comme cela a été fait par exemple à Constantine ou à Médéa. Parallèlement à cela, un programme de réhabilitation des Cités U vétustes a été également enclenché. Je me suis rendu dans 24 wilayas. Je porte une attention particulière à la bonne gouvernance dans les œuvres universitaires. La place sera accordée à la compétence et les responsabilités seront situées.  

Plus jamais de cas de décès dans une résidence universitaire ?  
Le décès de l’étudiante à Ouled Fayet a fait beaucoup de mal à toute la communauté universitaire.

Les parents qui envoient leurs enfants étudier à l’université font confiance à l’État. Nous devons honorer cette confiance en assurant aux étudiants les conditions de leur réussite et leur épanouissement. J’y travaille personnellement.
Le système LMD, mis en place dans notre pays depuis 2004, continue à ce jour de susciter les critiques d’enseignants, de chercheurs et d’étudiants pointant du doigt ses limites. Vous avez-vous-même déclaré que ce système n’a pas atteint ses objectifs. Pourquoi ? Est-il question de revoir ce système ?  Il faut rappeler d’abord que le système LMD est aujourd’hui mis en œuvre partout dans le monde. C’est un système d’enseignement mondial. S’il a été retenu, c’est pour permettre aussi la mobilité aux étudiants à travers le monde. Nous ne pouvions pas rester en décalage par rapport à ce qui se faisait dans le monde, au risque de nous isoler ! Ce n’est bon ni pour l’enseignant ni pour l’étudiant. Maintenant, et là j’en viens aux critiques formulées, il est vrai que lorsque ce système a été mis en place chez nous, il n’a pas été adopté dans toute sa philosophie. À commencer par le fait que l’université algérienne a fonctionné pendant des années avec deux systèmes parallèles : le système classique et le LMD. Nous mesurons aujourd’hui les conséquences d’avoir laissé ces deux systèmes fonctionner en même temps. Il est également vrai que le LMD, tel qu’il a été adopté chez nous, n’a pas pris en considération l’aspect professionnalisant qui permet aux étudiants de rejoindre le marché du travail très rapidement, l’objectif étant d’aller vers l’employabilité.

Sous-entendez-vous que c’est un échec ?
Je n’utiliserai pas ce mot. Il s’agit plutôt d’une réforme qui n’a pas été poursuivie jusqu’au bout ! On a fait deux évaluations de ce système, une en 2008, une deuxième en 2016. Cette dernière a montré que les textes d’application de la réforme n’ont malheureusement pas suivi. Par conséquent, toutes les imperfections et les anomalies n’ont pas pu être corrigées à temps. Un exemple concret et édifiant : on a mis en place la réforme LMD en 2004 avec un décret régissant le fonctionnement de l’université qui date de 2003. À ce jour, le décret en question reste en vigueur. Cela pour illustrer combien la gouvernance, lorsqu’elle est archaïque, impacte durement l’université.   

Qui y a-t-il lieu de faire dans ce cas ? 
Toute réforme est perfectible. Le plus important est de mettre en place un dispositif d’évaluation continue. Nous sommes actuellement en train de reprendre cette réforme (Système LMD) avec la nouvelle loi que nous avons déposée et qui s’adapte non seulement aux défis de l’université algérienne, mais qui prend également compte des grandes mutations en cours, à travers le monde. Un nouveau mode de gouvernance et d’évaluation est également mis en place. C’est extrêmement important, l’objectif étant de parvenir à une université capable de répondre aux besoins socioéconomiques du pays.
Il s’agit d’une stratégie globale qui doit relever les trois défis qui sont : le premier, la qualité (cela s’applique à la qualité de la formation, de la recherche et enfin de la gouvernance). Le deuxième défi est l’employabilité ; sur ce point, l’université doit répondre aux besoins socioéconomiques du pays. Le troisième défi de l’université algérienne est lié à l’ouverture à l’international. Notre université doit impérativement s’ouvrir sur le monde. 

Vous avez parlé d’une nouvelle loi d’orientation du secteur. Que va-t-elle apporter concrètement ? 
C’est une loi très importante qui comporte 229 articles. Importante, dis-je, parce qu’elle propose une rupture radicale avec les lois précédentes, celle de 1999 précisément. En 22 ans, l’Algérie a beaucoup changé, les besoins aussi. Le contexte n’est plus le même aussi bien en interne qu’en externe. Nous faisons face aujourd’hui à une massification et les données au niveau mondial ont beaucoup évolué. L’université algérienne doit trouver sa place dans cette évolution mondiale. Cette loi permettra de valoriser toute l’activité pédagogique et de la recherche. Elle propose également un autre type de coopération avec les universités du monde. Nous ne serons plus dans un schéma de coopération d’aide, mais dans une formule gagnant-gagnant. Ce qui nous permettra d’innover d’avantage et de proposer ainsi nos propres productions dans les domaines de la formation et de la recherche. Cette nouvelle loi propose également un nouveau dispositif de formation, avec la reconduction, par exemple, des formations d’ingénieur qui ont été abandonnées en 2008. C’est une loi qui prévoit, en outre, un nouveau mode d’organisation des universités qui encourage la modernité et la numérisation. Elle prévoit, par ailleurs, un système de nomination plus fluide, moderne, flexible et démocratique ; ce qui permettra aux acteurs universitaires d’être plus performants immédiatement. Nous avons également intégré dans la nouvelle loi tous les dispositifs existants comme l’assurance/qualité avec un ancrage juridique également pour les maisons de l’employabilité et les incubateurs qui encouragent le rapprochement du secteur économique avec l’université. Nous avons introduit aussi “La semaine scientifique”, un rendez-vous annuel universitaire consacré à la valorisation des travaux de nos chercheurs et scientifiques. C’est un dispositif, parmi d’autres, qui devra avoir pour finalité la valorisation de la recherche, et j’en fais mon crédo.

La crise de l’université algérienne s’illustre par son absence dans les classements mondiaux. Comment la replacer dans ces classements où la concurrence est extrêmement rude ?
L’université algérienne a, en effet, été totalement absente des classements mondiaux pendant quelques années. Elle commence, cependant, à reprendre de la visibilité dans les classements africains et arabes où l’Algérie figure dans le top 100, et dans le top 600 dans le classement mondial. C’est une avancée. Une stratégie est en train d’être mise en place pour revaloriser la place de l’université algérienne dans le monde. Cela exige de nous beaucoup de sérieux, du travail et de l’abnégation. Je suis convaincu que la visibilité et la performance de nos universités exigent une ouverture sur le monde, ce qui nous met en concurrence et encourage l’innovation. Nous avons la possibilité, toutes les chances, de pénétrer ces classements. L’université de Bel-Abbès, par exemple, est bien placée dans le classement de référence de Shangaï, dans le domaine du génie civil. Nous pourrons faire encore mieux à condition de valoriser l’excellence dans nos établissements, de donner à nos chercheurs et scientifiques une visibilité déjà en interne et d’encourager l’innovation et la créativité. Ce n’est pas qu’une question de moyens. Il s’agit de mettre en place tout un écosystème qui permet la mobilité entre nos instituts et universités. Comme c’est également une question de communication et de démocratisation de nos universités. 

Les sciences sociales et humaines connaissent-elles un déclin en Algérie ?
La société et le monde évoluent très vite, les exigences aussi. La famille des sciences humaines, dont je suis moi-même issu, mérite tous les égards et les encouragements. Les défis des sciences sociales sont multiples, pas seulement en Algérie, puisque la problématique se pose même pour les pays les plus développés où on reproche un peu aux sciences sociales de ne pas suivre les grandes mutations en cours. Je considère que ce domaine mérite amplement des encouragements au même titre que les nouvelles technologies. Si nous avons, il est vrai, un besoin presque vital aujourd’hui des technologies, nous avons également besoin des sciences sociales pour accompagner ces grandes mutations et les humaniser. Les deux familles se complètent. Nous avons autant besoin de technologie que de langue et de littérature. 

Des polémiques éclatent épisodiquement autour de l’utilisation soit de la langue française, soit de la langue anglaise dans l’enseignement supérieur. Quelle est votre avis sur cette question ? 
Pour moi, la question ne se pose pas avec cette binarité (français/anglais). Nous sommes, bien au contraire, favorables au développement de toutes les langues. Nous encourageons d’ailleurs nos étudiants, dans leur cycle universitaire, à apprendre plusieurs langues. Aucune d’elles n’est exclue. S’il est vrai que l’anglais est une langue aujourd’hui incontournable et qui mérite donc d’être développée dans nos établissements, les autres langues ne sont pas moins importantes d’autant plus que nos étudiants en sont eux-mêmes demandeurs ! Je vous ai parlé de la nécessité d’ouvrir notre université sur le monde, cela passe également par la maîtrise des langues : le français, l’anglais, le turc, le mandarin, l’allemand et l’espagnol pour ne citer que celles-ci. Quant à l’idéologie, elle n’a pas sa place à l’université.  

Ailleurs, dans le monde, l’université est ouverte sur sa société. Des citoyens lambda accèdent aux bibliothèques et assistent même, dans certains cas, aux conférences. Ce n’est pas le cas en Algérie. Pourquoi ?
Je partage votre constat. Et c’est pour cette raison que je dis que l’université doit avoir un impact sur sa société. Elle doit être la locomotive de la société. Nous avons évoqué plusieurs fois l’ouverture de l’université sur le monde. Un préalable, cependant : il faut d’abord s’ouvrir sur sa propre société.
Or, l’université algérienne a vécu longtemps en vase clos, et c’est le cas de le dire. Tout le travail que nous sommes en train de faire, sur plusieurs chantiers, s’inscrit dans la perspective de rapprochement de l’université du citoyen, mais aussi du secteur économique. C’est un travail que nous sommes en train de mener. Cette semaine, pour la première fois, l’université algérienne a lancé les premiers appels à projet pour le secteur économique, avec tout un dispositif règlementaire. Il y a encore beaucoup à faire. C’est un projet de société qui s’inscrit dans la durée.
 

Entretien réalisé par : Karim Benamar

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