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Hasni Abidi, directeur de CermaM (Genève)

“La diplomatie doit reprendre le dessus”

© D.R

Hasni Abidi est PhD à Global Studies Institute de l’Université de Genève en Suisse. Il est également directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) de Genève. Dans cet entretien, il décrypte les récents développements dans les relations algéro-françaises.

Liberté : Pourquoi, selon vous, le président français Emmanuel Macron, qui était conciliant, a subitement changé de ton ?

Hasni Abidi : Le temps des déclarations conciliantes est révolu. C’est une nouvelle campagne et un autre ton qui domine la scène politique française. La prochaine élection présidentielle est marquée par un glissement vers un discours identitaire dangereux.  Ce discours est, désormais, le fil conducteur de cette élection. Conscient du poids électoral de la droite et de la centralité des questions liées à l’histoire de l’Algérie et de l’émigration, le président Macron tente de rallier cette frange de la population.  Cette surenchère sur une question délicate comme le récit mémorial et la réconciliation est lourde de conséquences. Mais la campagne électorale n’est pas la seule explication à cette sortie de route inattendue. 

S'agit-il de considérations électoralistes ou cela révèle-t-il une crise latente entre les deux pays ?

Il s’agit probablement de l’accumulation de plusieurs crises entre les deux États. La déclaration du président français sur la rente mémorielle exprime une impasse dans ses relations avec Alger. Elle s’est manifestée lors du report sine die de la visite de Jean Castex à Alger. Plusieurs épisodes litigieux silencieux ont émaillé les rapports entre les deux pays. De nombreuses divergences sur des questions internes et externes ont contribué à une situation de blocage qui a fait sortir le président Macron de son ton mesuré et marquer, ainsi, une rupture avec l’Algérie. Les propos de Macron torpillent la démarche conduite par l’historien Benjamin Stora, déjà affaiblie par un accueil mitigé et une médiatisation de son rapport ayant conduit à l’usage politique dépassant sa dimension historique. 

Va-t-on assister à une escalade diplomatique avec, notamment, cette décision de l'Algérie de fermer l'espace aérien aux avions militaires français ?

Cette décision n’est pas une surprise. Le survol a été facilité par le président déchu, M. Bouteflika, mais contesté après son éviction et le départ de son clan. C’est un levier important que l’Algérie actionne pour signifier que son désaccord est à son paroxysme. La fermeture de l’espace aérien aux avions militaires en direction du Mali va impacter la stratégie française au Sahel. Les échanges économiques et la coopération sécuritaire et judiciaire risquent de faire les frais de cette escalade. Alger n’hésitera pas à ajuster sa politique étrangère en fonction de l’évolution de ses rapports avec Paris. 

Globalement, comment appréciez-vous la réaction algérienne ?

La réaction algérienne est très attendue. Ce qui ne l’est pas, ce sont les propos du président français sur trois questions délicates. La Constitution de l’État algérien et la question mémorielle. Considérer cette dernière comme une rente au service du pouvoir est un non-sens. L’Algérie ne pouvait pas rester sans réaction. Mais la retenue est indispensable dans des situations pareilles. D’abord, les relations entre les deux pays sont profondément ancrées dans l’histoire et les autorités algériennes n’ont pas intérêt à ouvrir un nouveau front avec Paris. Par ailleurs, il est à noter que la France sous Macron est dans une logique conflictuelle et de tension avec plusieurs États, le Mali, l’Afrique du Nord, plusieurs États musulmans, la Turquie, et, enfin, la crise suscitée par l'affaire des sous-marins. La diplomatie, le dialogue et la sagesse doivent prendre le dessus.

 

Propos recueillis par : Ali Boukhlef


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