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EXPLOITATION D’ENFANTS DE MIGRANTS SUBSAHARIENS EN ALGÉRIE

La face cachée d’un trafic qui prend de l’ampleur

© Archives Liberté

L’argent amassé, à travers l’exploitation des enfants subsahariens dans les réseaux de mendicité en Algérie, sert à  financer  des  organisations criminelles  internationales, explique  le  sociologue  Mohamed  Saïb Musette, qui lance un appel urgent aux autorités du pays et aux ONG des droits de l’Homme. 

L’exploitation des enfants de migrants subsahariens en situation irrégulière dans des réseaux de mendicité, en Algérie, prend de l’ampleur. Ce phénomène, apparu en 2013, se généralise et s’étend à toutes les villes du pays, petites ou grandes. Les enfants de migrants qui tendent la main, sur nos routes notamment, à la recherche d’une aumône fait quasiment partie du décor quotidien. Un véritable drame humanitaire dont les premières victimes sont les enfants, censés pourtant être protégés par les lois en vigueur dans notre pays. 

Mais devant cette tragédie humanitaire, autorités publiques, ONG des droits de l’Homme ou encore les associations de protection de l’enfance ne semblent pas préoccupées. “Où sont les institutions nationales et internationales comme l’Unicef ? Où sont les ONG des droits de l’Homme et les associations de la société civile ?”, s’interroge le sociologue Mohamed Saïb Musette, à travers un texte rendu public, samedi 18 décembre, coïncidant avec la Journée internationale des migrants.

Dans ce qui ressemble à un véritable coup de gueule, ce directeur de recherche au Cread (Centre de recherche en économie appliquée pour le développement), prend à témoin l’opinion publique, avant que ce phénomène ne fasse des morts, prévient-il.

Dans son texte intitulé Les enfants - victimes de trafic de migrants : impuissances sociétales et institutionnelles ?, le sociologue, auteur de nombreux travaux sur le phénomène de la migration internationale, affirme que la lutte contre l’exploitation des enfants de migrants constitue aujourd’hui un véritable défi autant pour les autorités que pour la société.

“L’un des défis des migrations internationales consistent au trafic de migrants provenant de l’Afrique subsaharienne. Dans ce trafic, il y a des coupables et des victimes. Parmi les victimes, nous observons des centaines d’enfants au niveau même de la capitale, utilisés par des groupes organisés pour la mendicité dans certains points précis”, écrit-il, avant de tirer la sonnette d’alarme sur le danger qui guette ces centaines d’enfants qui vivent, le plus souvent, dans des lieux de vie qui échappent à la vigilance des institutions.

“Cette situation, déjà grave, peut conduire à des drames à tout moment. Les risques sont accrus dans ces lieux de vie qui échappent à la vigilance des institutions. La situation se complique aussi durant cette période hivernale et la pandémie de Covid-19 qui est loin d’être maîtrisée. Ces enfants sont en danger moral, il y a manifestement une démission parentale. Des dispositifs réglementaires existent en Algérie. La détresse de ces enfants appelle à des réactions urgentes”, affirme encore le spécialiste. Interrogé, par ailleurs, sur le nombre d’enfants exploités dans les réseaux de la mendicité, Mohamed Saïb Musette estime qu’“il est très difficile de quantifier précisément le nombre d’enfants victimes de ce trafic”.

Selon certaines études présentées lors des journées dédiées à la migration, organisées, les 15 et 16 décembre, à l’Institut national d’études de stratégie globale (Inseg), “quelque 100 000 migrants, en situation irrégulière, vivent en Algérie”. Parmi ces migrants, affirme M. Musette, “50 000 sont des femmes et des enfants”.

S’agissant, par ailleurs, des réseaux impliqués dans l’exploitation de ces enfants, le sociologue fait savoir que leur nombre est croissant, avec une implication dans des organisations criminelles aux ramifications internationales. “Il s’agit, pour la plupart, de réseaux qui se constituent dans les pays d’origine, avec des relais en Algérie. 

Ces réseaux sont bien organisés et l’argent amassé, à travers la mendicité, sert le plus souvent à financer des organisations criminelles de trafic de drogue, de trafic d’armes ou encore à des organisations terroristes”, précise le sociologue, qui lance un appel urgent aux autorités mais aussi aux associations de la société civile et aux ONG des droits de l’Homme. “Sommes-nous devant une démission collective, sociétale et institutionnelle pour la protection des enfants ?”, s’interroge-t-il. Vraisemblablement. 
 

K. B.  

 

 


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