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Rapport d’Amnesty International sur les droits de l’homme

L’Algérie, un mauvais élève

© Archives/Liberté

Dans son rapport annuel sur la situation des droits de l’Homme, Amnesty International a relevé plusieurs atteintes aux droits humains et aux libertés d’expression en Algérie, durant l’année 2020.

La crise sanitaire liée à la Covid-19 a aggravé les violations aux droits humains, intensifié les atteintes à la liberté d’expression, multiplié la répression contre les manifestants pacifiques et creusé les inégalités sociales en Algérie, a déploré, hier, Amnesty International, dans son rapport annuel sur la situation des droits de l’Homme. Lors d’une conférence de presse, tenue au siège de l’ONG, la directrice d’Amnesty Algérie, Hassina Oussedik, a relevé que les mesures anti-Covid prises par les autorités algériennes ont “aggravé” les violations des droits de l’Homme, notamment en ce qui concerne “les atteintes aux libertés fondamentales et les violences à l’encontre des femmes”. 

En 2020, précise-t-elle, les autorités algériennes “ont continué à arrêter et à poursuivre en justice des manifestant.e.s, des journalistes et des militant.e.s ou de simples citoyen.ne.s pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté d’expression. Certain.nes ont été placé.e.s en détention les exposant au risque de contracter la Covid-19”, a regretté Hassina Oussedik, en déplorant, par ailleurs, que les autorités ont même “profité” de la crise sanitaire pour multiplier les arrestations contre des militants, des journalistes et des citoyens pacifiques, durant la même période. Si la conférencière a évoqué une avancée, après la libération de plusieurs détenus d’opinion ayant bénéficié de la grâce présidentielle, en février dernier, d’autres détenus d’opinion continuent, cependant, de croupir en prison pour avoir exprimé leur opinion, notamment sur les réseaux sociaux. 

L’ONG appelle à leur libération “immédiate et sans condition”. “Le 18 février 2021, le président Abdelmadjid Tebboune a annoncé une grâce présidentielle en faveur des détenu.e.s du Hirak. Du 19 au 25 février 2021, 59 personnes arrêtées arbitrairement pour avoir exprimé leurs opinions ou manifesté pacifiquement ont été libérées. D’autres sont encore en détention uniquement pour avoir participé au Hirak ou pour des publications sur les réseaux sociaux critiquant les autorités”, a déclaré Hassina Oussedik. Amnesty international a appelé, à ce propos, les autorités algériennes “à rompre avec leurs pratiques répressives en matière de libertés fondamentales et à réformer la législation nationale, afin de garantir une justice indépendante et équitable pour toutes et tous”.

Torture 
La directrice d’AI Algérie s’est également attardée sur les allégations de torture et autres mauvais traitements qui ont défrayé la chronique ses dernières semaines non sans provoquer un tollé au sein de l’opinion publique. L’ONG dit avoir recueilli des informations concernant les cas d’au moins trois militants arrêtés et placés en détention qui “auraient été torturés ou auraient subi de mauvais traitements”. Sur cette question, Hassina Oussedik a appelé les autorités à rendre les conclusions des enquêtes sur ces cas et que soient traduits devant la justice les auteurs présumés. 

“Les autorités doivent veiller à ce que des enquêtes impartiales et indépendantes soient menées sur toutes les allégations de torture et d’autres mauvais traitements, que leurs conclusions soient rendues publiques et que les auteurs présumés de ces actes soient traduits en justice.” L’ONG somme, également, les autorités à rendre les conclusions des enquêtes sur les circonstances de la mort de Mohamed Tamalt, de Kamel Eddine Fekhar et de Ramzi Yettou. “À notre connaissance, à ce jour, aucune conclusion n’a été rendue publique”, a regretté Hassina Oussedik. Au chapitre de la liberté de la presse, le document d’AI a relevé plusieurs atteintes, notamment le blocage de l’accès à plusieurs sites d’information, en 2020, ayant publié des articles sur la pandémie de Covid-19 et les manifestations pacifiques. 

“Des journalistes ont également été arrêtés pour avoir couvert des manifestations pacifiques”, note le rapport, qui rappelle l’obligation des autorités à “protéger la liberté de la presse et permettre aux journalistes de faire leur travail de façon indépendante, sans aucune entrave ou intimidation”. 

Féminicides 
Durant l’année 2020, la pandémie de Covid-19 a aggravé les risques déjà importants auxquels se heurtent de nombreuses femmes en Algérie, regrette la directrice d’AI Algérie, en rappelant qu’au moins 54 féminicides ont eu lieu en 2020 et 14 depuis le début de l’année 2021, selon un recensement du site Féminicides Algérie. 

“Au moins 6 782 femmes ont été victimes de violences en 2020, selon les chiffres de la Police judiciaire. Les organisations de défense des droits des femmes ont souligné que les statistiques officielles sur les cas de violences contre les femmes étaient largement en dessous de la réalité”, a estimé le rapport, qui a appelé le gouvernement à “agir de toute urgence” pour renforcer les services d’aide aux femmes victimes de violences. 

“Les associations de défense des droits des femmes se sont fortement mobilisées pour dénoncer les féminicides et les violences contre les femmes en Algérie, tandis que les autorités n’ont pris aucune mesure pour protéger les victimes de ces violations des droits humains. Le gouvernement doit agir de toute urgence pour renforcer les services d’aide aux femmes victimes de violences et mener des campagnes de sensibilisation des citoyennes et citoyens contre les violences liées au genre”, a déclaré Hassina Oussedik. 

Karim B.

 


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