L’Actualité Nacer Djabi, sociologue

“Le Hirak est un grand moment d’intelligence collective”

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Karim BENAMAR Publié 22 Février 2021 à 01:24

© D. R.
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Liberté : Deux ans après son déclenchement, quel bilan peut-on faire du mouvement citoyen pacifique du 22 Février 2019 ? 
Nacer Djabi :  Objectivement, le  mouvement  citoyen  révolutionnaire  du 22 Février  2019  n’a  pas  atteint  ses  objectifs.  Ses  revendications essentielles et fondamentales restent posées, deux années après le début du Hirak. Mis à part le départ de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika ou la perturbation du fonctionnement du système, les revendications fondamentales portées par des millions d’Algériennes et d’Algériens demeurent insatisfaites.

Je veux parler, ici, précisément, des revendications ayant trait au changement du système politique, à la libération de la justice, du champ politique et des médias. La situation de blocage reste totale, voire plus pesante qu’il y a deux ans ! 

Comment expliquez-vous cette situation de blocage ? 
Plusieurs aspects peuvent expliquer cette situation. D’abord, il n’est un secret pour personne que la crise sanitaire liée à la Covid-19 a durement impacté et affaibli le Hirak.  Face  aux  risques  sanitaires graves, les  Algériens, en toute responsabilité, ont  mis  entre  parenthèses  les  marches  populaires hebdomadaires. Il était normal que le Hirak perde donc de sa dynamique.

Ensuite,   par manque  de  représentativité,  de  structure  et  d’organisation formelle, le Hirak s’est retrouvé quelque peu orphelin.  Un autre aspect qu’il convient de citer est lié à la nature même du système qui refuse et résiste à tout changement. Le Hirak a, certes, ses faiblesses, mais la cause principale de ce blocage réside dans la nature  même  du système  réfractaire  à toute réforme.

Selon  vous  le  Hirak  n’a  pas  réussi  à  imposer  au  système  le changement…
Oui. Le système demeure  le même.  Il  a  été  peut-être  un  peu  perturbé et grippé dans son fonctionnement, mais ses mécanismes de régénération et de survie restent présents. Nous sommes face à un  système qui refuse, encore une fois, de se réformer. Il résiste, rejette  toutes les propositions de réformes et refuse de faire des concessions.

Pire, il s’appuie encore sur sa force d’inertie. Il est dans une logique autiste et suicidaire qui risque en même temps de l’emporter, mais malheureusement de devenir un réel danger pour  le  pays.  Il  met  l’État-nation  en  péril. C’est un problème sérieux qui se  pose à  partir d’aujourd’hui, deux ans, jour pour jour, après le déclenchement du mouvement citoyen. 

Quelle lecture faites-vous des  dernières  mesures  prises par le chef de l’État, notamment en graciant un certain nombre de détenus du Hirak ? 
Clairement, la libération des détenus répond à un seul objectif : empêcher les Algériens  de  renouer  avec  la  contestation.   Le  système  a  peur  que  le mouvement citoyen retrouve  sa dynamique.  Cette décision  pouvait avoir un impact politique, dont le pouvoir en place aurait pu récolter les dividendes, si elle avait été prise il y a une année !

Et puis, qu’en est-il des questions liées aux lois liberticides toujours en vigueur ? Qu’en est-il de la question liée à la gestion chaotique de la justice ou encore, de manière globale, de la question d’un véritable changement réclamé par les Algériens ? Autant de questions qui restent sans réponse jusqu’ici. Libérer une cinquantaine de personnes et arrêter, le lendemain, une vingtaine d’autres ne résout rien. Le pouvoir en place n’a aucune approche politique. 

Le Hirak se poursuivra-t-il ? Si oui, sous quelles formes ? 
Les revendications des Algériens n’ont pas été satisfaites. Les conditions qui ont impulsé ce mouvement sont encore présentes. Pire, la situation s’est aggravée avec une situation socioéconomique désastreuse. À ce propos, il faut s’attendre à ce que les rangs du Hirak grossissent avec l’arrivée de couches  populaires  déshéritées  et  durement  impactées  par  la  crise économique et sociale.

Le mouvement citoyen du 22 Février a  été un  grand  moment d’intelligence collective. Aujourd’hui, les Algériens doivent faire le bilan de ces deux ans de contestations. Il nous faut  un  saut  qualitatif,  en  cherchant  de  nouvelles perspectives.  Tout  en  maintenant  sa  dynamique, le  Hirak  doit  chercher d’autres moyens et de nouvelles formes d’organisation et de structure. Les marches hebdomadaires, c’est bien, mais l’organisation, c’est mieux et plus utile.
 

Propos recueillis par : KARIM BENAMAR

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