L’Actualité LE MINISTRE DE LA SANTÉ RÉAGIT À LA PROBLÉMATIQUE DE LA FUITE DES MÉDECINS À L’ÉTRANGER

“Le mal est en nous”

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Karim BENAMAR Publié 07 Février 2022 à 01:01

© Archives Liberté
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S’il émet  des  doutes sur  la  véracité  du  chiffre de 1 200 médecins partis s’installer en France, Abderrahmane Benbouzid reconnaît que le phénomène  de  l’exode  des  diplômés  algériens touche tous les secteurs. Le  ministre  appelle  à  engager,  avec tous  les  acteurs  concernés, une “véritable réflexion sur cette question pour offrir aux jeunes diplômés des perspectives dans leur pays, avec des moyens incitatifs”.

L’information  faisant  état  du  départ  en  France  de  1 200 médecins algériens a soulevé l’indignation, mais surtout des interrogations sur le phénomène d’exode des compétences nationales. Un électrochoc. Souvent ignorée ou minorée par les autorités du pays, cette fuite “massive” ne peut être indéfiniment occultée.

Face au tollé provoqué par cette information, le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, brise le silence. Dans une déclaration à Liberté, il prend acte. “Comprenez que je ne nie nullement qu’il y ait des médecins algériens qui partent exercer en France ou dans d’autres pays d’ailleurs, mais par souci de transparence et de précision, il faut admettre que cette liste ( la liste des praticiens algériens ayant satisfait aux épreuves de vérification des connaissances NDLR) ne donne aucunement le détail du nombre de médecins algériens”, fait remarquer, d’emblée, le premier responsable du département de la Santé. Mais, au-delà,  “La réalité est en effet bien là, devant nos yeux. C'est toujours pénible de voir nos compétences quitter le pays”, confesse-t-il.

Et d’ailleurs, “ce phénomène n’est pas nouveau puisqu’il concerne aussi d’autres diplômés algériens. Ingénieurs, informaticiens, diplômés des sciences sociales ; c’est un phénomène qui touche tous les secteurs”, reconnaît le ministre. Mais dans le cas qui nous concerne, affirme encore le ministre, le secteur de la santé vit, en effet, “un malaise”. “Autrement, ce ne serait pas admettre la réalité.”

Pour lui, “les médecins algériens méritent une meilleure considération, une meilleure prise en charge et de meilleures conditions de travail. C’est évident !”, mais, ajoute Benbouzid, “cette crise couve déjà depuis plusieurs années”. Ce qui explique, “naturellement, la recherche d’un meilleur environnement, dans d’autres pays, pour nos médecins”. Mais en partie, seulement.

Pour le ministre, d’autres motivations expliquent ce phénomène. “Ce n’est pas toujours l’argument économique qui justifie ces départs : beaucoup partent à l’étranger, pour la qualité de vie au plan social et culturel, pour le mode de vie des pays ciblés, ou encore pour se perfectionner sur le plan professionnel. Ce sont des pays modernes et avancés.

C’est normal que nos diplômés, comme ceux des pays voisins ou d’Égypte ou encore de l’Europe de l’Est, nourrissent cette ambition”, explique Abderrahmane Benbouzid, tout en ajoutant, que “nos diplômés ont tout à fait le droit de vouloir se construire un avenir meilleur. De plus, nous sommes à l’ère de l’ouverture et de la circulation du savoir comme jamais dans le passé.

L’émigration de l’intelligence et des compétences touche tous les pays, même les pays dits modernes. Et l’exemple qui sied le mieux à ce propos est celui des informaticiens indiens, présents dans le monde entier”. Le ministre avoue également que “c’est toujours pénible de voir nos diplômés quitter le pays, mais il faut aussi le dire : le mal est en nous, en tant que responsables”.

Comment et pourquoi ? Abderrahmane Benbouzid affirme que “c’est à nous, responsables, de nous poser les vraies questions, d’engager, avec tous les acteurs concernés, une véritable réflexion sur cette question. C’est à nous qu’il revient de chercher les solutions pour offrir aux jeunes diplômés des perspectives dans leur pays, avec des moyens incitatifs”.

Dans le secteur de la santé, en tout cas, le ministre assure que son service est déjà à pied d’œuvre et est engagé dans cette voie. “Il y a un travail à mener en profondeur dans le secteur de la santé, avec les réformes nécessaires qu’il faudra concrétiser”, dit-il. Le manque de postes dans les hôpitaux se posait encore récemment, comme un vrai problème pour les médecins, en raison de la réticence des professeurs et des chefs de service de partir, après avoir atteint l’âge de la retraite fixée à 65 ans. “C’est un problème qui a été réglé. J’en avais fait une priorité. 

Le problème de la retraite calculée à 55% pour les professeurs et les chefs de service a été résolu grâce au président de la République. Elle est désormais calculée à 80%. Il n’y a pas plus de raison que nos professeurs et chefs de service s’accrochent à leur poste une fois l’âge de la retraite atteint”, dit-il, ajoutant que “le pays a besoin de rajeunir ses hôpitaux.

L’Algérie forme 3 000 médecins chaque année. C’est considérable et c’est un acquis de ce point de vue. Certes, nous ne pouvons pas assurer des postes à tout ce monde, mais nous devons donner l’opportunité au maximum d’entre eux”, dit le ministre, ajoutant que l’amélioration des conditions de vie des médecins fait également partie des priorités du président de la République, Abdelmadjid Tebboune.

Commentant, par ailleurs, l’information à l’origine du “buzz”, selon laquelle 1 200 médecins seraient sur le point de quitter le pays, le ministre de la Santé doute de l’exactitude du nombre. “Je ne lis nulle part, dans le document que j’ai consulté (liste des lauréats au fameux concours, ndlr), que 1 200 médecins algériens auraient été admis en France”, s’étonne le ministre, avant de préciser que “ladite liste des médecins lauréats compte plusieurs nationalités et n’est pas, à cet effet, spécifique aux médecins algériens”.

“Remarquez, d’ailleurs, que parmi les noms des lauréats, beaucoup sont à consonance étrangère : moyenne-orientale par exemple”, précise-t-il, en s’interrogeant, par ailleurs, sur l’objectif recherché en distillant ces informations “non prouvées” et qui “suscitent beaucoup de bruit”.

Lors de notre entretien téléphonique, hier, le ministre a fait savoir qu’une enquête sera menée avec son collègue du ministère de l’Enseignement supérieur pour déterminer le nombre exact des médecins algériens admis à ce concours. Car, estime-t-il, “selon toute vraisemblance, après consultation de cette liste, il apparaît que ces données ne concernent pas uniquement l’année 2021”.

Aussi, ajoute-t-il, “il semblerait qu’il existe parmi les lauréats algériens des médecins dont l’âge dépasse 40 ans, voire 45 ans : de ce point de vue, ces départs de nos médecins ne sont pas spécifiques aux jeunes diplômés”. En tout cas, à ce jour, insiste le ministre de la Santé, “nous n’avons enregistré aucune démission d’un hôpital public, à travers le territoire national”. 

Il indique, à ce propos, avoir instruit toutes les Directions de la santé et de la population de signaler à l’avenir toutes les démissions de médecins, pour “une meilleure visibilité”, souligne-t-il. Mais au-delà de la question du nombre, le phénomène de la migration de l’intelligence prend de l’ampleur. Elle ne concerne pas uniquement les médecins. Elle touche les différentes couches sociales et générationnelles. Une perte immense pour le pays.
 

Karim BENAMAR

 

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