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Nordine Benissad, président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme

“Le tout-sécuritaire est contre-productif”

© D.R

Liberté : À quoi, selon-vous, obéit cette vague d’arrestations tous azimuts ?

Nordine Benissad : Franchement, je ne sais pas à quoi cela correspond. Bien malin celui qui pourra faire une analyse politique rationnelle. 
L'opacité du système ne facilite pas les lectures. Ce qui est sûr de mon point de vue, c’est que le traitement par le “tout-sécuritaire” des questions politiques est improductif, voire contre-productif. 
Toutes les questions politiques, économiques, sociales ou culturelles doivent être discutées librement et dans un climat apaisé. C'est de cette façon que les sociétés avancent, mais je crois que nous n'avons pas fini de manger notre pain noir !

Sur le plan légal, les procédures sont-elles respectées ?

Sur le plan des procédures, ce qui a toujours posé problème chez nous, c'est le recours excessif à la détention provisoire. Les mesures prises quant à la privation de liberté sont contraires aux principes constitutionnels et législatifs relatifs au recours exceptionnel à la détention et à la proportionnalité par rapport aux faits qu'on vous reproche. 
La polémique et les dénonciations par les avocats et les organisations des droits de l'Homme quant au recours excessif à la détention a mené le pouvoir politique à constitutionnaliser le principe de ne recourir à la détention que dans les cas vraiment exceptionnels et à privilégier par substitution le contrôle judiciaire, et en tout cas, à ériger la règle de mise en liberté.  L'État de droit est le respect de ces principes constitutionnels par ailleurs consacrés par les conventions internationales relatives aux droits de l'Homme ratifiées par notre pays. Un décalage entre les textes fussent-ils constitutionnels ou supranationaux et la réalité. Force est de constater que le système a la peau dure !

Certains dénient aux personnes arrêtées le caractère de détenus d’opinion. Quel est votre point de vue sur cette question ?

Le mouvement des droits de l'Homme à l'échelle universelle s'accorde à définir que le délit d'opinion politique est perçu en tant que tel dès lors que celui qui l'exprime n'a pas recours à la violence ou prône la violence ou incite à la haine ou à la discrimination raciale. 
Il est tout à fait normal que les personnes qui insultent, injurient ou diffament soient sanctionnées dans le respect du principe de proportionnalité, c'est-à-dire leur appliquer les peines prévues par la loi pénale ni plus ni moins. Exprimer en revanche une opinion pacifiquement ne doit constituer ni un délit ni un crime. 
On ne doit pas emprisonner une opinion. Les opinions politiques doivent être respectées et seule la confrontation pacifique des idées fait reculer le retour à la pensée unique. Les détenus d'opinion doivent être libérés. 
La raison, somme toute, doit l'emporter. Je crois que c'est d'ailleurs une idée majoritaire dans notre pays. Nous devons pouvoir discuter, donner une opinion sur tout ce qui concerne notre pays. Militer, s’impliquer pour une Algérie meilleure en toute liberté. 
L'État doit protéger l'exercice des libertés individuelles et collectives. 
Le monde va dans le sens des libertés, nous ne pouvons pas ramer à contre-courant du bon sens. Le monde est devenu un petit village.

Cette situation ne risque-t-elle pas d’écorner l’image de l’Algérie sur le plan international ?

L’Algérie a adhéré, voire ratifié la quasi-totalité des instruments internationaux relatifs aux droits de l'Homme. Les différentes Constitutions depuis celle de 1989 sont globalement conformes aux standards internationaux. 
La législation interne, notamment le code pénal et le code de procédure pénale, a besoin d'une mise en conformité avec les textes cités plus haut pour garantir les libertés individuelles et collectives. 
Les lois liberticides ne servent ni le peuple ni le pays. Le regard que peut porter un étranger sur un pays est le degré pour ce dernier du respect dû à la dignité humaine, à la justice et aux libertés. Je serai un citoyen fier d'être Algérien quand des étrangers me diront combien ils admirent mon pays pour le respect de ce triptyque.

 

 

Propos recueillis par : K. Benamar


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