L’Actualité Bertrand Badie, Professeur émérite des Universités à Sciences-Po Paris

“Les interventions militaires ont toutes abouti à un échec patent”

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Hassane OUALI Publié 11 Septembre 2021 à 10:24

© D.R
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Le retrait des troupes américaines d’Afghanistan, qui coïncide avec le 20e anniversaire des attentats contre les deux tours du World Trade Center, signe la fin de l’hégémonie américaine, estime le spécialiste français des relations internationales, Bertrand Badie. “Ce n’est pas seulement la fin de l’hégémonie américaine, c’est la fin de l’hégémonie tout court, au profit d’un éclatement du monde et de la montée des puissances régionales”, analyse Bertrand Badie. 

Liberté : Dans quelle mesure les attentats du 11 septembre 2001 ont changé le monde ?

Bertrand Badie : Je ne suis pas sûr que cet événement ait réellement “changé le monde” : il a surtout créé un choc psychologique intense, tant les images étaient spectaculaires ! Il a instillé l’idée nouvelle et forte que les États-Unis n’étaient pas invincibles, mais l’idée s’était déjà installée en 1975 après la chute de Saïgon… Sur le plan des politiques étrangères, on a beaucoup parlé alors de “guerre contre le terrorisme”, on a multiplié les interventions (Afghanistan, Irak…), mais, en fin de compte, les principes majeurs des politiques étrangères, notamment celles des puissances, n’ont pas été modifiés.

La guerre mondiale menée durant vingt ans a-t-elle pu venir à bout du terrorisme ? 

Je n’emploierai pas le terme “guerre mondiale” ! Il y a eu, en effet, une multiplication des interventions sans que l’on puisse parler d’un conflit de forte intensité auquel les opinions auraient pu s’identifier. Ces interventions ont toutes abouti à un échec patent, démontrant que la puissance au sens classique du terme n’avait pas de prise sur ces formes nouvelles de violence internationale. Deux erreurs majeures ont été commises à ce propos. D’une part, le “terrorisme” (terme déjà imprécis) n’est pas un ennemi : ce n’est ni un peuple, ni un État, ni même un acteur, c’est un mode opératoire. D’autre part, on a pris ce “terrorisme” comme une entreprise stratégique menée par des forces hostiles (appelées confusément et sans précautions “djihadisme”, ou “islamisme”, voire “islam”…) contre l’Occident. Du coup, on a ignoré le substrat social qu’il y a derrière le terrorisme, les crises sociales sévères, l’absence d’État constitué qui lui ont permis de s’épanouir et on a pensé que l’usage de la force pouvait tout résoudre : on a vu que tel n’était pas le cas !

Les Américains ont quitté l’Afghanistan. Est-ce un échec de la logique d’intervention militaire ?  

Oui, c’est la preuve que la puissance classique est devenue impuissante face aux formes nouvelles de conflictualité : les Soviétiques l’ont aussi éprouvé en Afghanistan en leur temps, la France dans le Sahel, comme la coalition occidentale en Libye !

Ce retrait signifie-t-il la fin du leadership américain ? 

Incontestablement, le concept d’hégémonie a volé en éclats : il faisait sens lorsque le monde était conditionné par les rapports de force entre les puissants, mais il ne fait plus sens aujourd’hui, du fait des formes nouvelles de conflictualité et du fait des conditions nouvelles issues de la mondialisation. Ce n’est pas seulement la fin de l’hégémonie américaine, c’est la fin de l’hégémonie tout court, au profit d’un éclatement du monde et de la montée des “puissances régionales”…

 

 

Propos recueillis par :  Hassane O. 

 

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